Craintes de récession : les pays qui s'en sortiront


Extrait de : Craintes de récession : les pays qui s'en sortiront, Figaro.fr, Par Isabelle de Foucaud, 12/10/2011

Alors que la croissance des économies avancées stagne, le spectre de la récession resurgit. Selon les économistes, certains pays sont mieux armés que d'autres face à cette menace.

«Dr Catastrophe» a encore frappé. L'économiste Nouriel Roubini, connu pour avoir prédit la crise de 2008, a récemment affirmé que «la plupart des économies avancées est en chemin vers une nouvelle récession».

Les États-Unis, la Grande-Bretagne et les principaux pays de la zone euro ont, selon lui, des perspectives bien sombres. Ce diagnostic reflète le malaise auquel sont confrontés les gouvernements, qui doivent trouver un équilibre entre la nécessaire réduction des déficits publics et la stimulation de la demande. Le Fonds monétaire international (FMI) lui-même ne s'y trompe pas. L'institution vient d'avertir qu'une récession mondiale ne pouvait être exclue pour 2012. «Nous tablons toujours sur une croissance, même très modeste, mais l'activité pourrait se retourner», a déclaré Antonio Borges, directeur Europe au FMI lors d'un point presse à Bruxelles, le 5 octobre.

Selon les économistes, certains pays vont «s'en tirer», d'autres seront en plus grande difficulté. Patrick Artus, directeur de la recherche et des études de Natixis, explique que «les pays qui ne s'en sortiront pas vivoteront entre 1 et 1,5% de croissance à long terme». Il estime que, parmi les pays de l'OCDE, la France, le Royaume-Uni, l'Italie et l'Espagne font partie de ce groupe.

A l'inverse, l'Allemagne et la Suède ont les conditions requises pour tirer leur épingle du jeu. Enfin, les États-Unis sont dans une «situation intermédiaire», selon l'économiste. Petit tour d'horizon des forces et des faiblesses de ces pays.

* Les pays qui ne vont pas s'en tirer

• France, crise de confiance

• Royaume-Uni, sortir du «tout finance»

• Italie, la politique pointée du doigt

• Espagne, l'échec du modèle «mono-industriel»

* Les pays qui vont s'en tirer

 

• L'Allemagne, tractée par les émergents

• Suède, des fondamentaux «impressionnants»

* Pays dans une situation intermédiaire

• États-Unis, le moteur consommation en panne


Économies avancées


Les pays qui ne vont pas s'en tirer

France, crise de confiance

La morosité ambiante attaque le moral des Français. Selon une enquête menée par la Chambre de commerce et d'industrie de Paris, plus d'un patron sur deux a décidé de remettre à plus tard ses projets d'investissements normalement prévus à la rentrée. Les secteurs des banques-assurances, des transports et du commerce sont les plus touchés. Selon Patrick Artus, directeur de la recherche et des études de Natixis, «les entreprises se sont remises de la crise financière de 2008 grâce à leur solidité financière, mais de nombreuses PME ne survivraient pas à un deuxième choc.» Ces dernières souffrent d'un manque de compétitivité «lié à un certain désintérêt pour les exportations», ajoute Dominique Barbet, responsable de la recherche économique de marché chez BNP Paribas. Comme le Royaume-Uni, la France est rattrapée par les effets de la désindustrialisation. Mais contrairement aux entreprises britanniques avec la livre sterling, les sociétés françaises ne profitent pas de la dépréciation de l'euro.

Vive l’euro !, évidemment le Royaume-Unis utilise le QE
pour dévaluer leur monnaie.

Si la consommation a relativement résisté cet été, le manque de dynamisme des achats de biens durables reflète par ailleurs le faible moral des ménages. «Le pouvoir d'achat et le chômage sont des préoccupations majeures pour les Français», explique Dominique Barbet. Selon le FMI, le taux de chômage en France devrait plafonner à 9,5% en 2011. «Ce niveau élevé, cumulé avec un ralentissement des hausses de salaires, devrait peser durablement sur la consommation», prédit Michel Martinez, économiste France chez Société générale CIB. Une consommation qui sera aussi lestée par l'accélération des mesures de lutte contre le déficit public. «La baisse des dépenses publiques était la partie plus facile de la politique du gouvernement, qui va maintenant adopter des mesures plus restrictives, comme la suppression de niches fiscales», estime Dominique Barbet.

Royaume-Uni, sortir du «tout finance»

Malgré une croissance molle de 0,2% au deuxième trimestre, le Royaume-Uni maintient le cap de la rigueur. Education, santé, retraite, fonction publique … «La politique du gouvernement de réduction drastique des dépenses publiques est dure à court terme et aura un effet négatif sur la consommation des ménages», prévient Patrick Artus, de Natixis. Une situation aggravée par une inflation beaucoup plus élevée qu'aux États-Unis, à 4,4% en juillet. «L'augmentation significative des prix pèse sur le pouvoir d'achat», note Dominique Barbet. Le Royaume-Uni souffre également d'un fort déficit de son commerce extérieur.

«L'industrie ne fait pas le poids dans une économie qui dépend fortement des services financiers»,

ajoute l'économiste de BNP Paribas.

Au deuxième trimestre, la production manufacturière a chuté de 1,6%, affichant sa plus forte baisse trimestrielle depuis début 2009, selon l'Office national de la statistique (ONS).

Pour sortir du «tout finance», le gouvernement veut doper l'attractivité du pays et les implantations d'entreprises. Il a notamment décidé de réduire l'impôt sur les sociétés et les charges sociales, tout en augmentant la TVA. «L'idée est de taxer la consommation pour défiscaliser les entreprises», résume Patrick Artus. Brian Hilliard, économiste en chef chez Société générale CIB, note de son côté que «la politique monétaire ultra souple fait et continuera à faire contrepoids à la rigueur fiscale». La Banque d'Angleterre a d'ailleurs annoncé le 6 octobre qu'elle avait décidé d'injecter 75 milliards de livres d'argent frais dans le circuit économique, en reprenant son programme de rachats d'actifs.

Manipulons, notre monnaie pour améliorer notre compétitivité.

Italie, la politique pointée du doigt

Les agences de notation ont l'Italie en ligne de mire. Tour à tour, Standard &Poor's, Moody's et Fitch ont dégradé la note italienne, en raison des risques pour le financement de la dette à long terme et de l'atonie de la croissance. La pilule est d'autant plus dure à avaler que l'Italie n'avait jamais été dégradée depuis le début de la crise de la dette. Au deuxième trimestre de 2011, l'économie a affiché une croissance de 0,3%, tirée par une hausse modérée de la consommation privée et les exportations. Mais Rome a abaissé ses prévisions de croissance à 0,7% pour 2011 et 0,6% pour 2012. «L'économie italienne subira un ajustement budgétaire douloureux équivalent à 4% de son PIB (45 milliards d'euros) en 2012-2013, afin d'atteindre son objectif de retour à l'équilibre du budget en 2013», estime Vladimir Pillonca, économiste senior de Société générale CIB. «Cet ajustement se fait davantage par une hausse des taxes que par les réductions de dépenses initialement promises», ajoute l'expert, qui prévoit «un fort ralentissement de l'économie italienne, suivi probablement d'une récession». Dans ce contexte, le gouvernement est de plus en plus critiqué. Fiat, le fleuron automobile italien, a annoncé sa décision de quitter l'organisation patronale Confindustria à partir du 1er janvier 2012, invoquant «l'incertitude des règles sociales» dans le pays. Selon Jean-François Jamet, enseignant à Sciences Po et spécialiste de l'Italie, la situation financière du pays est «très dépendante de la psychologie des marchés financiers : son déficit public varie en fonction des taux d'intérêt à payer sur sa dette». Son verdict est sans appel : «L'Italie est capable de se réformer, elle l'a prouvé en 1992 et 1993. Mais elle en sera incapable si Silvio Berlusconi reste en poste.»

Espagne, l'échec du modèle «mono-industriel»

«Le travail de réparation de l'économie est incomplet et les risques sont considérables.» Tel était le verdict du Fonds monétaire international (FMI) en juin, de retour d'une mission d'évaluation en Espagne. L'institution a toutefois salué la «réponse politique aux défis économiques du pays au cours de l'année passée», jugée «solide et ample». Le gouvernement espagnol a réformé son marché du travail et son système bancaire, tout en reculant l'âge de départ à la retraite. Il a aussi appliqué de nombreuses mesures d'austérité pour réduire ses dépenses. Au deuxième trimestre, le PIB a augmenté de 0,2%, dépassant les anticipations des analystes. «Alors que la demande interne reste en récession, les exportations nettes ont dopé de façon magistrale la croissance», note Klaus Baader, chef économiste pour l'Europe de Société générale CIB.

Les Indignés ont campé à la Puerta del Sol à Madrid, cet été.

Mais l'Espagne souffre encore terriblement de l'éclatement de sa bulle immobilière. «Toute l'économie espagnole tournait autour du secteur de la construction», rappelle Patrick Artus, de Natixis, soulignant que l'industrie absorbe à peine 8% des emplois. «Maintenant l'Espagne doit chercher où elle peut recréer de l'emploi, mais il semble qu'il n'y ait aucun secteur sur lequel elle peut parier», ajoute-t-il. A l'endettement astronomique du secteur immobilier s'ajoute un fort taux de chômage, en particulier chez les jeunes (45%), qui pèse lourdement sur la consommation des ménages. Selon Fitch, «le renforcement des mesures fiscales d'austérité du gouvernement va ralentir le processus de reprise économique». Le mal est pourtant nécessaire pour restaurer la confiance des investisseurs étrangers, assure Dominique Barbet, de BNP Paribas. Et ce, dautant plus que, le 7 octobre, Fitch a abaissé de deux crans la note de l'Espagne, qui s'établit désormais à «AA-».


Les pays qui vont s'en tirer

L'Allemagne, tractée par les émergents

«Même une économie équilibrée et compétitive n'est pas isolée.» C'est par ce constat que Klaus Baader, économiste en chef pour la région Europe chez Société générale CIB, résume les défis de l'Allemagne. Certes, la diversification géographique du pays est un atout dans le contexte actuel de redistribution de la croissance mondiale. «Les pays émergents sont la nouvelle locomotive de l'économie mondiale, tirés par la forte demande interne», souligne Dominique Barbet, de BNP Paribas. «L'inflation galopante dans ces pays est néanmoins un risque réel», nuance-t-il. Pour Klaus Baader, l'Allemagne n'est pas non plus «imperméable aux effets des restrictions budgétaires en Europe, ni à la situation aux États-Unis, ni à la faiblesse des marchés financiers». Conséquence du retrait annoncé du nucléaire d'ici à 2022, l'industrie allemande devra rester compétitive et performante malgré la hausse des coûts énergétiques. «Le pays a déjà réussi ce pari avec des coûts de main d'œuvre plus élevés», note Dominique Barbet. La recette de son succès : «L'Allemagne a bâti son modèle économique sur l'industrialisation et l'exportation de produits peu sensibles aux variations de prix, c'est-à-dire, le haut de gamme», ajoute l'économiste de BNP Paribas. Une spécialité unique en Europe. Enfin, l'Allemagne vante un bilan favorable de ses finances publiques, ce qui lui permet d'emprunter sur les marchés à un taux faible, comparé aux autres pays de la zone euro.

Suède, des fondamentaux «impressionnants»

Si elle jouit d'un taux de croissance proche des niveaux d'avant la crise de 2008, la Suède s'inquiète de la crise des finances publiques en Europe et du risque de contagion. «La tourmente récente sur les marchés devrait affaiblir la demande externe et, par là même, affecter le chemin de la croissance d'une petite économie tournée vers l'extérieur comme la Suède», estime Anatoli Annenkov, économiste senior pour la Scandinavie chez Société générale CIB. De fait, le pays a publié fin septembre son premier déficit commercial en 16 ans. Les exportations représentent 60% de son PIB. «Cependant, la décélération des taux d'inflation devrait doper les revenus réels des consommateurs et les taux d'intérêt devraient enfler moins vite», nuance l'expert. D'autre part, la Suède peut compter sur des finances publiques solides. «Elle a connu une crise de la dette publique sévère au début des années 90 et a réussi à s'en sortir grâce à une politique d'austérité marquée», rappelle Dominique Barbet, de BNP Paribas.

Pas seulement d’austérité, mais d’instaurer de l’imputabilité et de la transparence dans la gestion d’État, donc les dépenses d’États sont devenues efficaces.

«Cette période a laissé des traces dans les mémoires et depuis, Stockholm a gardé une politique budgétaire prudente.» Pour Patrick Artus, de Natixis, «le pays affiche une santé exceptionnelle. Pour preuve, il investit beaucoup plus dans la recherche et développement que n'importe quel pays de la zone euro. Ce secteur pèse 3,5% du PIB».


Pays dans une situation intermédiaire

États-Unis, le moteur consommation en panne

«Le désendettement progressif des ménages et des entreprises reste la faiblesse principale de l'économie américaine», selon Dominique Barbet, de BNP Paribas. De fait, la consommation des ménages, qui pèse environ 70% du PIB américain, a nettement marqué le pas en août, selon les derniers chiffres officiels. Dans un contexte d'assèchement du crédit, la demande en biens immobiliers est particulièrement touchée. «De plus, les salaires n'ont pas augmenté depuis 10 ans», note Patrick Artus. Et le taux de chômage tourne toujours désespérément au-dessus des 9%.

Je comprends c’est difficile de se battre contre un chinois qui fait dix moins que toi, et la compagnie fait du chantage à l’employé,
si tu exagère, je délocalise.

Selon les dernières données du département du Commerce, les ménages ont vu leur revenu baisser de 0,1% en août, par rapport à juillet. Or, les prix à la consommation augmentent. En août, ils ont grimpé de 0,4%, après une hausse de 0,5% en juillet. «La politique fiscale et la croissance externe sont donc le moteur de l'économie», analyse Aneta Markowska, économiste senior chez Société générale CIB. Ce qui rend les États-Unis vulnérables aux «chocs extérieurs». «Pour 2012, nous anticipons un impact négatif du resserrement des conditions financières imposé par le contexte de crise en Europe», ajoute l'analyste. Selon Dominique Barbet, le commerce extérieur devrait toutefois contribuer positivement à la croissance, grâce à la faiblesse du dollar.