Des milliers d'Espagnols choisissent l'exil

L’art de saigner à blanc, les pays périphériques pour supporter l’euro. Quelle aubaine pour les autres pays des jeunes dynamiques déjà formés et payés par l’État espagnol.

Si on perd les jeunes pour aller immigrer, que va-t-il se passer économiquement ?

Le pays va s’engouffrer dans un déficit en spirale, ayant plus de 40 % de chômage pour les jeunes, ils émigrent, vers des pays plus prospères, par contre ce sont des futurs revenus en moins pour l’État.

Un autre pays, ou l'euro, leur cause un problème de compétitivité.

C’est la même chose pour le Québec, un jour ou l’autre, il va frapper le mur, espérons que les jeunes vont rester, sans cela, ils pourront se déplacer sans difficulté dans une province plus prospère, en plus, ils n’ont même pas besoin de passeport.


Extrait de : Des milliers d'Espagnols choisissent l'exil, Anna CUENCA, Agence France-Presse, 16 octobre 2011

Ils sont jeunes, qualifiés, rêvant d'avenir. Poussés par la crise et le chômage, des milliers d'Espagnols partent tenter leur chance à l'étranger, attirés par l'Allemagne et ses offres d'emploi florissantes, ou le Brésil et sa croissance à faire pâlir l'Europe.

En quête de travail ou de perspectives de carrière, ils s'ajoutent au flot des immigrés latino-américains qui se résignent à rentrer chez eux. Résultat de ces deux phénomènes combinés, le solde migratoire de l'Espagne est devenu négatif cette année, pour la première fois depuis plusieurs décennies.

Alors que le chômage reste à des sommets (20,89%), touchant en premier lieu les jeunes (46,1% des 16-24 ans), ces derniers sont de plus en plus nombreux à se tourner vers l'étranger.

«Je crois que le pays va perdre toute une génération de jeunes adultes, comme nous, qui partons et ne savons pas si nous reviendrons un jour»,

s'inquiète Lorena Escartin, une jeune diplômée en sociologie et anthropologie de 25 ans, sur le point de partir pour le Brésil.

Si la tendance actuelle se confirme, 580 850 personnes auront quitté l'Espagne en 2011, selon les projections de l'Institut national de la statistique.

 

Le solde migratoire serait alors négatif, avec 130 850 résidents en moins sur un an, une tendance qui devrait perdurer, tout en s'estompant, au moins jusqu'en 2020.

«Quand j'ai passé mon diplôme, tous mes camarades se plaignaient de l'absence de perspectives. Je suis partie tenter ma chance»,

témoigne Vera Giro, partie pour l'Argentine il y a deux ans, à 24 ans, son diplôme de communication audiovisuelle en poche.

Selon une étude du bureau de ressources humaines Adecco, entre avril 2008 et avril 2010, le nombre de personnes à avoir fait des demandes pour aller travailler hors d'Espagne a doublé et celui des Espagnols adultes résidant à l'étranger a augmenté de 9,2% (118.145 personnes).

«Il est clair que le phénomène s'accélère», souligne José Antonio Herce, ancien professeur d'Économie à l'université Complutense de Madrid.

Une vague qui rappelle une tendance presque oubliée depuis les années 40 et 50, les sombres décennies de l'après-Guerre civile, lorsque les Espagnols émigraient en masse vers l'Allemagne, la France ou l'Argentine.

Aujourd'hui, le profil des émigrants a changé. Ce sont :

«de jeunes diplômés, très qualifiés, sans charge de famille»

, explique M. Herce, qui choisissent en majorité «l'Europe, la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni».

L’art de voter avec leurs pieds.

L'Allemagne justement a lancé en avril un programme de recrutement de jeunes ingénieurs en Espagne. En quelques mois, 17 000 Espagnols se sont renseignés sur les possibilités de partir pour ce pays, selon l'Agence pour l'emploi allemande.

Le Brésil, qui accueille le Mondial de football en 2014, les jeux Olympiques en 2016 et a affiché une croissance de 7,5% en 2010, est lui aussi une aubaine, avec une forte demande en architectes, ingénieurs et techniciens.

Depuis quelques mois, «nous observons un nombre croissant de gens qui viennent se renseigner sur les conditions à remplir pour partir», remarque Lorena Alvarez, de l'ambassade du Brésil à Madrid.

Oriol Gonzalez, 36 ans, directeur de la branche pharmaceutique du groupe Roche à Sao Paulo, a franchi le pas: arrivé au Brésil en septembre 2009 pour le compte d'une entreprise espagnole, il a rapidement été recruté par le laboratoire.

Cet Espagnol raconte qu'il a quitté son pays «faute de pouvoir se projeter dans un avenir professionnel». Au Brésil, dit-il, «on m'a donné un bon salaire et un niveau de responsabilité plus élevé».

Un tel flux suppose néanmoins un risque pour l'Espagne, avertit José Antonio Herce. «Entre deux diplômés d'université au chômage, c'est le plus qualifié qui émigrera, celui qui reste sera le moins aventureux, le moins expérimenté, le moins qualifié».