Investissement Québec pourrait perdre 636 M$,

Ce n’est pas grave M. le peuple, personne n’est imputable.


Extrait de : Investissement Québec pourrait perdre 636 M$, Jean-François Cloutier, Argent, 27 octobre 2011

Alors que Québec s’apprête à lui accorder 500 M$ pour des prises de participation dans le Grand Nord, Investissement Québec pourrait perdre 40% des prêts qu’il a déjà octroyés, dont la valeur totalise 1,6 G$.

C’est ce qu’on peut lire dans le dernier rapport annuel de l’organisme, dont la publication a été faite en toute discrétion cet été, au moment où de nombreux Québécois sont en vacances.

L’organisme gouvernemental affiche officiellement un bénéfice net pour l’année de 36 M$. Il faut toutefois prendre avec un grain de sel ces résultats positifs, selon Adrien Pouliot, président de Draco Capital et vice-président de la commission politique de l’ADQ. M. Pouliot a épluché le rapport annuel et y a trouvé des données pour le moins étonnantes.

M. Pouliot souligne que quelque 94% des prêts effectués par IQ sont garantis par le gouvernement. C’est-à-dire qu’en cas de défaut de paiement, c’est le gouvernement du Québec et non Investissement Québec qui doit payer pour les pots cassés.

Or, au cours du dernier exercice, IQ a perdu 100 M$ sur les prêts consentis et Québec lui a envoyé un chèque de 98,4 M$. En excluant la garantie de l’État sur ses prêts, le bénéfice net d’IQ se serait transformé en une perte de 36 M$.

Un examen approfondi des résultats financiers révèle un portrait encore moins rose de la santé financière de l’organisme public.

On peut lire à la page 131 du rapport de 172 pages, dans la note 13 aux états financiers, que la provision cumulée pour pertes d’IQ s’établit à 636 M$. Il s’agit là de l’estimation la plus précise des pertes à venir de la société d’État sur son portefeuille de prêts de 1,6 G$.

Pour M. Pouliot, qui a signé une lettre ouverte à ce sujet cet été, les profits d’Investissement Québec sont tout simplement des «profits factices».

«Les dirigeants sont morts de rire. Les prêts sont garantis par le gouvernement», a-t-il souligné. Par souci de transparence, M. Pouliot préférerait que le gouvernement du Québec prête en son nom propre aux entreprises qu’il veut aider.

Encore plus de pertes?

La situation chez Investissement Québec apparaît encore plus inquiétante quand on sait que l’organisme a fusionné avec la Société générale de financement, un organisme qui a perdu un demi-milliard de dollars en 2008 et 2009.

Le métier traditionnel d’IQ était de faire des prêts, alors que celui de la SGF est de prendre des participations dans des entreprises.

M. Pouliot s’inquiète des 500 M$ réservés à IQ pour des prises de participations dans le cadre du Plan Nord. «J’espère que le passé ne sera pas garant de l’avenir», a-t-il dit.