L'argent de l’harmonisation pour payer l’épicerie

Classique au lieu de prendre l’argent du fédéral pour réduire la dette, on va l’utiliser pour payer les dépenses courantes, évidemment, point de traumatisme pour notre classe de privilégié.


Extrait de : L'argent de l’harmonisation pour payer l’épicerie, Jean-François Cloutier, Argent, 25 octobre 2011

Forcé de revoir à la baisse ses prévisions de croissance pour les deux prochaines années, le gouvernement du Québec va utiliser l’argent de l’harmonisation de la TPS et de la TVQ, un montant de 2,2 G$ non récurrent, pour payer des dépenses courantes.

Évidemment, les projections du gouvernement étaient trop optimistes au départ, même avec 4 milliards de taxes additionnelles par année ne suffisent même pas pour atteindre l’équilibre budgétaire.

Le ministre des Finances Raymond Bachand a aussi reporté sine die le moment où il annoncera des mesures encore à identifier totalisant 1 G$ qui lui permettront de réduire à zéro le déficit en 2013-2014.

«Compte tenu de l’incertitude économique, nous reportons à plus tard l’identification de ces mesures», a-t-il mentionné.

Québec prévoit désormais une croissance de 1,6% pour 2011 et de 1,6% pour 2012 pour l’économie du Québec, contre 2 et 2,2% comme il était prévu au printemps, ce qui devrait entraîner des baisses de revenus conséquentes dans les coffres de l’État.

Pour l’économiste Sébastien Lavoie, de la Banque Laurentienne, le cadre de retour à l’équilibre budgétaire de Québec ne tient encore que grâce au chèque quasi providentiel de 2,2 G$ obtenu d’Ottawa avec l’entente sur l’harmonisation de la TPS et de la TVQ.

«La hausse des droits miniers et le coût moins élevé du service de la dette sont des aspects minimes comparés à cela», a-t-il dit, ajoutant que l’équilibre budgétaire, s’il devait être atteint, ne serait que ponctuel dans ces conditions.

Le gouvernement Charest a néanmoins dressé un portrait positif de l'économie de la province.

« La croissance économique de la fin de l’année 2010-2011 a été plus vigoureuse que prévu, ce qui a joué en notre faveur et a permis d’améliorer nos résultats », a indiqué le ministre des Finances, M. Bachand

Le gouvernement précise que le déficit pour l'année terminée au 31 mars 2011 atteint 3,2 milliards $. Il s'agit d'une réduction de 25 % par rapport à ses prévisions de 4,2 milliards $.

La croissance des dépenses a toutefois été plus élevée de 385 M$ que prévu, en raison de dépenses d’amortissement pour des immobilisations dans les domaines de la santé et de l’éducation. Les dépenses de programmes ont crû de 3,9% en 2010-2011.

M. Lavoie a d’ailleurs souligné que le gros de l’effort du gouvernement en matière de réduction de la croissance des dépenses serait à faire dans les prochaines années. Québec prévoit une croissance des dépenses de programmes de 3% en 2011-2012, et 2,7% en 2012-2013.

« Tous les signaux économiques à l’échelle mondiale laissent présager une instabilité économique et un climat moins propice à de nouveaux investissements à moyen terme», a réagi en fin de journée le Conseil du patronat du Québec à l’annonce de M. Bachand, prônant la prudence budgétaire dans les dépenses de l’État.