La crise : pas de solution... mais une résolution

Toujours un plaisir de lire Bill Booner


Extrait de : La crise : pas de solution... mais une résolution, Bill Bonner, 28 octobre 2011

Tant le International Herald Tribune que le Financial Times indiquent que l'économie américaine traverse une période difficile.

Tous deux pointent du doigt la confiance des consommateurs. Ces derniers hésitent à emprunter ou dépenser, disent les journaux, parce qu'ils n'ont pas confiance. Ce qu'ils n'ont pas, en réalité, c'est de l'argent.

Ils n'ont pas assez d'argent pour continuer à dépenser autant qu'au plus fort de la bulle... et ils n'ont pas l'espoir d'en gagner plus.

"La morosité pèse sur l'économie américaine",

dit le Financial Times.

L'indice de confiance du Conference Board est à son plus bas depuis 40 ans.

Rien d'étonnant à ça.

·         On trouve plus d'Américains au chômage aujourd'hui qu'il y a 40 ans (ou qu'à tout autre moment depuis).

·         Jamais les prix de l'immobilier n'ont autant chuté. L'indice Case-Shiller met les prix des maisons près de 4% plus bas qu'il y a 12 mois.

·         Si l'ensemble de l'inventaire immobilier US a une valeur d'environ 20 000 milliards de dollars... cela représente une perte d'environ 800 milliards de dollars sur l'année passée.

"C'était juste sur le papier", pourriez-vous objecter. Mais c'est précisément sur ce papier que les baby-boomers américains comptaient pour financer leurs vieux jours.

70 millions d'entre eux sont censés partir à la retraite au cours des 15 prochaines années.

Peu ont épargné assez. Certains se sont tournés vers les marchés boursiers pour obtenir l'argent dont ils avaient besoin ; d'autres comptaient sur la vente de leur maison.

Maintenant, ils sont dans le pétrin.

Les actions et les maisons stagnent depuis 10 ans aux Etats-Unis. Ces années auraient dû être "le pic de l'épargne retraite" pour les baby-boomers... alors que leurs revenus atteignaient un sommet et que les plages de la Floride ensoleillée leur faisaient signe comme Lorelei sur les rives du Rhin.

Mais ils ont tout raté. Ils ont pris leurs hauts revenus... ont investi dans les actions ou l'immobilier... ou ont simplement dépensé l'argent. Et que leur reste-t-il à présent ?

Ils doivent faire des économies !

Le problème de l'épargne, c'est qu'elle est incompatible avec une économie saturée de dettes.

Si vos revenus augmentent, vous pouvez racheter vos prêts avec l'argent supplémentaire. Vous n'enlevez rien à l'économie elle-même. Mais si vos revenus n'augmentent pas, vous devez mettre la main à la poche et en retirer de l'argent autrefois alloué à d'autres choses. Tout ça a une conséquence assez contrariante : ça réduit les dépenses de consommation... ce qui pousse l'économie dans la crise.

Actuellement, les autorités injectent de colossales quantités d'argent dans l'économie, augmentant encore les dettes du secteur public -- mais la marée se retire pour tous les autres ou presque. Elle emporte avec elle des millions de ménages. Ils se noient désormais dans la dette, avec peu d'espoir de revenir un jour à la surface. Le mieux qu'ils puissent faire, c'est abandonner le fardeau des prêts immobiliers, prêts étudiants et autres cartes de crédit... toute la dette qui les ralentit.

Et ensuite ? Ensuite, ils devront réduire leurs dépenses... et vraiment épargner pour leur retraite.

Inutile de vous dire ce que ça fait à l'économie.

"Et quelle est l'alternative ?", avons-nous continué. "Les Soviétiques ont essayé d'éliminer les marchés. Ils ont réuni des gens intelligents et les ont laissés décider de quelle manière le capital devait être alloué, qui obtenait quoi... et à quel prix. C'était la plus grande expérience économique jamais conduite. Ils s'y sont tenus, sur une période de 70 ans. Si les gens objectaient, ils les envoyaient en Sibérie. Certains ont essayé d'en sortir en sautant par-dessus le Mur de Berlin ; bon nombre d'entre eux ont été abattus par les gardes. Il faudrait en fait ériger un monument aux Soviétiques pour leur zèle constant et leur engagement sincère envers la cause de l'expérimentation économique. Peut-être devraient-ils avoir un Prix Nobel. Ils ont certainement fait plus que Krugman ou Keynes pour nous aider à comprendre comment fonctionnent les marchés. Des gens sensés auraient laissé tomber l'expérience après quelques mois. Mais les Soviétiques ont continué".

"Aujourd'hui, nous savons. Sept décennies après avoir commencé, la Russie était plus pauvre. C'est tout le problème d'une économie commandée. Elle corrige elle aussi, mais vraiment à contre-coeur. Généralement après une révolution".

"C'est ce à quoi nous assistons en ce moment. Le secteur privé -- une économie de marché -- corrige les erreurs commises durant les années de bulle. Il corrige sa dette. Il dénoue ses positions à effet de levier.

Mais qu'en est-il du secteur public ?

Le gouvernement est une économie commandée.

1.      Les décisions sont prises par des bureaucrates, des lobbyistes et des experts de relations publiques.

2.      Les capitaux sont alloués en fonction de considérations politiques ; ils ne sont pas guidés par la main invisible des marchés -- si bien que ces derniers ne corrigent pas.

3.      Ils font simplement la même erreur sans arrêt -- accumuler de la dette -- jusqu'à ce que la correction s'impose à eux".