Le gouffre des finances publiques : l'échec de la démocratie représentative

Étant une personne qui a du vécu (proche de 60 ans) et j’estime à avoir une bonne analyse de synthèse durant ma carrière, j’arrive à la même conclusion que M. Yvan Blot, ce que nous avons est un problème de gouvernance.

Tous les pays occidentaux qui s’en sortent actuellement ont tous un point commun.

Une excellente gouvernance, imputabilité, transparence et efficacité sont tous des ingrédients pour gérer l’État avec maturité et responsabilité.

Un jour, nous allons avoir de vrais démocrates qui vont remettre le pouvoir au peuple, non pour satisfaire les groupes d’intérêts ou pour satisfaire certaines parties de la population, au détriment des autres, mais gérer l’État comme un bon père de famille.

Oui, M. les indignés, vous avez le droit de vous indignées, et tous ceux qui vous dénigrent, en vous collant des étiquettes simplistes, n’ont pas plus de cervelles qu’un oiseau, on a un TRÈS TRÈS sérieux problème de gouvernance.

Deux textes qui ont certainement plus de profondeurs que des milliers de titres que je lis chaque mois qui ne sert qu’à faire du bruit.


Extrait de : Le gouffre des finances publiques : l'échec de la démocratie représentative, Yvan Blot, Polémia, 31 Octobre 2011

Pour Yvan Blot la cause politique première de la dette des Etats occidentaux est à chercher dans la démocratie représentative. Celle-ci confie le pouvoir à des gérants irresponsables prisonniers de la préférence pour l’immédiat. A contrario, la Suisse faiblement endettée montre les bienfaits de la démocratie directe.

Tous ruinés dans dix ans, tel est le titre d’un ouvrage récent de Jacques Attali. Dans ce livre, l’auteur dit : « Jamais, sauf en période de guerre, la dette publique n’a été aussi élevée dans les pays occidentaux ».

La démocratie représentative : des gérants irresponsables

C’est vrai mais il ne dit pas pourquoi. La vraie raison est que la démocratie représentative pure est devenue un régime oligarchique gouverné par des gérants irresponsables : politiciens mais aussi hauts fonctionnaires des finances, dirigeants de syndicats et associations irresponsables, dirigeants des médias, etc. Attali ajoute : « Jamais l’endettement n’a fait peser autant de dangers sur la démocratie ! » Là, il se moque du monde car nous ne sommes plus en démocratie sinon formellement et c’est la démocratie directe qui permettra de sortir de cette spirale infernale de l’endettement, comme le montrent de façon différente les exemples islandais et suisse. Enfin, Attali propose, pour réduire cette crise, de réduire les dépenses publiques mais surtout d’augmenter les impôts et de réduire le pouvoir d’achat par l’inflation. Autrement dit, Attali propose de réduire les dépenses publiques mais surtout d’augmenter les impôts ou de réduire le pouvoir d’achat par l’inflation, c’est-à-dire que le contribuable paiera les fautes des gérants de l’Etat et des banques. C’est ce que les Islandais ont récemment rejeté par référendum !

« La préférence pour l’immédiat » (Hoppe)

Le livre d’Attali est superficiel. Pour comprendre pourquoi nos Etats se sont tant endettés, il faut lire les analyses du professeur d’économie Hans Hermann Hoppe, Allemand vivant aux USA, sur « la préférence pour l’immédiat ». Selon lui, conformément aux travaux de l’école autrichienne libérale (von Mises et von Hayek), seuls les propriétaires et pères de famille sont prêts à investir systématiquement à long terme. Les gérants non propriétaires veulent gagner le maximum à court terme, en raison de leur statut instable de gérant.

Or, notre société est dirigée principalement par des gérants :
les élus politiques et les managers ; ils agissent avec l’argent des autres
et perdent donc toute prudence !

C’est vrai des politiciens comme des banquiers non propriétaires de leur établissement. Le professeur d’économie Pascal Salin montre quant à lui que nous ne sommes plus en régime capitaliste car ce ne sont pas des propriétaires mais des « managers » qui dirigent et qui prennent des décisions où le court terme est l’horizon déterminant.

La préférence pour l’immédiat fait des ravages en Occident. Le comportement correspondant est celui du « je veux tout et tout de suite » des enfants mal élevés et des délinquants. Pour Hoppe, la crise démographique, la montée du crime, l’accroissement de l’endettement public et même l’invasion migratoire ont une cause commune : la préférence pour l’immédiat. Les pouvoirs publics ne défendent pas l’espace public contre les intrus avec autant d’énergie que le feraient des propriétaires privés.

Dans le secteur privé, comme dans le secteur public, les propriétaires responsables sont marginalisés par les managers irresponsables qui négligent le long terme. Il faut responsabiliser les décideurs. En politique, Hoppe préconise la privatisation du pouvoir (retour à la monarchie !) mais on peut aussi prôner la démocratie directe, les deux n’étant nullement incompatibles, comme le montre le Liechtenstein. Ses suggestions ont fait l’objet de débats passionnés aux USA mais la France est restée à côté de la discussion, politiquement correct oblige !

Supériorité de la démocratie directe en gestion des finances publiques

L’étude, censurée en France, des professeurs Feld et Kirchgässner (2008) montre que les outils de la démocratie directe:

1.      le référendum financier,

2.      le référendum veto,

3.      voire l’initiative populaire,

permettent de réduire le niveau des impôts et des dépenses de 30% et le niveau des dettes publiques de 50%. Ces résultats ont été prouvés par des études empiriques portant sur de longues périodes aux USA et en Suisse. Ils ne sont pas étonnants. Depuis longtemps, les économistes du « public choice » montrent qu’en régime parlementaire pur, les politiciens ont intérêt à faire des cadeaux à leurs électeurs et donc à augmenter les dépenses.

Le financement est assuré par des impôts frappant

1.      des minorités électorales (IRPP) ou

2.      des impôts indolores (TVA) ou

3.      l’endettement qui reporte la charge sur les générations futures.

Les socialistes sont passés maîtres pour faire ces largesses avec l’argent des autres mais ils ne sont pas les seuls !

En Suisse le référendum financier

En Suisse, au niveau cantonal ou municipal, existe une arme redoutable pour lutter contre cette dérive : le référendum financier.

Les dépenses publiques très fortes ou les dépenses récurrentes
sont en effet soumises à des référendums obligatoires.

Ainsi, les citoyens de Zurich ont refusé par deux fois la construction (très chère) d’un métro ! Ils ont préféré le tramway et le maire (socialiste) a dû se résigner.

·         Tout ce qui est palais des congrès, tours en centre-ville ou cité administrative géante est soumis au bon vouloir des citoyens qui imposent souvent le retour à la mesure et à la raison.

·         De même, l’endettement est soumis à référendum, ce qui a pour effet d’en réduire le montant.

Une autre arme est le référendum facultatif ou référendum veto.

Par pétition, les citoyens peuvent contester une décision de l’assemblée locale ou nationale et déclencher un référendum. C’est ainsi que les citoyens suisses ont par trois fois refusé la TVA. Celle-ci a fini par être adoptée mais avec un taux très faible. Quant à l’initiative populaire, elle a permis de réduire les impôts pour obliger les pouvoirs publics à réduire les dépenses lorsque l’outil du référendum financier n’existait pas : on se souvient de la Californie du temps de Reagan et de la proposition 13 !

Les citoyens et les propriétaires jouent avec leur argent,
les oligarques avec l’argent des autres

Pourquoi les citoyens freinent-ils les dépenses, les impôts et l’endettement lorsqu’on les consulte ?

C’est que leur argent à eux est en cause alors que les oligarques politiques, syndicaux ou de la fonction publique ou des banques jouent avec l’argent d’autrui.

Dans nos sociétés occidentales, les classes moyennes ont un poids électoral prépondérant. Il s’agit souvent de petits propriétaires qui n’ont pas des réflexes de gérants à court terme ! C’est pourquoi une bonne gestion exige que la démocratie des propriétaires l’emporte sur l’oligarchie des managers. C’est ce qui se passe en Suisse.

Petit fait significatif : la Suisse s’appelle officiellement, en allemand, « Schweizerische Eidgenossenschaft ». On traduit à tort (y compris en Suisse) par « Confédération suisse ». Mais le mot « Genossenschaft » signifie « association de copropriétaires » ; « Eid » veut dire « serment ». L’expression veut dire mot à mot : Association de copropriétaires unis par un serment de se défendre en commun. On est loin de l’Etat socialiste ou de l’Etat abstrait des Jacobins !


Extrait de : Le surendettement de l’État comme faillite de la volonté générale, Par Bruno Lévy, Contrepoints, 29/10/2011

Le surendettement souverain est la conséquence de la théorie de l’État comme instrument au service de la volonté générale.

Le surendettement d’un État est une véritable folie politique qui affecte durablement la prospérité de la nation. Les dirigeants de nos États sont-ils effectivement capables, comme ils le prétendent, de servir ce qu’ils appellent l’intérêt général ?

La théorie c’est que seul l’État aurait la force et la vision à long terme nécessaire pour s’élever au dessus des “intérêts particuliers”, compétence qui lui donnerait la capacité d’intervenir sur la société pour faire respecter « l’intérêt général ».

La réalité c’est que ceux qui sont désignés pour représenter les citoyens dans l’exercice de la volonté générale, se sont avérés incapables de discerner l’intérêt de la nation à voir l’État ne pas tomber dans le surendettement.

Face à cette carence, certains vont être tenté de répéter les erreurs d’avant guerre et d’imputer cet excès d’endettement à la « mollesse » des démocraties et du coup prôner le retour à un État fort. Mais la dérive des dépenses publiques  n’a pas seulement lieu dans les États démocratiques. Par exemple, l’historien Gotz Aly, dans son ouvrage « Comment Hitler a acheté les Allemands », a démontré que le régime Nazi n’a pas échappé à la règle du surendettement pour financer des dépenses sociales destinées à « maintenir le confort matériel de l’Allemand moyen ». Préserver le niveau de vie de la population était indispensable pour éviter à ce régime de perdre le soutien populaire (ou, à tout le moins, le consentement de catégories importantes de la population).

Le fait que le surendettement des États se soit produit sous des régimes de gauche comme de droite, par le fait de dirigeants exerçants depuis plus de trente ans leur fonction dans de nombreux pays Européens mais aussi de l’autre côté de l’Atlantique amène à chercher une explication générale.

Le surendettement de nos États est en fait la conséquence de leur caractère illibéral [1] : toute intervention publique est légitimée par le seul fait qu’elle est jugée conforme à « l’intérêt général ». En particulier, dans un État illibéral il n’y a pas de limites posées aux domaines de d’intervention de l’État. Bref : tout est (en apparence) possible à la volonté générale.

Cette absence de limites, permet aux dirigeants de l’État d’utiliser le pouvoir d’intervention publique pour séduire, amadouer ou en tout cas éviter de froisser l’opinion à l’aide d’une dépense publique qui est de plus en plus élevée et donc, de façon croissante, financée par l’endettement. L’endettement public n’est en effet pour les dirigeants d’un État illibéral qu’un moindre mal, bien trop souvent accepté sans scrupules, par rapport à la perte du soutien populaire.

Depuis 30 ans en France, l’endettement public a ainsi permis aux dirigeants Français de financer des politiques « séduisantes» pour une majorité de citoyens (l’abaissement de l’âge de la retraite de 65 à 60 ans, les 35 heures, l’exclusion de l’impôt sur le revenu des bas salaires, etc.), pour maintenir le statut quo (en laissant filer les dépenses de la sécurité sociale, ou en « ne touchant pas » aux retraites), pour défendre les intérêts particuliers de catégories de population particulièrement influentes (comme les fonctionnaires) ou pour tenter d’amortir certaines situations socialement difficiles comme le chômage des jeunes à l’aide de «traitement sociaux» fort dispendieux et inefficaces (comme le prouve toute la ribambelle de « plan d’emploi pour les jeunes »). Liste non exhaustive.

S’est ainsi mis en place dans notre pays un véritable machiavélisme social. Qui ne se souvient de la référence continue au « modèle social » français que la gauche, quand elle était au pouvoir (notamment quand Jospin était premier ministre), ne pouvait s’empêcher de décrire comme suscitant l’envie de toutes les autres nations ? Notre « modèle social » était en fait financé par nos enfants avant même qu’ils ne soient nés… Où s’arrêtera le cynisme ?

Mais le caractère illibéral de nos États est générateur de surendettement pour une seconde raison. Car l’intérêt des dirigeants de l’État est de rendre indispensables les prestations de l‘État. Il est donc préférable, de leur point de vue, qu’il n’y ait pas d’offres alternatives aux « solutions » collectives qu’ils nous imposent au nom de la volonté générale.

Quand la dépense publique représente 55% du PIB, l’influence de l’État dans la vie de chacun est considérable : qui d’entre nous n’a pas dans sa famille un retraité ? Qui n’a pas eu un proche qui a bénéficié des prestations de soin d’un hôpital public ? Qui ne connaît pas autour de lui un chômeur longue-durée ? Quelle famille n’a jamais connu l’école publique?

Prenons donc bien conscience que l‘immense majorité d’entre nous, personnes individuellement responsables et autonomes, dépendons ainsi de services de l’État qui ont une influence profonde sur le déroulement de nos vies.

Dans un contexte démocratique où ni la droite ni la gauche ne souhaite permettre aux citoyens d’accéder à des alternatives aux services publics, les fonctionnaires en charge de la fourniture de ces prestations se voient donc conférer un pouvoir considérable.

Ils peuvent, en effet, s’opposer durablement à la réforme de la provision de ces services, et notamment la baisse des effectifs et des coûts, par des grèves qui causeront d’autant plus de mécontentements que notre dépendance vis à vis de ces services est quasi totale. La volonté générale est ainsi prise en otage.

Le fait que, par exemple, d’employer à l’Éducation Nationale deux fonctionnaires par enseignant – situation unique d’inefficacité pour un service public dont les effectifs sont parmi les plus lourds du monde – est la conséquence directe de ce blocage. Qui serait prêt à accepter une grève de trois mois des enseignants ?

On se retrouve dans la situation absurde où le fait d’imposer les prestations de l’État dans le cadre d’un monopole (sécurité sociale) ou d’un quasi monopole (éducation nationale) empêche la réforme et la baisse des coûts de provision de ces prestations.

Bref : Le surendettement public est donc la conséquence d’une contradiction interne de la théorie de l’État comme instrument au service de la volonté générale.

Laisser une plus grande liberté apparente à l’expression de la volonté générale, lui faire croire que « tout est possible », crée les conditions de son assujettissent progressif au surendettement par un double mécanisme :

·         Inflation des promesses de dépenses publiques en vue de « séduire » la volonté générale et la rendre dépendante de l’État ;

·         « Prise en otage » de la volonté générale par ceux qui sont en charge de la fourniture des prestations publiques, ce qui rend impossible la réforme et l’abaissement des coûts des solutions collectives qui sont ainsi fournies.

Toute cela ne constitue qu’une illustration, particulièrement douloureuse, de ce que les libéraux ont toujours affirmé :

Il faut démystifier la notion d’intérêt général qui n’est bien souvent qu’un alibi cachant un phénomène d’«exploitation» du reste de la société par une caste privilégiée de fonctionnaires et bureaucrates. » (Henri Lepage)

L’État doit être neutre également vis-à-vis des intérêts particuliers de ceux qui le dirigent et notamment de leur intérêt à se maintenir à sa direction coûte que coûte, quitte à durablement ruiner le pays par l’endettement public.

Pour sortir de l’endettement ce n’est donc pas d’un État fort dont nous avons besoin, mais d’un pays fort.  La solution pour y arriver ?  Un État qui cesse de piéger la volonté générale en prétendant pouvoir tout résoudre. Un État qui accepte non seulement de limiter ses domaines de compétences mais qui laisse à la société civile et aux entrepreneurs la possibilité d’offrir des alternatives à ces prestations (y compris la sécurité sociale qui en Allemagne est par exemple partiellement privatisée), atténuant, par la même, l’effet « prise d’otage » qui rend si difficile sa propre réforme.

On revient toujours à la nécessité de cette notion, profondément libérale:

De limitation des pouvoirs de l’État qui est une garantie effective de son efficacité et… du maintien de la force et de l’indépendance économique et financière de la société.

Note :

[1] : L’expression « illibéral » a été réactualisée par l’essayiste et éditorialiste américain dans son livre « Illiberal democracies » pour dénoncer la tentation d’’une certaine forme de démocratie qui veut restreindre de façon croissante la liberté individuelle au nom de la volonté générale.