Le peuple Grec souffre, mais les élites ?

Deux articles intéressants sur la Grèce, le peuple souffre, mais est-ce que les dirigeants Grecs souffrent ?


Extrait de : Austérité: les Grecs n'en peuvent plus, Ali Bekhtaoui, l’Expansion.com, 05/10/2011

L'Europe souhaite imposer des coupes supplémentaires dans les salaires des Grecs. Le Premier ministre refuse un nouveau massacre social. De fait, le quotidien de la population devient de plus en plus insoutenable.

Témoignages.

La Grèce "ne deviendra pas l'Inde". C'est avec ces mots que le Premier ministre grec, Georges Papandréou, a répondu aux créanciers du pays qui lui réclament de nouvelles coupes dans les salaires du privé et une baisse du salaire minimum. Le pays ne respectera pas ses objectifs de réduction du déficit cette année, ses prêteurs réclament des sources supplémentaires d'argent frais avant de lui accorder le versement d'une nouvelle tranche d'aide de 8 milliards d'euros. "Nous sommes du côté des travailleurs et nous assurons la protection de leurs droits collectifs", a ajouté le Premier ministre. Il faut dire que depuis l'éclatement de la crise grecque, en 2009, les mesures d'austérité imposées ont entraîné la population vers un quotidien de plus en plus insoutenable.

40% de salaire en moins

Fotini, 32 ans, est mariée et a deux enfants. Elle est directement touchée par la baisse des salaires imposée par les plans d'austérité. Elle le raconte dans un témoignage au Monde. "40% en moins sur mon salaire à 1400 euros brut, 20% en moins sur le salaire de mon mari à 1300 euros brut. L'augmentation de tous les produits et les services, essence, nourriture, tickets de transports..." Sa famille est également touchée par l'austérité. "Ma soeur, diplômée de la grande école polytechnique d'Athènes, est au chômage, ma fille aînée de 2 ans et demi n'a pas de place à la crèche municipale, alors il faut payer 500 euros par mois pour l'inscrire dans une crèche privée. Notre loyer de 600 euros, lui, est resté stable. Mais avec toutes les dépenses fixes, il ne nous reste que 300 euros par mois pour vivre."

Les pensions de retraite abaissées de 20%

Anastasia est une ancienne danseuse professionnelle. Elle touche sa retraite depuis six ans mais l'a vue rabotée de 20% à 1500 euros. Elle témoigne de la difficulté du quotidien dans une interview à la radio suisse romande. "Vers la fin du mois je suis vraiment fauchée. La vie est devenue plus chère, au supermarché, les aliments, l'énergie. C'est déprimant, on voit des gens perdre leur boulot. Je vis avec ma mère qui a aussi une retraite. On s'aide, sinon je ne pourrai pas toute seule. J'ai trois enfants qui ont 22, 24 et 26 ans et qui n'ont pas encore de travail. C'est très injuste de baisser le salaire des gens qui ont toujours été corrects avec la loi. C'est blessant. Je n'ai pas le droit de prendre un travail en même temps que ma retraite, même pas dans une école de danse. Si je fais ça on me coupe une grande partie de ma pension. J'ai aussi très peur des révoltes, que le pays fasse faillite et qu'on ne touche même plus notre retraite. Je suis très, très inquiète."

Le chômage touche 4 jeunes sur 10

La jeunesse grecque est très touchée par l'austérité. Laurane Chytiris est une étudiante greco-suisse en littérature française à l'université d'Athènes. Elle témoigne: "Je pense à quitter la Grèce une année pour aller passer mon master ailleurs. Si la situation ne s'arrange pas, je ne reviendrai pas. J'ai beaucoup de connaissances qui regardent sur internet pour aller vivre en Angleterre ou en France. Ils voient bien que c'est insupportable ici. Il y a des jeunes de 30 ans qui vivent toujours chez leurs parents. Ils ont un travail mais n'ont pas les moyens de payer un loyer avec ce qu'ils gagnent." Et ce chômage ne touche pas que les jeunes. Le gouvernement annonce un chiffre officiel à 16,3%, les syndicats parlent plutôt de 23%.

L'enfer de la recherche d'emploi

Dimitri a 33 ans. Il est informaticien au chômage, reconverti en instituteur après la faillite de sa société au début de la crise. "J'ai fait des remplacements comme instituteur, mais je n'ai pas eu de poste à la rentrée, j'espère en avoir un d'ici quelques mois", dit-il néanmoins avec espoir. En attendant, il touche encore 400 euros par mois d'allocation chômage qui s'arrêteront dans quatre mois. Pour ses besoins immédiats, il s'appuie sur ses économies et sa famille car son loyer est de 500 euros par mois. A terme, lui aussi ne voit pas d'autre solution que quitter la Grèce. Il participe à une opération de recrutement pour émigrer vers l'Australie. "Quand je pense à tout ce qu'on a fait pour avoir des diplômes, pour être prêt. Ce n'est pas ma génération qui a créé cette dette, et même si nous la rééchelonnons, cela veut dire que des gens qui ne sont pas encore nés aujourd'hui devront la repayer encore dans trente ans".

Les petits commerces mettent la clé sous la porte

Le "triangle du commerce" d'Athènes n'est plus ce qu'il était. Dans ce haut lieu du business de la capitale grecque, près de la place Syntagma, la mode est au rideau baissé. Selon la Conféderation nationale du commerce grec (ESEE), plus de 20% des petits commerces ont disparu à Athènes depuis 2010. "Personne ne nous donne un coup de main", regrette Themis Lizardos sur Reuters, un joallier du quartier qui n'a pas encore baissé le rideau. Mais à ce rythme là cela ne devrait pas tarder. "Il n'y a qu'un seul coup de main, celui qui presse nos têtes et nous la maintient sur le sol", ajoute-t-il. Des dizaines de milliers de petits commerces ont fermé dans tout le pays après la mise en place du premier plan d'aide européen de 110 milliards d'euros, et la promesse de mesures d'austérité draconiennes par le gouvernement.

L'immobilier, prochain épicentre de la crise?

Théodore Pelahaidis, est professeur d'économie à l'université d'Athènes. Selon lui, la prochaine crise sera immobilière en Grèce. Et on ne peut pas y faire grand chose. Il l'affirme à la radio suisse romande. "Quand l'épargne des ménages aura été dépensée dans les prochains mois, qu'est ce que les gens vont faire ? Ils vont vendre leur maison. Mais si vous vendez, les propriétés vont entrainer les prix à la baisse. Donc la prochaine étape qu'on va subir c'est une crise de l'immobilier. Et on va encore aggraver la crise actuelle."


Extrait de : Libérons la Grèce de ses élites, Fortune, 8 octobre 2011

Libérons la Grèce de ses élites

L’aide d’urgence sur laquelle planchent les pays de la zone euro n’offre pas de solution durable à la crise grecque, estime l’économiste Rens van Tilburg. Il faut d’abord briser l’emprise des élites locales, dont les privilèges intacts empêchent une répartition équitable des sacrifices

Les dirigeants européens se préparent à apporter la énième réponse « définitive » à la crise de l’euro. Après les banquiers, même les Chinois et les Américains, dont les monnaies ne sont pas concernées, se sont mis à plaider en faveur d’un renforcement du Fonds européen de stabilisation financière (FESF).

Certes, nul ne veut prendre le risque d’un défaut de paiement de la Grèce. Reste à savoir, cependant, s’il ne faut pas plus craindre la voie sur laquelle les dirigeants européens risquent de s’engager. Car on n’évoque jamais le véritable problème de la Grèce, et on y remédie encore moins.

Ce problème, c’est que la place que l’on occupe dans la société grecque n’est pas déterminée par son talent et son dynamisme, mais par ses origines et ses relations. Bien entendu, aucune société ne repose entièrement sur la méritocratie ou le népotisme.

Les Pays-Bas, par exemple, sont essentiellement une méritocratie, tandis qu’en Grèce, c’est le népotisme qui prédomine.

Le pouvoir et la propriété y sont tellement concentrés que les élites au pouvoir parviennent chaque fois à renforcer leur position.

La politique ferme les yeux aux problèmes structurels

Tant que des efforts ne seront pas engagés pour lutter contre ce népotisme, l’économie grecque ne sera pas en mesure de régler sa dette, quelle qu’elle soit. Même si nous effacions l’ensemble de la dette grecque, le pays contracterait dès le lendemain de nouveaux emprunts.

Et devinez un peu qui paiera l’addition de la prochaine opération de sauvetage pour les banques ou la Grèce ? Se porter garant des économies structurellement faibles en augmentant les capacités du FESF ne fait qu’aggraver les problèmes à venir, pas le contraire. Les responsables politiques se laissent guider par les mêmes sentiments qui ont conduit à autoriser la Grèce à entrer dans l’euro, bien qu’elle ne respectait pas les critères nécessaires.

« Laisser » la Grèce quitter la zone euro en échange de l’effacement de sa dette nous enlèverait un futur fardeau financier. Cela signifierait en revanche que nous laissons la classe moyenne grecque seule dans la lutte pour son propre pays. Or, nous devrions nous soucier du bien-être des citoyens grecs, qui sont la principale victime du chaos administratif dans le pays.

Apporter des euros ne fera que retarder la lutte sociale

La classe moyenne grecque est prête à payer des impôts, comme tous les autres Européens. Mais le Grec moyen n’en a pas envie, parce qu’il sait que l’Etat va faire aussitôt disparaître ces sommes dans la poche de membres de la famille au pouvoir et d’amis du régime.

Les euros qui ont afflué dans le pays ces dernières années ont assoupi la population grecque : tout le monde en a eu une petite part et les jeunes vraiment ambitieux sont partis discrètement.

Mais à présent, la tension monte. Apporter une fois encore des euros ne fera que retarder la lutte sociale indispensable au pays.

Mieux vaut prendre entièrement le parti du peuple grec. Ce n’est pas ce qui s’est passé jusqu’à présent : les élites se sont épargnées et ont tout fait peser sur les Grecs bien intentionnés. Si elles ont pu le faire, c’est parce que la troïka composée de l’UE, de la BCE et [du] FMI, ne veut pas trop se mêler des choix effectués. L’engagement de répartir équitablement la charge est resté lettre morte.

La troïka doit renoncer à ses réticences : l’idée de ramener la démocratie dans son berceau n’est-elle pas une belle idée européenne ? Cela exige un transfert plus radical de la souveraineté grecque que celui dont il est question actuellement. A défaut, jamais les économies n’atteindront ceux qu’elles devraient frapper : les emplois et les privilèges des élites qui aujourd’hui décident d’où les coupes sont effectuées.

Si l’on ne brise pas le pouvoir des élites grecques, il n’y a pas de solution possible. Malheureusement, cet aspect est systématiquement absent des propositions européennes que l’on entend défiler à un rythme effréné.

Athènes n’est pas Bagdad, mais ne minimisons pas la difficulté de mettre en place une démocratie qui fonctionne bien. Il faudrait pourtant passer par là pour trouver une solution à cette tragédie grecque. Contrairement à la tradition théâtrale, une fin heureuse est encore possible. Elle exige encore beaucoup de détermination de la part de l’Europe, mais surtout un grand sens des réalités.

Article original en néerlandais : De Volkskrant

Traduction française : Presseurop

(Merci à Léonidas)


Greek protester explains why they support general strike

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BBC, 5 October 2011

A 24-hour general strike is under way in Greece in protest at the nation's austerity measures.

One protester in Athens told the BBC's Mark Lowen that the measures are "making life worse for average Greeks".

Flights and ferry services have been cancelled, schools, government offices and tourist sites closed, and hospitals are working with reduced staff.

At least 16,000 people have joined protests organised by the main unions in central Athens.

The European Commission is discussing ways of propping up banks in Europe to protect them from the Greek crisis.