Le PLQ tente de contrôler ses militants

L’harmonie ne va très bien chez les Libéraux, ils semblent que certains députés ne sont pas contents, surtout, ils risquent de se chercher une ‘job’ à la prochaine élection.


Extrait de : Le PLQ tente de contrôler ses militants, Robert Dutrisac, Le Devoir, 21 octobre 2011  Québec

Le parti veut s'assurer que son congrès se déroulera sans heurts

Québec — En vue de son 31e congrès qui s'ouvre demain, le Parti libéral du Québec tente de contrôler ses militants qui voudraient contester la commission d'enquête restreinte que vient de lancer Jean Charest sur l'industrie de la construction. Députés et présidents d'association de circonscription ont reçu la consigne de communiquer avec les délégués en vue de s'assurer que le congrès se déroule sans heurts.         

«La machine libérale est en marche», a signalé au Devoir une source libérale sous le couvert de l'anonymat. Le parti est en mode de contrôle et les grandes gueules n'ont pas la cote.

Malgré la consigne, certaines voix isolées se font entendre, comme celle de Robert Benoit, ancien député libéral et président du PLQ. De même, plusieurs anciens députés libéraux se demandent quel sera l'avenir du parti de Jean Lesage et de Robert Bourassa.

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Hier, Martin Drapeau, un militant libéral depuis 30 ans, a demandé au chef libéral Jean Charest de se soumettre à un vote de confiance. Sans trop se faire d'illusion, il tentera de présenter au congrès, où 2000 libéraux doivent se réunir en fin de semaine, une proposition en ce sens. À un conseil libéral l'an dernier, Martin Drapeau s'était pointé au micro avec une proposition réclamant une enquête publique sur l'industrie de la construction. Mais le débat n'a pas eu lieu puisqu'aucun militant libéral ne s'est levé pour appuyer la simple présentation de cette proposition.

Pour lui, une commission d'enquête sans le pouvoir de contraindre les témoins à comparaître et sans immunité pour ces témoins est une aberration. «Les raisons invoquées pour ne pas obliger les gens à témoigner sont, à mon esprit, fort discutables. Il faut une commission qui soit contraignante et si M. Charest ne veut pas le faire, il faudrait qu'il remette en question son leadership», juge-t-il. L'immunité accordée aux témoins est tout aussi essentielle, croit Martin Drapeau. Lui-même a été poursuivi par une entreprise de sa région après qu'il eut posé des questions au conseil municipal de Boisbriand, une poursuite-bâillon qui a été cependant rejetée par le tribunal.

Lors d'une séance «pédagogique» bien encadrée, les délégués au congrès libéral pourront échanger pendant une heure et demie, en matinée demain, avec pas moins de quatre ministres: le ministre des Transports, Pierre Moreau, le ministre de la Sécurité civile, Robert Dutil, le ministre des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire, Laurent Lessard, et la ministre du Travail, Lise Thériault. Les ministres présenteront les réalisations du gouvernement libéral en matière de lutte contre la collusion et la corruption. «Il n'y a pas meilleure occasion pour faire de la pédagogie sur tout ce qui a été changé dans les façons de faire», a fait valoir Michel Rochette, le porte-parole du PLQ. «On ne trouve pas toujours toute l'information factuelle dans les médias, a-t-il ajouté. Certains d'entre eux [les militants] ne s'y retrouvent pas.»

L'annonce de cette commission d'enquête nouveau genre, dont la formule a suscité de nombreuses critiques, a mis le gouvernement Charest sur la défensive. Et c'est dans la précipitation, hier, qu'il a tenté de reprendre l'initiative avec une conférence de presse de dernière minute. Avec un à-propos quelque peu appuyé, le ministre des Transports, Pierre Moreau, flanqué de la présidente du Conseil du trésor, Michelle Courchesne, ont annoncé à Montréal une série de mesures pour contrer la collusion et la corruption, mesures principalement inspirées des recommandations du rapport de Jacques Duchesneau.

Critiques acerbes

Hier, à l'Assemblée nationale, les partis d'opposition ont mis à mal la commission d'enquête «taillée sur mesure» par le gouvernement, selon l'expression employée par le premier ministre lors de son annonce mercredi.

Le chef de l'Action démocratique du Québec, Gérard Deltell, qui s'exprimait hier pour la première fois sur le sujet, a accusé le chef libéral de vouloir protéger son parti. «Le premier ministre a agi encore une fois comme chef libéral plutôt que comme chef d'État», a-t-il lancé.

«Encore une fois, Jean Charest a démontré le mépris qu'il peut avoir envers nos institutions. Il y a une loi qui existe, la Loi sur les commissions d'enquête», a-t-il accusé.

«En éliminant le pouvoir de contraindre les gens à venir témoigner, on émascule complètement le mandat nécessaire pour rétablir la confiance des gens»,

estime Gérard Deltell.

Du côté de l'opposition officielle, on a cité notamment les noms de Me Bernard Roy et de Me Louis Masson, le bâtonnier du Québec, qui croient qu'une commission ne neutralise pas nécessairement la preuve obtenue par les policiers. La députée de Joliette et porte-parole en matière de justice, Véronique Hivon, a fait la liste des organismes, comme l'Autorité des marchés financiers ou la Régie du logement, qui ont le pouvoir de contraindre des personnes à témoigner.

Du côté du gouvernement, on s'est essentiellement appuyé sur l'avis des policiers, notamment sur celui du président de l'Association des policiers provinciaux du Québec, Pierre Veilleux, du commissaire de l'Unité permanente anticorruption (UPAC), Robert Lafernière, de la Sûreté du Québec et des corps policiers municipaux. Le ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier, a nuancé les propos de la veille du premier ministre, qui soutenait que l'immunité accordée par une vraie commission d'enquête permettait de «blanchir» les criminels qui venaient témoigner. «La tenue d'une enquête publique peut avoir comme conséquence de compromettre le procès criminel [parce que] il y a un fardeau additionnel pour la Couronne, qui doit prouver l'origine policière [de sa preuve]», a-t-il expliqué.