Le trading à haute fréquence des banques

·        SIX Group, très actif dans ce domaine (lire ci-contre), se vante d’exécuter des ordres en 800 microsecondes.

·        Les ordres automatiques ont représenté 56% du volume des transactions sur les marchés américains en 2010.

·        En Europe, ce chiffre dépasserait désormais les 40%.

·        En août dernier, pour atteindre 75% de toutes les transactions aux États-Unis.

·        Conduit les opérateurs à surinvestir dans des stratégies centrées sur l’attitude des autres acheteurs et vendeurs plutôt que sur la valeur fondamentale des actifs.

·        Ce phénomène accroît le coût global des transactions et détériore la liquidité du marché.

·        Les devises sont elles aussi de plus en plus souvent échangées à haute vitesse, estiment qu’un quart des transactions au comptant est passé par les traders à haute fréquence (HFT).


Extrait de : Haro sur le trading à haute fréquence, François Pilet, Le Temps (Suisse), 10 octobre 2011

Le gros des transactions est désormais réalisé par ordinateur. Ce courtage automatisé inquiète les régulateurs

Courtage à haute fréquence

Le courtage à haute fréquence consiste à placer des centaines d’ordres chaque seconde pour profiter d’anomalies dans la formation des prix. La bourse suisse se vante par exemple d’exécuter des ordres en 800 microsecondes, un délai trois fois plus rapide qu’un battement d’ailes de mouche. (DR)

C’est un bâtiment borgne dont les fenêtres closes surplombent le Hardbrücke, une des artères du centre de Zurich. Le nom du principal locataire, la société américaine Equinix, ne figure pas sur les boîtes aux lettres. C’est pourtant dans ces étages, au-dessus d’un supermarché Jumbo, que de grandes banques suisses ainsi qu’une collection de fonds spéculatifs européens et américains se connectent aux marchés boursiers helvétiques pour mener une activité aussi discrète que lucrative: le trading à haute fréquence.

Ce courtage automatisé consiste à remplacer les traders par des ordinateurs, capables de placer des milliers d’ordres en bourse chaque seconde. Très actif dans ce domaine, l’opérateur de la bourse suisse, SIX Group, résumait l’enjeu de ce phénomène dans une plaquette publicitaire fin 2010:

«Les traders haute fréquence tiennent à acquérir le plus rapidement possible les données du marché et à placer leurs ordres générés par des algorithmes.»

SIX Group, très actif dans ce domaine (lire ci-contre), se vante d’exécuter des ordres en 800 microsecondes. Un délai trois fois plus rapide qu’un battement d’ailes de mouche. Le trading à haute fréquence est devenu ces dernières années une stratégie de courtage incontournable sur les bourses mondiales.

Ces ordres automatiques ont représenté 56% du volume des transactions sur les marchés américains en 2010, selon une étude de l’association internationale des régulateurs boursiers, l’Iosco. En Europe, ce chiffre dépasserait désormais les 40%. Cette proportion aurait encore explosé sur des marchés devenus hautement volatils, en août dernier, pour atteindre 75% de toutes les transactions aux Etats-Unis, selon Wedbush Securities.

Le trading à haute fréquence avait été pointé du doigt après le «flash crash» du 6 mai 2010, lorsque le Dow Jones avait plongé de 1000 points en quelques secondes avant de se ressaisir presque aussitôt. Un an et demi plus tard, et malgré les enquêtes ouvertes sur ce mini-krach, les conséquences de ces stratégies de courtage restent toujours aussi mal connues. Les mouvements boursiers particulièrement violents enregistrés cet été ont poussé les régulateurs à revenir à la charge. La taxe sur les transactions financières, défendue par la France et l’Allemagne et désormais poussée par la Commission européenne, vise ces transactions.

Bien sûr M. Harper s’oppose ouvertement, pas besoin de chercher loin, nos banques ont généré plus de 20 milliards de profit,
juste l’année passée.

Le mois dernier, le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, s’est officiellement inquiété des «risques potentiels» qu’elles font courir à la «stabilité des marchés financiers». Ces propos font suite à plusieurs enquêtes initiées par les régulateurs, comme l’AMF en France ou la SEC et la Finra aux Etats-Unis. Cette dernière vient par exemple d’exiger de pouvoir consulter les algorithmes développés dans le plus grand secret par certains hedge funds.

«Nous ne demandons pas ces informations par simple curiosité, mais parce que nous observons des choses troublantes sur les marchés», a justifié le 2 septembre le patron de la Finra, Tom Gira. «Le trading à haute fréquence est un sujet de préoccupation majeur pour les régulateurs», avertissait de son côté le directeur de l’AMF en mai; évoquant la crainte que «les traders employant cette pratique ne fassent fuir les investisseurs traditionnels qui, eux, n’ont pas accès à cette technologie».

Pour Sophie Moinas, chercheuse à l’Ecole d’économie de Toulouse, «le trading à haute fréquence crée un avantage concurrentiel qui incite les autres acteurs à investir pour rester dans la course».

Selon elle, cette surenchère technologique conduit les opérateurs à surinvestir dans des stratégies centrées sur l’attitude des autres acheteurs et vendeurs plutôt que sur la valeur fondamentale des actifs.

Sophie Moinas note aussi que ces stratégies informatiques incitent ceux qui ne s’en servent pas à demander des primes de risque pour continuer à intervenir sur un marché où ils se sentent en position de faiblesse.

«Ce phénomène accroît le coût global des transactions et
détériore la liquidité du marché»,

prévient-elle.

En Suisse, la Finma dit s’être penchée sur le phénomène, mais aucune conclusion officielle n’a encore été rendue publique à ce jour. Le surveillant des marchés dit «observer les développements dans cette activité» et être attentif à «tout usage abusif» de ces technologies. «Nous n’avons pas d’indications en ce sens actuellement», précise un porte-parole.


Extrait de : Les devises sous enquête, Frédéric Lelièvre, Le Temps (Suisse), 10 octobre 2011

La BRI se préoccupe des échanges à haute vitesse sur le forex

Il n’y a pas que les actions. Depuis le début des années 2000, les devises sont elles aussi de plus en plus souvent échangées à haute vitesse. A tel point que la Banque des règlements internationaux (BRI) a créé en mars dernier un groupe de travail chargé d’en étudier les conséquences.

Chaque jour, près de 4000 milliards de dollars s’échangent sur le «forex», le marché des devises. Dans un rapport publié le mois dernier, les enquêteurs de la BRI estiment qu’un quart des transactions au comptant est passé par les traders à haute fréquence (HFT). Ces 390 milliards expliquent une grande partie de la croissance du forex ces dernières années.

Même si le HFT pourrait «réduire la solidité du système en période de stress», le rapport ne rend pas de conclusion définitive. Ses auteurs admettent ne pas «complètement comprendre» les conséquences du HFT sur «l’écologie» du forex. Une chose est sûre cependant, les nouveaux venus déplaisent à nombre d’acteurs traditionnels, dépassés et dont les marges sont réduites.

La BRI relève que plusieurs pays «réfléchissent aussi à mettre en place des codes de conduite qui visent à répondre aux problèmes d’intégrité causés par la présence croissante du HFT». En conclusion, le rapport trouverait judicieux de savoir «si le HFT est une utilisation socialement efficiente des ressources».