Mouvance occupons wall street - Montréal aussi avait raison de s'indigner

Un bon texte et il représente bien l’esprit du mouvement.

Deux paragraphes particulièrement intéressants :

«Ce qui est remarquable des mouvements comme Occupy Wall Street ou Occupons Montréal, ce n'est pas leur impact direct, mais bien leur message brut. Il faut arrêter d'en faire une simple analyse de cause à effets.»

«Le monde entier affirme son désir de disposer de lui-même, et non de s'inscrire bêtement dans un système qui liquide son bien-être à profit. Il s'agit d'un acte collectif orienté avec une grande perspicacité. Dans cette optique, comment peut-on mépriser les indignés en toute conscience?»

En fait : Occuper Wall Street aux niveaux internationaux est un remarquable exemple de la vraie démocratie.

Parce que, après tout, le message le plus important de tous ici?

Que les gens croient le gouvernement doit être géré par le peuple et pour le peuple,
et ils projettent de le reprendre. MAINTENANT.


Extrait de : Mouvance occupons wall street - Montréal aussi avait raison de s'indigner, Aurélie Lanctôt, Le Devoir, 18 octobre 2011

Samedi 15 octobre, Montréal était occupée. Le square Victoria n'avait plus rien de son calme pompeux. Dès le matin, les manifestants de tous azimuts se sont rassemblés sur la place, scandant, bavardant, contemplant. Badauds engagés ou activistes enflammés, tous se côtoyaient, affichant les couleurs de leur arme militante favorite, de l'affiche au tam-tam. Avec tout son éclectisme et sa verve pacifique, Montréal s'est indignée; à sa façon.      

Évidemment, plusieurs, du haut de leur apathie méprisante qui teinte trop souvent l'esprit métropolitain, ont dénigré l'initiative. «Regardez-les s'agiter. Naïfs qu'ils sont.» Vraiment?

Je n'avais jamais pris part à une manifestation auparavant. Je n'ai pas la veine revendicatrice, ni d'ailleurs un tempérament trop réactif, me contentant bien souvent d'analyser, puis de déplorer. Aussi, je comprends généralement assez mal ce qui pousse les gens à descendre dans la rue pour des broutilles. Mais, cette fois, j'ai ressenti cette cohésion qui sert de combustible aux regroupements populaires. J'ai également compris qu'une manifestation n'est jamais vaine, ne serait-ce que pour le contact humain.

Non, bien sûr, Montréal n'a pas à conjuguer avec des crises aussi sévères que celles qui traversent les pays les plus vulnérables de la zone euro, ou avec des injustices aussi criantes que celles qui ont poussé les peuples arabes à se révolter, au printemps dernier. Pourtant, on scandait. Et les militants ne sont, pour la plupart, pas les utopistes qu'on s'imagine.

Ils savent bien qu'une journée de boucan ne changera pas la face du monde, il ne s'agit pas de cela. Il s'agit davantage d'un souci de briser le silence qui maintient le peuple dans l'inaction. On ne fait pas la révolution en criant, mais on lui donne certainement un coup de pouce en amorçant le changement, par conscientisation. Pourquoi, alors, tant de mépris pour un soulèvement qui aurait dû être jugé pour les principes qu'il portait davantage que pour ses répercussions immédiates?

Une même bannière

Ce qui est remarquable des mouvements comme Occupy Wall Street ou Occupons Montréal, ce n'est pas leur impact direct, mais bien leur message brut. Il faut arrêter d'en faire une simple analyse de cause à effets. La révolution dont ils sont symptomatiques s'ancre bien plus profondément dans la volonté collective. Pour la première fois dans l'histoire postmoderne, tous les combats sont réunis sous la même bannière: l'indignation. L'indignation contre une époque qui ne sied pas au peuple, et dont les failles laissent présager la chute de la civilisation telle qu'on la connaît, rien de moins.

Certes, cette indignation se décline en autant de facettes qu'elle compte d'indignés, mais elle se soude en un tout terriblement solide à l'abord de son objectif incontestable: le changement. Tout, mais le changement. Rien, mais le changement. C'est d'ailleurs ce qui m'a profondément interpellée à Occupons Montréal. Tous les chevaux de bataille seyaient au combat.

De la même manière, à l'échelle globale, on assiste à un soulèvement par lequel le monde rejette son propre paradigme. Les blessures infligées par un système qui ne sert que des élites trop restreintes réclament désormais d'être pansées. Le peuple reprend son droit de parole en rejetant les institutions qui l'ont distordu. Il fait de lui-même son porte-voix et propose l'éclatement de l'ordre mondial pour mieux redistribuer le pouvoir au peuple.

Le monde entier affirme son désir de disposer de lui-même, et non de s'inscrire bêtement dans un système qui liquide son bien-être à profit. Il s'agit d'un acte collectif orienté avec une grande perspicacité. Dans cette optique, comment peut-on mépriser les indignés en toute conscience?

Qu'il vienne donc de Madrid, Londres, New York, Montréal ou Kuujjuaq, ce n'est pas la visibilité géopolitique d'un peuple qui détermine la pertinence de son indignation. La lutte s'ancre plus profondément et sert quelque chose de plus grand qu'elle-même.

Sentiment d'urgence à insuffler

Dimanche soir, à l'émission Tout le monde en parle, comme pour souligner la pertinence du mouvement d'indignation montréalais, le réalisateur Mathieu Roy était invité afin de promouvoir son documentaire, Survivre au progrès. J'ai eu la chance d'assister à la première de ce documentaire d'une justesse rare et d'une pertinence poignante, présenté comme film d'ouverture de la section Focus du Festival du nouveau cinéma. J'affirme sans équivoque: courez voir ce film.

Lorsqu'on arrive à cerner l'ère du temps avec autant de tact, on produit de grands moments de lucidité cinématographique. Sans verser dans la moralisation facile, on y dépeint clairement les écueils de la société postmoderne hyperindustrialisée. Le constat blesse, mais la civilisation actuelle pourrait très bien s'acheminer vers un fiasco irrémédiable. Les réalisateurs du film n'ont heureusement pas eu de prétentions messianiques. Simplement, après coup, on comprend mieux l'importance de la conviction, du questionnement et, oui, de l'indignation. Peut-être faut-il simplement insuffler le sentiment d'urgence à ceux qui ne l'ont pas encore ressenti.

La prochaine fois qu'on me dira de rester à la maison sous prétexte que ce n'est pas au square Victoria qu'on changera le monde, c'est ce que je répondrai. Comme un ami me l'a déjà dit: «Le monde changera, certes. Mais une place Tahrir à la fois.»

***

Aurélie Lanctôt - Étudiante en journalisme, Université du Québec à Montréal


 

  1. gravatar

    # by Anonyme - 21 août 2014 à 12 h 09

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