Neurochirurgien, utiliser trois jours par mois

 Rien de surprenant, utiliser les ressources humaines efficacement c’est un détail, car personne n’est imputable de rien dans un monopole étatique.

Former un neurochirurgien, l’État a du certainement déboursés plus de 1 million de dollars et l’utiliser que 0,7 jour/semaine ou trois jours par mois, pour de simple problème de logistique, démontre à quel point que le système est figer, par la bureaucratie.

Pensez-vous, dans un hôpital privé, un neurochirurgien qui coûte au bas mot 250,000 $ par année, ont va le laisser à rien faire, soyez-assurez, on va trouver du personnel pour le rendre rentable.


Extrait de : Des salles d’opération peu fréquentées, Johanne Roy, Journal de Montréal, 27/10/2011

QUÉBEC - Alors que les listes d’attente craquent de toutes parts, des neurochirurgiens formés à grands frais sont dramatiquement privés de temps opératoire dans les hôpitaux québécois. « On est en train de tuer la médecine surspécialisée », a déclaré Dr Alain Bouthillier.

La situation est particulièrement criante à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal, et au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS), où un neurochirurgien n’a accès au bloc opératoire qu’une demi-journée par semaine, faute d’infirmières et/ou de lits en nombre suffisant.

« C’est un scandale! On est en train de tuer la médecine surspécialisée, au Québec. Si un neurochirurgien n’opère que 0,7 jour/semaine ou trois jours par mois, comment voulez-vous qu’il maintienne ses compétences et les services à la population », a soutenu le président de l’Association de neurochirurgie du Québec, le Dr Alain Bouthillier.

Selon ce dernier, la pathologie la plus mal desservie est la chirurgie de la colonne vertébrale. « Des milliers de patients sont sur les listes d’attente ou ne sont carrément pas vus en neurochirurgie, car on sait qu’il n’y a pas assez de temps opératoire. »

«Une tragédie»

« Au CHUM, où je travaille, on reçoit des fax chaque jour pour des consultations. La plupart de ces patients ne seront jamais vus, sinon dans trois ou quatre ans. L’impact est considérable sur la société. C’est une tragédie! » a dénoncé le Dr Bouthillier.

« Je pars en guerre contre cela, afin de corriger cette crise », a lancé ce dernier. Lundi, il doit rencontrer le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, le Dr Gaétan Barrette, qui a fait la tournée des blocs opératoires, l’an dernier.

Le Dr Bouthillier interpelle également le ministre Yves Bolduc sur la nécessité d’étendre la prime de soins critiques aux infirmières des blocs opératoires, afin de favoriser leur recrutement et leur rétention.

« Les infirmières ne restent pas au bloc opératoire. Je suis à sonder tous les centres de neurochirurgie au Québec. Le problème qui revient le plus souvent est le manque d’infirmières et la situation se dégrade », a rapporté le Dr Bouthillier.

Exode appréhendé

Celui-ci y va d’une charge contre le CHUS et l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, qu’il considère comme les deux pires centres au Québec, en ce qui regarde le temps opératoire alloué en neurochirurgie.

« On les a visités, l’an passé. Ils ne respectaient pas les normes de pratique en neurochirurgie. La situation a même empiré depuis l’an dernier », a affirmé le neurochirurgien.

Il faut, selon lui, immédiatement rétablir les normes d’accessibilité à 1,5 jour/ semaine de temps opératoire, puis à 2 jours/semaine, le plus rapidement possible, dans les hôpitaux québécois.

Si rien n’est fait, le Dr Bouthillier craint un nouvel exode de neurochirurgiens, semblable à ce qu’a vécu le Québec, il y a quelques années.

11 à 13 ans de formation universitaire

Au terme de onze à treize ans de formation universitaire, le neurochirurgien québécois est en salle d’opération à peine une demi-journée à deux jours au maximum, par semaine.

Le temps opératoire fluctue d’un centre hospitalier à l’autre, en fonction des ressources disponibles.

« C’est comme si on annulait le départ d’un 747,
parce que le balayeur ne s’est pas présenté »

, a indiqué le président de l’Association de neurochirurgie du Québec, le Dr Alain Bouthillier.

L’hôpital de l’Enfant-Jésus, un important centre en sciences neurologiques, compte 13 neurochirurgiens. Deux sont spécialisés dans les affections de la colonne vertébrale. Ils disposent, en moyenne, d’une à deux journées opératoires par semaine.

Quelque 190 patients sont en attente de leur première consultation avec l’un de ces deux spécialistes. Les délais se comptent en mois et s’étirent jusqu’à un an.

Une quarantaine d’autres patients sont inscrits pour leur chirurgie vertébrale. « La condition clinique du patient est prise en compte. S’il y a un risque de paralysie, l’opération aura priorité sur celle destinée à soulager la douleur », a précisé une porte-parole du CHA, Geneviève Dupuis.

« Les priorités opératoires sont gérées parmi toutes les spécialités de façon équitable. On parvient à réaliser de 1 à 2 chirurgies de la colonne par jour », a assuré Mme Dupuis.

Manque de lits

À l’hôpital de l’Enfant-Jésus, c’est surtout le manque de lits qui restreint l’accès au bloc opératoire.

Lorsqu’il y a pénurie d’infirmières, deux ou trois salles d’opération (sur 13) sont fermées durant l’heure du dîner, afin de concentrer les effectifs du côté des chirurgies majeures.

La neurochirurgie au Québec:

- 15 centres, dont neuf à Montréal.

 - 71 neurochirurgiens.

 - moyenne d’âge autour de 50 ans.

 - 11 à 13 ans de formation universitaire.