Pourquoi le Québec est-il si peu productif?


Extrait de : Pourquoi le Québec est-il si peu productif?, Olivier Schmouker, les affaires.com, 25-10-2011

La productivité des Québécois a guère progressé en 30 ans

Productivité Québec 2011

Année après année, la performance économique du Québec fait l’objet d’un intense débat.

Alors que certains estiment que la population québécoise jouit d’une qualité de vie exceptionnelle, d’autres croient qu’un changement radical s’impose pour éviter une impasse économique.

Qualité exceptionnelle, oui, avec des lunettes roses, un standard de vie acquis par endettement, 240 milliards de dettes publiques, presque un accroissement de 10 milliards par année, une population surendettée et en recevant plus de 8 milliards de péréquations, qui ne suffit même pas à obtenir un équilibre budgétaire.

Or, un constat s’impose, si l’on en croit le Bilan 2011 émis par le Centre sur la productivité et la prospérité du Québec des HEC Montréal : le Québec pourrait nettement mieux faire. «S’il est vrai que l’économie québécoise procure de nombreux avantages à sa population et que la qualité de la vie y est enviable à plusieurs égards, force est d’admettre que notre province est économiquement en retard par rapport à la grande majorité des pays développés», y est-il indiqué.

PRODUCTIVITÉ DU TRAVAIL

Ainsi, en 2010, le niveau de vie au Québec (mesuré par le produit intérieur brut (PIB) par habitant) se chiffrait à 40 174 $, soit quelque 6 000 $ de moins que la moyenne observée parmi un groupe de 20 pays membres de l’OCDE, et à peine 4 742 $ de plus que le plus faible niveau de vie enregistré parmi ces pays, en l’occurrence, celui de la Corée du Sud.

La performance du Québec en matière de productivité du travail est très similaire. En 2010, la productivité du travail au Québec (mesurée par le PIB par heure travaillée) s’élevait à 49,90 $, alors que la moyenne observée parmi 20 pays de l’OCDE atteignait 59,96 $. «Autrement dit, une heure travaillée dans ces pays génère en moyenne 10 $ de plus qu’une heure travaillée au Québec», illustre l’étude.

«Après trois ans de veille et d'analyse, on constate que si le niveau de vie au Québec traîne la patte derrière les principaux pays industrialisés, c'est essentiellement parce que la productivité du travail n'y croît pas assez rapidement, dit Robert Gagné, le directeur du Centre. Loin de se réduire, les écarts observés se sont même accrus au cours des 30 dernières années.»

Si le Québec avait maintenu depuis les années 1980 un taux de croissance annuel de sa productivité du travail similaire à la moyenne observée dans les 20 pays analysés (soit 1,98%), son niveau de vie serait aujourd'hui beaucoup plus élevé. Toutes choses étant égales par ailleurs, le niveau de vie des Québécois atteindrait dès lors 52 183 $ par habitant, soit quelque 12 000 $ de plus que le niveau de vie actuel, qui se chiffre à 40 174 $.

Plusieurs mythes démentis

Le Québec fait donc face à un défi de taille : pour amener son niveau de vie à celui des principaux pays industrialisés, il doit considérablement accroître sa productivité du travail. Or, non seulement cette province montre peu de signes encourageants, mais les opinions divergent sur les moyens à prendre pour améliorer son sort, d’après les experts du Centre.

La contre-performance du secteur de la production de biens au Québec et en Ontario est en grande partie due au déclin de l’industrie de la fabrication.

 

Une situation qui s’explique notamment par la délocalisation de la production vers des pays où les coûts de main-d’œuvres sont bien moindres.

 

Tout le problème est là, on détruit plus rapidement des emplois, qu’on en crée, ou bien ce sont des emplois qui sont précaires, ou des emplois avec beaucoup de valeur ajoutée, entre les deux c’est le phénomène de la délocalisation.

À tort, plusieurs croient qu'augmenter la productivité du Québec amplifierait les inégalités sociales. Or, notre étude dément ce mythe et montre très clairement que les pays qui réussissent le mieux sur le plan de la productivité sont souvent ceux qui présentent les plus faibles inégalités en matière de distribution de la richesse. Ainsi, une société plus prospère possède plus de moyens pour réduire les inégalités, car elle dispose de différents outils de redistribution : impôts, transferts, services publics, etc.», estiment-ils.

Le Bilan 2011 fait d’ailleurs le point sur une question maintes fois posée : quel est l'apport réel de chacune des régions du Québec à l'économie de la province? Réponse : la croissance de la productivité du travail au Québec dépend surtout des grands centres urbains. À elles seules, les régions de Montréal, de la Capitale-Nationale et de la Montérégie comptent pour plus de la moitié de la croissance observée au Québec depuis 1999.

De plus, l'activité économique générée par les régions dont l'économie repose sur l'exploitation des ressources naturelles s'avère aussi profitable à l'économie québécoise. Ainsi, la Côte-Nord et le Nord-du-Québec sont à l’origine de quelque 8% de la croissance québécoise, alors que ces régions ne représentent que 3% des heures travaillées. Leur apport à la croissance provinciale surpasse donc largement leur poids économique.

«Dans cette veine, il semble évident qu'une initiative comme le Plan Nord, qui vise notamment une exploitation accrue des ressources naturelles au Québec, pourrait contribuer à améliorer la performance provinciale en matière de productivité et favoriser par le fait même une augmentation du niveau de vie», déclare M. Gagné.

Pas nécessairement, peut-être on améliore le PIB, par contre, on crée des emplois en dilapidant des richesses naturelles qui sont non renouvelables.

 Ayant des coûts d'exploitation élevés dût à l'éloignement des sites, les redevances sont faibles, pour générer de sérieux revenus additionnels à l'État, malheureusement nous ne sommes pas l'Australie.

Créé en 2009, le Centre sur la productivité et la prospérité des HEC Montréal mène une double mission. Il se consacre tout d'abord à la recherche sur la productivité et la prospérité, en ayant comme principaux sujets d'étude le Québec et le Canada. Ensuite, il veille à faire connaître les résultats obtenus en organisant des activités de transfert, de vulgarisation et, ultimement, d'éducation.