Radio-Canada doit rendre des comptes - Pierre Karl Péladeau


Extrait de : Radio-Canada doit rendre des comptes - Pierre Karl Péladeau, Argent, 20 octobre 2011

Dans l’intérêt du public, Radio-Canada doit cesser de poser des obstacles aux demandes d’accès à l’information, a martelé jeudi le président et chef de la direction de Quebecor Media, Pierre Karl Péladeau.

Selon lui, les citoyens canadiens sont «en droit de s’attendre à un niveau de transparence suffisant», d’autant plus que cette société d’État reçoit plus de 1,1 milliard $ en fonds publics, a-t-il souligné devant un comité parlementaire chargé d’examiner les obligations de Radio-Canada vis-à-vis la Loi d’accès à l’information.

Les travaux de ce comité ont toutefois vite donné lieu à de vifs échanges entre députés néo-démocrates et libéraux d’un bord, et Pierre Karl Péladeau de l’autre.

Pour le député néo-démocrate Alexandre Boulerice, M. Péladeau s’acharne sur Radio-Canada en cherchant à obtenir toutes sortes d’informations de nature commerciale pour protéger ses intérêts commerciaux.

«Ce qu’on voit aujourd’hui, c’est une alliance entre M. Péladeau et les conservateurs pour discréditer et miner Radio-Canada, a-t-il ensuite précisé aux journalistes. On fait face à une guerre commerciale. Ce n’est pas une question d’accès à l’information, ce n’est pas une question de transparence, c’est une question de gros sous et de marchés.»

Or, pour M. Péladeau, il n’en est rien.

« Nous nous croyons que ces demandes sont non seulement légitimes et d’intérêt public et également tout à fait conformes à l’esprit de la loi », a-t-il précisé d’entrée de jeu lors de son discours.

Selon lui, Quebecor rend service en enquêtant sur les activités de Radio-Canada, une société d’État qui bénéficie d’un budget de plus de 1,1 milliard $ financé grâce à des fonds publics, car les autres médias sont trop timides à cet égard et «inféodés» à Radio-Canada.

Il ne s’agit pas, a répété le président de Quebecor, de forcer Radio-Canada à révéler ses sources journalistiques, contrairement à ce que prétend ce réseau.

« Il n’y a pas une seule demande qui visait des sources journalistiques », a-t-il insisté. Le libéral Kevin Lamoureux s’est toutefois demandé si les nombreuses demandes d’accès à l’information de Quebecor visant CBC/Radio-Canada n’étaient pas « abusives ».

Radio-Canada n’est pas tenue en vertu de la loi, de divulguer des informations touchant sa programmation ou ses dossiers journalistiques.

Or, plus tôt devant le comité parlementaire, Me Michel Drapeau, un expert au niveau de la Loi d’accès à l’Information qui a Quebecor comme client parmi d’autres, est venu dire que CBC/Radio-Canada avait une interprétation trop large de la Loi d’accès à l’information, car elle invoquait les exemptions permises à toutes les sauces.

CBC/Radio-Canada conteste devant les tribunaux le rôle de la commissaire fédérale à l’information, qui jouit d’un droit de regard sur les documents qui devraient être divulgués ou non. À cet égard, Radio-Canada a déjà obtenu la note de F, décerné par la commissaire.

Dans un premier temps, la Cour fédérale a donné raison à la commissaire à l’information. La société d’État en a appelé de cette décision devant la Cour d’appel fédérale.