C'est au peuple de décider son avenir et non pas à quelques technocrates

Le nouvel observateur a fait un tour d’horizon des politiciens européens sur la décision  de M. Papandreou d’avoir un référendum, on peut constater facilement ceux qui couchent avec le pourvoir oligarchique.


Référendum grec : "un défaut de gouvernance"

Les politiques français disent comprendre la décision de Papandreou. Seule l'UMP dénonce une décision "incompréhensible".

La décision du Premier ministre grec Georges Papandréou de soumettre à référendum le plan de sauvetage pour son pays a provoqué de nombreuses réaction en France mardi 1ernovembre.

A gauche :

- François Hollande, candidat socialiste à la présidentielle, et Martine Aubry, première secrétaire du PS, ont estimé dans un communiqué commun que l'annonce d'un référendum grec sur le plan de sauvetage "traduit un défaut de gouvernance de la zone euro".

"Au-delà de la décision qui sera prise par le parlement grec, cette situation traduit un défaut de gouvernance de la zone euro", écrivent François Hollande et Martine Aubry.

"Bien des difficultés actuelles auraient pu être évitées si l'Europe avait fait preuve de solidarité dès le début des attaques spéculatives contre la Grèce", estiment les deux leaders socialistes.

Pour eux, "l'Europe a agit trop tard, trop faiblement sur le plan financier, et trop durement sur le plan économique et social". Ils ajoutent que s'ils ont "toujours défendu la nécessité pour la Grèce de redresser ses finances", ils ont "aussi toujours dénoncé la brutalité des mesures engagées".

"Si cette décision de Georges Papandréou entraîne de nouveaux désordres sur les marchés financiers, elle devrait surtout décider les dirigeants européens à prendre enfin les décisions d'engager les réformes structurelles, notamment pour réguler le système financier - comme nous n'avons cessé de le proposer depuis des mois-, et pour trouver un juste chemin entre la réduction des déficits et le maintien de la croissance et de l'emploi", concluent-ils.

- Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à la présidentielle : "Il y a eu 13 grèves générales en Grèce et chacune a réclamé un référendum, Georges Papandréou (Premier ministre grec) savait qu'il ne pourrait pas tenir plus longtemps sans consulter le peuple grec", a déclaré le candidat sur France Info, ajoutant que c'était "un minimum de démocratie".
Il a fait valoir que le dernier plan décidé pour aider la Grèce prévoyait "dix années supplémentaires d'austérité". "Aucun peuple au monde ne peut accepter de se voir annoncer un futur pareil", a-t-il dit.
Comme on lui demandait s'il pensait que les Grecs se prononceraient contre le plan d'aide, il a répondu qu'il y avait de "grandes probabilités" que le non l'emporte.
"Il y a un grand risque que tout ce château de cartes s'effondre. Les dirigeants européens doivent faire face à la crise, non pas par des artifices financiers, des constructions d'usines à gaz (...) mais y faire face politiquement". Il a estimé sur BFMTV que Georges Papandréou est "à bout de souffle" et que "l'Europe est en danger" mais qu'il faut "avoir de la compréhension pour le peuple Grec".

- Pierre Laurent, numéro un du PCF: "La France doit s'engager à respecter le vote grec et à renégocier un nouvel accord si le résultat de ce vote est négatif (...) Avec le Front de gauche, le PCF appelle à une mobilisation des peuples européens pour dire haut et fort leur solidarité au peuple grec".
"Le peuple grec, par une mobilisation d'une ampleur historique, vient d'obtenir du gouvernement Papandréou la consultation par référendum (...) Enfin ! Même si des élections législatives auraient permis aux grecs une expression politique plus globale (...) Il est incroyable que la simple idée de consulter le peuple grec affole les marchés financiers qui, avec la droite, s'agitent et crient au scandale. La vérité, c'est qu'ils n'aiment pas la démocratie et détestent l'expression de la souveraineté populaire".

- Jean-Michel Baylet, président du PRG: "L'accord européen de Bruxelles est mort-né. L'annonce du référendum grec en a signé l'acte de décès. Nul ne peut reprocher au gouvernement grec d'en appeler à son peuple d'une décision aussi grave. Face aux sacrifices exigés d'elle, la Grèce exprime son refus de continuer à payer l'essentiel des conséquences de la crise de la zone euro. C'est un échec cuisant pour la diplomatie franco-allemande, qui n'a pas su s'assurer du soutien d'Athènes au plan d'aide. Ce revirement nous rappelle que la crise européenne est bien avant tout une crise politique de gouvernance. La zone euro est ingouvernable et le restera jusqu'à ce que les dirigeants européens acceptent enfin de doter l'Europe d'une politique économique et budgétaire intégrée, confiée à un gouvernement démocratiquement désigné".

- Nathalie Arthaud, candidate Lutte ouvrière à la présidentielle: "Les réactions scandalisées des chefs d'État européens et le plongeon des bourses qui s'en est suivi sont bien révélateurs: personne n'avait pensé à demander l'avis de la population grecque.

Et le simple fait d'y penser suffit à stupéfier ces soi-disant 'démocrates'" qui nous gouvernent. (...) Organiser un tel référendum est évidemment le strict minimum!

Mais les travailleurs, les chômeurs, les retraités de Grèce et d'Europe ne pourront pas se contenter de donner leur avis si on leur demande: il faudra qu'ils l'imposent, dans la rue, contre les Sarkozy, les Merkel, les Papandréou et tous les capitalistes qu'ils représentent!".

- Stéphane Le Foll, député européen PS, un des proches de François Hollande: "Tout doit être travaillé, discuté, négocié". "Il ne faut pas imposer à tous les autres des décisions prises à deux ou par un seul, l'Allemagne", comme ce fut le cas la semaine dernière (sur BFMTV).

- Arnaud Montebourg, ex-candidat à la primaire PS:

"Une décision intelligente et justifiée par le fait qu'on n'a pas le droit d'infliger à des populations entières des souffrances, des appauvrissements (...) décidés par des gouvernements sans leur demander leur avis. C'est (aux Grecs) de choisir s'ils veulent garder l'euro au prix de souffrances considérables ou bien (s'ils veulent) une autre stratégie pour leur pays".

"Je félicite monsieur Papandréou pour son courage, (pour) avoir pris une décision de retour vers le souverain, le corps électoral".

"Beaucoup de dirigeants de droite européens devraient s'inspirer de cette sage décision. Au lieu d'infliger des plans d'austérité à perpétuité, ils auraient avantage à respecter les choix de la population. On ne peut pas accepter que l'Europe s'aligne sur les choix de la droite allemande"

 (sur France Info).

- Eva Joly, candidate d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV) à la présidentielle 2012, espère mardi que le référendum en Grèce sur le place de sauvetage du pays, sera une porte vers "d'autres options" pour sortir de la crise.
"Le risque du 'non' du peuple grec aurait le mérite de remettre les contreparties du plan de sauvetage en question et d'ouvrir la porte à une nouvelle discussion et à d'autres options qui n'ont pas été prises en compte par la commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international", affirme Mme Joly dans un communiqué.
Et de détailler: "Comme par exemple la lutte contre la fraude fiscale et les paradis fiscaux", thèmes de prédilection de la candidate.
"Les politiques menées ne peuvent se faire contre les peuples", rappelle Eva Joly. "Ce qui est irresponsable, c'est la saignée réalisée sur les Grecs, qui est injuste et se révélera en outre inefficace", a-t-elle insisté.

Au centre :

- Robert Rochefort vice-président du MoDem : "Je comprends sa position, la situation était intenable pour monsieur Papandréou: encore 120% de PNB de dette publique, aucune perspective de relance du pays", a déclaré à l'AFP M. Rochefort, sans pour autant "l'approuver".
"Il n'est pas complètement honnête de tomber à bras raccourcis sur Papandréou: il est épuisé par la situation, fragilisé par une courte majorité et la seule issue politique pour lui de toutes façons est l'union nationale", a estimé le responsable centriste.
Quant au référendum, "soit la classe politique grecque a peur du 'non' et se mobilise, mais c'est peu probable, soit le 'non' l'emporte, c'est une dissolution, de nouvelles élections et pour la Grèce c'est un gouvernement d'union nationale qu'il faut pour sortir de cette difficulté", a-t-il développé.
Pour le MoDem, ce énième rebondissement "n'est pas une surprise, François Bayrou avait annoncé que l'accord (de sauvetage européen, ndlr) était bancal, temporaire et qu'il ne résolvait pas les questions de fond", a souligné Robert Rochefort.

A droite :

- Valérie Rosso-Debord, députée et déléguée générale de l'UMP : "En prenant unilatéralement cette décision, pour des considérations de politiques intérieures,

M. le peuple, vous êtres juste des politiques intérieures,
du simple bétail à consommer.

monsieur Papandréou non seulement n'assume pas la mission qui est la sienne mais en plus compromet la finalisation d'un accord dont il a été l'un des premiers défenseurs. (...) S'il est vrai que le plan limite les marges de manœuvre de la Grèce afin de la faire entrer dans un orthodoxie budgétaire responsable, il est aussi vrai que l'abandon du plan hypothèquerait très lourdement l'avenir au moment même où les négociations avec les partenaires européens et les banques créancières commençaient. On ne change pas de politique et de cheval de bataille au milieu du gué".

- Christian Estrosi, député-maire UMP de Nice : "Cette décision me paraît incompréhensible. Quand on sait le mal que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont eu à faire adopter ce plan courageux, je déplore cette décision qui me paraît totalement irresponsable de la part du Premier ministre grec".
"J'ai l'impression, a-t-il poursuivi, qu'il y a un vent de panique qui souffle sur lui (le Premier ministre grec) et son parti".
"Lorsque l'on est en situation de crise et que d'autres veulent vous aider, il est insultant de tenter à sauver sa peau plutôt que prendre ses responsabilités", a ajouté M. Estrosi, en souhaitant que le "Premier ministre grec revienne sur sa décision" (Sur France Info).

- Philippe Juvin, députe européen et secrétaire national de l'UMP: "Georges Papandréou veut sauver sa peau à tout prix. Son référendum est un coup de politique intérieure mais il risque de ruiner les efforts de la France et de l'Allemagne grâce auxquels un accord avait été trouvé. L'Europe a besoin de confiance et de décisions fermes, le référendum crée de la défiance et sème le doute. La Grèce veut-elle vraiment être sauvée?"

- Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la République et candidat à la présidentielle: "C'est un sursaut de dignité dans un monde de dirigeants qui méprisent le peuple et sont consternés quand on consulte le peuple (...). Le sommet de Bruxelles (la semaine dernière) a été une catastrophe. Ils ont oublié deux lois fondamentales: la loi de la légitimité démocratique et la loi de l'économie réelle". Georges Papandréou "est revenu dans son pays et, vu que tout le peuple grec était en colère, ne pouvait pas accepter cette austérité inutile, inefficace. Il a eu un réflexe de dignité, une sorte de va-tout, sinon ça finirait dans le sang. Je préfère la démocratie au sang" (sur BFMTV/RMC).

- Marine Le Pen, présidente du Front national. Comme on lui demandait son sentiment sur l'annonce surprise d'un référendum grec sur le plan de sauvetage de ce pays élaboré la semaine dernière à Bruxelles, Marine Le Pen a répondu sur i-TELE:

"C'est la moindre des choses, je défends le référendum (...)
c'est au peuple de décider son avenir et non pas à quelques technocrates".

Elle a jugé en outre que c'était "aussi un moyen de préparer la sortie de l'euro". "Chacun est conscient que l'euro n'est pas viable mais personne ne veut prendre la responsabilité de le dire".
"Peut-être attendent-ils que la Grèce, sacrifiée sur l'autel du dogme de cette monnaie, le dise", a conclu la présidente du FN.

Du côté des patrons :

- Laurence Parisot, présidente du Medef : "Le comportement de la Grèce est un comportement anormal, qui n'est pas loyal, à l'égard des chefs d'Etat européens, à l'égard des peuples européens", a déclaré Mme Parisot sur la chaîne d'information LCI.
"Depuis déjà un certain temps, la Grèce ne jouait pas le jeu. Il faut en tirer les conséquences", a ajouté la présidente de la principale organisation patronale française, après avoir évoqué la sortie de la zone euro de ce pays au coeur de la crise de la dette souveraine européenne.
"S'il faut un jour envisager la sortie de la Grèce, définissons les conditions juridiques pour que cette sortie, finalement, ne concerne que la Grèce", a-t-elle déclaré.
Elle s'est dit "bien persuadée qu'il n'y aura pas d'éclatement de la zone euro".
Le gouvernement grec a annoncé lundi soir par surprise qu'il voulait organiser un référendum sur le plan de sauvetage européen adopté in extremis la semaine dernière par l'Union européenne, suscitant l'incompréhension dans les capitales européennes et la panique sur les marchés financiers.

Le Nouvel Observateur – AFP, 01-11-11