Le triple A ne protège plus contre la hausse des taux

Comme j’avais mentionné dans la conclusion de mon cahier spécial
«Québec frappe son mur dans moins de 10 ans».

Les agences de notations sont de plus en plus nerveuses devant l’ampleur de la contagion, ils sont très loin d’être innocents, par complicité, ils se sont attardés à savoir si un pays pouvait payer ces intérêts au lieu de savoir, si le pays était capable de payer sa dette.

Les agences de notation ayant agi avec beaucoup de laxisme, le marché obligataire passe aux actes avec discernement.


Extrait de : Zone euro, le triple A ne protège plus contre la hausse des taux, Agence France-Presse, La Presse, 16 novembre 2011

Triple «A» ou non, aucun pays de la zone euro, hormis l'Allemagne, ne semble à l'abri de la défiance des investisseurs, comme en témoigne la hausse des taux sur le marché des emprunts d'État pour des pays comme les Pays-Bas ou la Finlande, réputés pourtant sérieux.

L'écart entre les taux à 10 ans de certains pays de la zone euro et ceux de l'emprunt allemand a atteint des records depuis la création de la monnaie unique. C'est le cas en Italie, qui tente de sortir de la crise avec un nouveau gouvernement d'union, et en Espagne, qui avait déjà été dans le collimateur des marchés, mais aussi en France, en Autriche, au Pays-Bas ou en Finlande.

Ces pays ont pourtant tous reçus la note optimale accordée par les agences de notation financières, le fameux triple «A».

«Depuis le début de la crise en 2008, les marchés ont appris à faire la différence, d'abord entre les AAA vertueux et les pays les plus dépensiers, puis entre les bons AAA et le AAA qui est à la peine (la France).

Voilà maintenant les marchés en train de faire la différence entre l'Allemagne et l'Autriche, voire les Pays-Bas», notent les analystes d'Aurel BCG.

Ainsi, l'écart ou «spread» entre les taux autrichiens à 10 ans et ceux des emprunts allemands est monté à 191,7 points de base mardi et se maintenait à ce niveau historiquement élevé mercredi. L'écart entre les Pays-Bas et l'Allemagne a atteint lui 66 points de base, au plus haut depuis février 2009.

«Les obligations sont des valeurs refuge tant qu'elles sont perçues comme dénuées de risque. Or, la France et l'Autriche sont sous la menace d'un abaissement de leur note pour des faiblesses spécifiques», explique ainsi à l'AFP Alessandro Giansanti, d'ING Bank.

La France est depuis la mi-octobre l'objet de surveillance détaillée de la part de Moody's qui s'est donné trois mois pour étudier s'il y avait lieu de revoir la perspective actuellement «stable» d'évolution de sa note.

La concurrente Standard and Poor's de son côté a mis en garde le 9 novembre contre l'exposition des banques autrichiennes à l'Europe de l'Est, estimant que le gouvernement pourrait ne pas avoir la capacité de soutenir toutes les opérations à l'étrangers des principaux établissements du pays.

«On arrive à la conclusion qu'à part l'Allemagne, il n'y a pas un triple A qui n'a pas ses petites faiblesses»,

constate Jean-François Robin, de Natixis.

Plus surprenant, les taux néerlandais ont eux-aussi aumgenté mardi : c'est le recul de la croissance, -0,3% au troisième trimestre, qui a refroidi les investisseurs, rapporte M. Robin.

Certains observateurs s'étonnent tout de même du caractère erratique d'un marché qui a porté en quatre séances les taux italiens de 6,2% à presque 7,5%.

«Cela ne fait que souligner la perte de confiance des investisseurs», estime Ciaran O'Hagan, de Société Générale. «Les ventes massives de mardi font suite à la prise de conscience que les bons d'État ne sont plus la panacée».

Les mouvements sont amplifiés par le manque de liquidité, sur de petits marchés notamment comme les Pays-Bas ou la Finlande, alors que le marché obligataire allemand est historiquement le plus liquide, rappelle Alessandro Giansanti.

Hors zone euro, les investisseurs ont trouvé refuge dans les bons du Trésor du Royaume-Uni et des États-Unis, ce dernier ayant pourtant perdu son triple A cet été. La Grande-Bretagne a pourtant révisé mercredi ses prévisions de croissance à la dette, et son niveau d'endettement et de déficit n'a rien à envier à ceux de plusieurs pays de la zone euro, dont la France.

Mais le seul fait de se trouver en dehors de la zone euro suffit aujourd'hui à rassurer de nombreux investisseurs.