Détresse et développement... et des chèques à gogo


Extrait de : Détresse et développement..., Michel Hébert, Journal de Montréal, 6 novembre 2011

Facile de jouer la carte démagogique contre l'ADQ. C'est devenu un réflexe, pourrait-on dire. La vertu et les bons sentiments sont apparemment réservés aux tenants du statu quo et aux partisans de la langue de bois. Et si l'ADQ avait raison, pour une fois?

Jean Charest n'a pas hésité à accuser Gérard Deltell et son député François Bonnardel de vouloir faire passer les autochtones pour des alcooliques et des toxicomanes parce qu'ils dénonçaient l'impact social de certaines initiatives téléguidées par la richissime et toute-puissante Hydro-Québec.

Les adéquistes n'ont pas tout faux en affirmant que la distribution de fortes sommes d'argent à des autochtones démunis a souvent des conséquences néfastes. Quand une communauté isolée et pauvre comme celle de Mingan, sur la Côte-Nord, voit des millions de dollars tomber du ciel, que se passe-t-il, croyez-vous? Les gens courent-ils à la caisse pop pour acheter des REER? Bien sûr que non.

Selon le député fédéral de Manicouagan, Jonathan Genet-Journain, nombreux sont ceux qui se précipitent au dépanneur du coin, chez les revendeurs de drogue de Sept-Îles ou à la Société des alcools la plus proche. C'est la triste réalité. La nier ne sert qu'à la perpétuer.

Rappelons les faits brièvement. Hydro-Québec a conclu une entente avec des conseils de bande de la Côte-Nord pour aplanir les obstacles au développement hydroélectrique de La Romaine. Au nom de la bonne entente, des millions sont discrètement distribués, sans trop savoir comment ils sont dépensés. La détresse humaine, déjà plus durable que le développement, s'en trouve accentuée.

On a bien demandé des précisions au ministre des Ressources naturelles, Clément Gignac, mais il ne savait pas précisément comment Hydro-Québec faisait pleuvoir des millions sur les conseils de bande innus.

Belle transparence, même le ministre des Ressources naturelles ne connaît pas les ententes, après on se demande pourquoi le vérificateur général veut vérifier la bonne gestion d'Hydro-Québec, et à ce jour on lui a toujours refusé.

Après on se demande pourquoi la population est très sceptique sur la bonne gouvernance de l'État, TRANSPARENCE, MM. les politiciens et un mot qui s'est perdu dans le vocabulaire quotidien de nos chers politiciens carriéristes.

Une somme de 75 millions doit supposément être distribuée aux Innus par le biais de divers «projets économiques, culturels ou communautaires». Les 500 Innus de Mingan ont déjà eu droit à 5 millions, une sorte de «boni» pour leur Oui au projet de La Romaine. La moitié a été distribuée «comptant» par les chefs de la bande. Le reste, serait allé dans un projet de transport par hélicoptère... C'est du moins ce que croit M. Gignac.

«Qu'est-ce que les gens ont fait avec? Écoutez, le conseil de bande a été démocratiquement élu et il a voulu avoir un montant de ce côté-là», a expliqué le ministre Gignac, inhabituellement confus.

Au bénéfice des journalistes qui insistaient, il a ajouté ceci: «Hydro-Québec ne pouvait pas présumer d'avance qu'il y aurait un 2,5 millions qui serait versé au niveau du peuple autochtone.»

Une manne

On comprend la joie au «niveau du peuple autochtone»... Les adultes ont eu droit à deux chèques de 3000$, les jeunes à deux chèques de 1500$. Plusieurs ont profité de cette manne pour se payer un vrai party.

Questionné sur cette manne par mon collègue Alain Laforêt de TVA, le député Jourdain, lui-même d'origine innue, a précisé que «des jeunes, à la limite de la majorité, ont eu accès à cet argent. Plusieurs de ces jeunes-là se sont déplacés vers Sept-Îles et certains se sont procuré de l'alcool et des amphétamines.»

Selon le député Jourdain, les problèmes de toxicomanie et d'alcoolisme sont graves et connus sur la Côte-Nord. L'été dernier, après une chicane de jeunes qui a fait un mort, des mères de famille innues ont marché dans les rues de Sept-Îles pour dénoncer l'omniprésence des trafiquants de drogue.

Les autorités compétentes, que ce soit en service social, en urgence hospitalière et psychiatrique ou les services policiers, tous connaissent le grave problème que constitue la toxicomanie chez les jeunes autochtones. Le député Jourdain ajoute:

«Il y a une hausse marquée des psychoses toxiques
lorsque les montants mensuels entrent.

C'est cyclique, le 1er et le 15 du mois, il y a plus de monde en état de psychose toxique en psychiatrie.»

Or donc, l'ADQ a raison d'affirmer qu'Hydro-Québec ne devrait pas cautionner la distribution de chèques à gogo. En 2011, ce genre de comportement n'est pas très responsable et découle visiblement de vieux réflexes colonialistes. En région, on sait depuis longtemps qu'Hydro-Québec se comporte en conquérant.

À l'Assemblée nationale, les adéquistes se sont vite trouvés sur la défensive, obligés de repousser des accusations démagogiques. À Radio-Canada, jeudi, la charge anti-adéquiste a été menée par un habitué de la télévision canadienne: l'avocat innu Armand McKenzie qui, lui, a trouvé que «le gouvernement Charest a eu une bonne réaction». Évidemment... Remettre en question une absurdité, comme l'a fait l'ADQ, est forcément méprisant...

Le député Jourdain ne voit pas les choses sous l'angle strictement partisan. Il affirme que «le tissu social de la communauté (autochtone sur la Côte-Nord) est en détérioration à l'heure actuelle, c'est exact».

Mais cette situation ne date pas d'hier. «Il est un peu tard pour s'inquiéter et monter aux barricades», déplore le député néodémocrate.