Dix solutions pour changer Wall Street,


Extrait de : Dix solutions du Québec Inc. pour changer Wall Street, Vincent Brousseau-Pouliot, La Presse, 26 novembre 2011

Après Occupons Wall Street, Changeons Wall Street? Le Québec Inc. a plusieurs idées pour réformer le milieu financier. Louis Vachon veut limiter les contributions politiques des entreprises, Bernard Landry une taxe internationale sur les transactions financières, Richard Guay des bonis plafonnés, Yvon Charest des nouvelles règles comptables d'inspiration canadienne, Monique Jérôme-Forget une réglementation plus sévère à l'égard des produits dérivés. À l'invitation de La Presse, dix gens d'affaires donnent leurs solutions pour changer Wall Street.

1.     Limiter les contributions politiques des entreprises aux États-Unis

Louis Vachon, président et chef de la direction de la Banque Nationale

Aux États-Unis, les entreprises ne peuvent pas contribuer directement aux campagnes des politiciens mais elles peuvent garnir les caisses des comités d'action politiques qui distribuent ensuite l'argent aux candidats. Louis Vachon veut mettre fin à cette pratique qui affaiblit la démocratie américaine et le pouvoir des autorités réglementaires à Wall Street.

« Quand tu peux influencer le processus par le politique, ton système réglementaire est affaibli. Quand il y a une mésentente aux États-Unis, les firmes de Wall Street s'engagent des lobbyistes. Au Canada, le système bancaire n'est pas parfait, mais il force la discussion entre les agences réglementaires et les banques. Tu ne verras jamais de banques parler aux députés à Ottawa»,

Valable aussi pour le Québec, enfin on aura une enquête sur la construction et les financements douteux aux partis politiques.

dit Louis Vachon, qui a vécu six ans aux États-Unis durant ses études universitaires. Il ne va toutefois pas jusqu'à interdire les dons politiques des entreprises.

Évidemment, c’est une banque!,
AUCUN dons politiques par des entreprises, point à la ligne.

« Toute institution a le droit de participer au processus politique, mais si tu ne mets pas de limites et qu'une compagnie donne 100 millions de dollars, tu as un problème. »

 Il admet toutefois que sa solution est difficilement réaliste à court terme « étant donné la façon dont Washington carbure au cash ».

C’est pourquoi les Américains ne croient plus au processus démocratique, examiner le taux de confiance des Congressistes et la Chambre des représentants.

2.     Imposer la taxe Tobin

Bernard Landry, ex-premier ministre du Québec et professeur à l'UQAM

M. Harper ne vas pas être content …

Bernard Landry est favorable à la création d'une taxe Tobin sur les transactions financières, préconisée par plusieurs pays en Europe mais à laquelle s'opposent les États-Unis et le Canada.

« J'espère qu'elle va finir par triompher », dit-il.

Alors que les États souffrent d’un sous-financement chronique, que la concurrence fiscale réduit de façon considérable leurs revenus, que les inégalités ne cessent de s’accentuer, il n’existe aucun moyen que la manne engendrée par une spéculation, aux effets nocifs maintes fois démontrés, puisse profiter d’une quelconque façon à l’immense majorité de la population mondiale.

Il va de soi que les citoyens et citoyennes paient leur juste part d’impôts au pays, à la province ou à la ville où ils habitent ; mais des transactions financières très profitables à une minorité et dangereuses pour la majorité, quant à elles, ne contribuent en rien au fisc.

Source : La taxe Tobin, point de mire

D'abord parce qu'elle fournirait des revenus à des gouvernements qui en ont bien besoin, mais aussi parce qu'elle permettrait aux autorités de surveiller davantage les transactions.

« Ça va rendre toute l'aventure financière plus transparente. Il y aurait une agence internationale comme la Banque mondiale, qui surveillerait les transactions avec les autorités réglementaires internes (comme l'AMF au Québec) »

, dit-il. L'ex-premier ministre du Québec suggère aussi par la même occasion de faire examiner les produits financiers au préalable, au même titre que les médicaments, « qui doivent être approuvés avant d'être mis sur le marché au cas où ils seraient pervers ». Une telle mesure aurait permis d'éviter la crise du papier commercial, à la Caisse de dépôt et placement du Québec comme ailleurs.

« Quand il y aurait une nouvelle titrisation, les autorités seraient au courant de ses caractéristiques et pourraient déceler les produits toxiques comme les hypothèques à risque dans le papier commercial »

, dit-il.

3.     Des autorités réglementaires plus fortes

Réjean Robitaille, président et chef de la direction de la Banque Laurentienne

En théorie, la réglementation bancaire est suffisante aux États-Unis selon Réjean Robitaille.

En pratique, le grand patron de la Banque Laurentienne aimerait des autorités réglementaires qui interviennent davantage.

Venant d'une banque, pas pire, y a-t-il encore quelqu'un qui a le sens moral dans notre système financier, peut-être réduire le crédit facile ?

« C'est comme installer des limites de vitesse à 100 km/h mais sans policiers ni photo-radars. Aux États-Unis, Lehman Brothers et Bear Sterns étaient des firmes réglementées mais pas bien supervisées »,

dit celui qui aimerait aussi voir davantage de retenue à Wall Street dans la gestion des affaires comme dans la rémunération.

« Certaines institutions ont oublié la raison principale pour laquelle on est en affaires : servir le client. À La Banque Laurentienne, il n'y a plus d'options d'achat d'actions pour les dirigeants et les bonis sont basés à 50% sur le cours futur de l'action. C'est simplement de la bonne gouvernance. »

4.     Limiter l'exposition au risque des fonds de couverture

Jean-Martin Aussant, député indépendant de Nicolet-Yamaska, chef d'Option nationale et ancien vice-président de Morgan Stanley à Londres

Jean-Martin Aussant croit que les fonds de couverture (les « hedge funds ») doivent fournir un prospectus et des états financiers aux autorités réglementaires et aux investisseurs.

En clair, faire exactement comme les fonds communs de placement.

« Il y a un énorme secret qui entoure les hedge funds, dit-il. Ils reçoivent de l'argent de ceux qui en ont énormément et qui s'en foutent un peu s'ils le perdent. Il n'y a pas lieu de créer une classe spéciale de fonds pour les ces gens-là. Les gestionnaires prennent alors des risques énormes. S'il y avait plus de la transparence et que les clients voyaient ça, il y aurait moins de leviers exagérés.»

Vive l’évasion fiscale à son meilleur, soyez-assuré
nos
banques canadiennes en profitent aussi.

Mais ce n'est pas tout d'être transparent : les autorités réglementaires doivent limiter le risque pris par les fonds de couverture.

« Un milliardaire n'a pas la même notion d'aversion au risque qu'un fonds de travailleurs, dit-il. Les milliardaires ont le droit de s'amuser avec leur argent, mais tous les investisseurs en subissent les conséquences. »

 Comme toute nouvelle réglementation, elle devra être appliquée simultanément par les grands pays du monde.

« Si un courtier ne peut pas faire une transaction à Londres, sa filiale de New York va la faire à sa place», dit-il.

À qui profite la crise?

Ce «régime de crise perpétuelle» propre au capitalisme financier ne profite donc qu'à une très petite minorité, à cette élite qui sait tirer les ficelles de la Bourse, explique le chercheur.

«Pour l'élite financière, un marché en effondrement, c'est toujours une occasion en or pour faire de bonnes affaires.»

J’ai poussé l’ironie de la situation, je vous inclue à la fin de l’article une petite vidéo du Financial Times pour vous informer que les Hedges Funds se portent très bien actuellement dans nos paradis fiscaux.

On le constate aussi avec la crise de la dette en Europe, laquelle a permis à certaines banques de faire «énormément d'argent» grâce aux intérêts colossaux qu'elles ont collectés pendant plusieurs années.

Source : La lutte des classes à l'heure du capitalisme

5.     Des bonis plafonnés et selon les résultats à long terme

Richard Guay, ex-président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec et professeur à l'UQAM

Les grands patrons de Wall Street sont-ils trop payés? Leur chèque de paie est surtout mal calculé, selon Richard Guay, qui propose de donner les bonis en fonction des résultats de l'entreprise sur un horizon de cinq ans.

« Il est futile de payer des bonis élevés lors d'une année rentable s'il y a des pertes aussi importantes l'année suivante »

, dit-il. Richard Guay

propose de verser immédiatement la moitié du boni et l'autre moitié seulement après les résultats futurs de l'entreprise. Si l'action chute, le boni aussi. La rémunération des dirigeants devrait aussi être plafonnée en fonction d'un multiple du salaire moyen de ses employés - par exemple 100 fois le salaire moyen. « Plusieurs dirigeants gagnent au-delà de ce seuil et je ne crois pas que ce soit justifié », dit-il. Richard Guay croit que les actionnaires ont beaucoup de travail à faire pour mettre Wall Street au pas en matière de rémunération. « Dans la majorité des cas, les actionnaires ont relativement peu de pouvoirs et ne sont pas bien conscients de ce qu'ils votent », dit-il.

6.     Que les États-Unis s'inspirent des règles comptables canadiennes

Yvon Charest, président et chef de la direction de L'Industrielle Alliance

La perspective d'une récession fait davantage mal aux états financiers d'une entreprise canadienne que d'une entreprise américaine. Et c'est parfait ainsi selon Yvon Charest. « Les normes comptables canadiennes sont plus sévères quand l'économie va mal, dit-il. Il faut alors corriger tout notre bilan comme si cette nouvelle situation économique allait s'appliquer à vie. » Difficile de réglementer l'optimisme dans les marchés financiers, mais en utilisant des normes comptables plus sévères, les États-Unis éviteraient de mauvaises suprises à certaines entreprises. « Quand la réalité t'arrive en pleine face et que ta comptabilité n'est pas conservatrice, le niveau d'urgence est plus grand », dit-il. En 2015, le Canada doit passer à des nouvelles normes internationales. Des normes trop sévères selon Yvon Charest, qui préférerait garder l'esprit derrière les normes canadiennes actuellement. Par surcroît, le pays abritant Wall Street n'a pas encore décidé s'il adopterait les nouvelles normes internationales. « Ça pourrait se terminer comme pour le système métrique », prévient Yvon Charest.

7.     Encadrer les agences de notation

Jonathan Tétrault, associé montréalais de la firme de consultation McKinsey & Company

Les agences de notation ont beau tenir les finances publiques de plusieurs pays entre leurs mains, elles ne rendent de comptes à personne sauf à leurs clients. Une absence de supervision qui inquiète Jonathan Tétrault.

« Personne ne s'assure que leur méthodologie de calculs est appropriée, dit-il.

Leurs modèles de calculs pour évaluer la cote de crédit devraient au moins être revus et calibrés par un organisme indépendant comme la SEC aux États-Unis. Comment expliquer que l'industrie au complet s'est trompée sur les hypothèques à risque?

Leurs activités sont trop structurantes pour être laissées à elles-mêmes. On a vu ce qui est arrivé récemment avec Standard and Poor's et la cote de la France.»

Exacte, leur méthode est douteuse, mais il faut dire que ça bien profiter aux gouvernements d’emprunter indûment, je ne crois pas que de déterminer la solvabilité d’un gouvernement en fonction si elle est juste capable de payer ces intérêts est une bonne méthodologie.

Ce laxisme à bien profiter à bien des pays, on en voit les conséquences actuellement : Grèce, Portugal, Espagne, Italie et bientôt le Québec …

En plus d'encadrer les agences de notation, préférablement par le biais de la SEC, il faut changer leur mode de rémunération. Présentement, ce sont leurs clients, les émetteurs de produits financiers, qui paient leurs services. « Les agences sont en conflit d'intérêts », dit-il.

8.     Traiter les produits dérivés comme des titres boursiers

Monique Jérôme-Forget, ex-ministre québécoise des Finances et conseillère spéciale au bureau d'avocats Osler

Quand elle parle de produits dérivés, Monique Jérôme-Forget aime bien citer Warren Buffett.

« Ce sont des armes de destruction massive »,

disait l'Oracle d'Omaha.

La dame de fer des finances publiques québécoises croit que Wall Street doit être aussi transparente à l'égard des produits dérivés qu'à l'égard d'actions cotées en Bourse.

« Il faut savoir ce que ces produits dérivés contiennent, dit-elle. Actuellement, c'est du gros argent opaque. On ne connaît même pas l'autre partie à une transaction. Il y a des banques qui ont des trillions de dérivés. C'est un gros problème et ce n'est pas terminé. Mais plus le système est opaque, plus Wall Street peut faire des profits. »

Les banques américaines n’ont pas assez de liquidité pour supporter les CDS

Les banques USA ont assuré des quantités importantes de la dette européenne – on dit qu’il s’agit d’au moins 250 milliards – en émettant et en vendant des quantités industrielles de CDS, produits dérivés qui prétendent fonctionner comme des assurances contre le risque de défaillance.

Naturellement, c’est de la comédie, parce que ni Goldman Sachs ni les autres banques de fortune n’ont constitué des réserves correspondant à la moindre fraction du montant nécessaire pour payer les assurés, au cas où un pays souverain ne parviendrait plus à s’acquitter de sa dette.

S’il advenait vraiment une défaillance, les banques de la galaxie américaine, à commencer par Goldman Sachs, imploseraient comme des supernovae (1), en donnant comme résultat des trous noirs qui attireraient dans leurs remous chaque réalité économique existante, si elle était basée sur le crédit.

Personne ne le sait exactement, vu que 85% du marché des dérivés se fait over-the-counter (c’est-à-dire en dehors des marchés boursiers) sur accords au cas par cas entre client et assureur, par conséquent sans laisser de trace comptable à la vue des régulateurs (qui dorment). Il existe en outre une quantité non définie de CDS nus (naked), c’est-à-dire vendus à des gens qui ne possèdent pas les titres d’assureur : ces non-possesseurs, eux aussi, devront rembourser si l’Italie fait faillite.

Au jugé, on peut dire seulement ceci : que notre défaillance vaporiserait instantanément les capitaux des banques d’affaires américaines, et même plusieurs fois leurs capitaux et provoquerait l’implosion complète du système bancaire supranational – qui est le véritable insolvable dans cette affaire. Ce n’est pas par hasard si Warren Buffett a qualifié les dérivés d’ « armes de destruction massive ».

Source : Les banques américaines n’ont pas assez de liquidité pour supporter les CDS

Certains pays européens ont déjà commencé à se montrer plus sévères à l'égard des produits dérivés. L'administration Obama a resserré les règles, mais pas assez au goût de l'ancienne ministre du gouvernement Charest. « Les banques ont fait pression pour ne pas aller dans cette direction. Le secrétaire au Trésor Tim Geithner vient de ce milieu-là (Wall Street), il était très à l'écoute. Il y a un cordon ombilical qui résiste à toute tentative d'amener de l'ordre dans ce secteur-là », dit-elle.

Évidemment, les politiciens américains sont achetés par Wall Street.

9.     Des résultats financiers annuels plutôt que trimestriels

Michael Sabia, président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec

Finis les résultats financiers aux trois mois. Michael Sabia croit que les entreprises inscrites en Bourse auraient une meilleure philosophie de gestion, orientée davantage à long terme, si elles pouvaient divulguer leurs résultats financiers seulement une fois par année. «En matière de reddition de comptes, je suis convaincu que les rapports trimestriels encouragent une culture de court terme», a-t-il expliqué par écrit. Il s'agit de la première fois que la Caisse prend position publiquement en faveur d'états financiers annuels au lieu de trimestriels.

«Une reddition de comptes annuelle favoriserait davantage la performance à long terme des sociétés et cela contribuerait à un changement en profondeur de Wall Street»,

dit Michael Sabia, qui a été entre 2002 et 2008 président et chef de la direction de Bell, une société inscrite en Bourse.

Le grand patron de la Caisse privilégie une approche d'investissement à long terme, autant pour l'horizon de placement que la reddition de comptes. «En 50 ans, l'horizon de placement est passé de 7-8 ans à moins de 1 an, explique-t-il. Si la tendance se maintient, se rendra-t-on à quelques mois seulement? Ce serait certainement rentable pour Wall Street, mais pour les sociétés et les investisseurs, cela encouragerait des comportements de plus en plus imprévisibles. Il faut plutôt réorienter les choses en fonction de perspectives à plus long terme.»

10.Penser davantage aux coopératives dans les accords internationaux

Monique Leroux, présidente et chef de la direction du Mouvement Desjardins

Monique Leroux aimerait avoir une meilleure écoute des autorités internationales, et des textes juridiques plus adaptés à la structure des coopératives.

« La réglementation actuelle, particulièrement dans le milieu financier, est pensée et créée par des gens qui proviennent du milieu corporatif, dit-elle.

En Europe, on dirait que les principaux intervenants sont tous des anciens de Goldman Sachs!

Même les chefs d’État sont rendus des ex- de Goldman Sachs!

Ø  Le putsch de Goldman Sachs sur l'Europe

Leur référence est un modèle corporatif. Il faut que les régulateurs connaissent mieux les particularités du mouvement coopératif. Les réflexes ne sont pas là et les textes juridiques ne reflètent pas nos structures de capital. Mais on a maintenant une portée où on s'est permis d'écrire directement au comité de Bâle pour faire valoir nos arguments sur certains points. »

Monique Leroux se dit encouragée par l'essor du mouvement coopératif à l'échelle internationale. « Aux États-Unis, de plus en plus de clients vont vers les credit unions et l'ONU a décrété 2012 comme l'année des coopératives», dit-elle.