G20 de belles promesses, mais rien de concret

Les vautours ont pu continuer leur travail de destruction encore de plus belle en exploitant toutes les failles du système.

Comme d’habitude le G20 un vrai GZéro.


Extrait de : Ce que Sarkozy a vraiment obtenu au G20, L'Expansion.com, 04/11/2011

Dans l'ombre du psychodrame grec, il a fallu avancer sur les grands sujets de la coopération économique internationale. Bilan des quelques avancées et des nombreuses carences du G20 de Cannes.

Il voulait en faire un sommet inoubliable, symbole de sa puissance. Mais les déboires européens, et l'annonce en dernière minute du référendum grec - annulé depuis- ont mis le président du G20 de Cannes, Nicolas Sarkozy, en grandes difficultés. Dans l'ombre du psychodrame européen, le chef de l'Etat a quand même tenté de faire avancer la cause de la coopération économique internationale. Avec un succès mitigé. Bilan.

Taxe Tobin : un petit pas américain

Ce devait être l'un des sujets phares de la présidence française. Nicolas Sarkozy avait même réussi à convaincre Angela Merckel de se rallier à cette idée de taxe sur les transactions financières pour soutenir le développement. Mais sans surprise, aucun consensus n'a pu être trouvé, trop de pays y étant encore opposés. Le chef de l'Etat s'est toutefois félicité d'avoir reçu l'appui de Barack Obama sur ce thème, en déclarant que la France et les États-Unis "avaient une analyse commune pour faire contribuer le monde de la finance à la résolution de la crise actuelle". Dans le communiqué officiel toutefois, il est seulement précisé que certains pays "sont prêts à étudier certaines de ces options" ! Au niveau européen cette fois, Nicolas Sarkozy s'est montré beaucoup plus ferme : il a en effet assuré que le projet de taxe préparé par la Commission serait examiné par les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE "dès le début de cette année" et a promis que la France "se battra" pour faire en sorte qu'elle soit mise en service dès la fin de l'année prochaine.

They can move millions of shares around in minutes,
earning a tenth of a penny off each share

·         56% du volume des transactions sur les marchés américains en 2010,

·         En Europe, ce chiffre dépasserait désormais les 40%.

·         Cette proportion aurait encore explosé sur des marchés devenus hautement volatils, en août dernier, pour atteindre 75% de toutes les transactions aux Etats-Unis, selon Wedbush Securities.

The financial system’s main mission should be to allocate capital to areas of greatest growth in the real world economy.

Il est plus payant pour les banques de spéculer sur le marché que d’investir dans un prêt d’une PME.

Matières premières: des avancées concrètes...
mais pas au G20

C'est peut-être le sujet sur lequel les avancées concrètes auront été les plus nombreuses. Manque de chance pour Nicolas Sarkozy, elles n'ont pas été actées lors du G20 de Cannes mais plusieurs mois avant, lors du G20 agricole sous la houlette du ministre de l'agriculture, Bruno le Maire. L'accord prévoit avant tout d'améliorer la transparence et la supervision des marchés des matières premières agricoles. Dans le détail quelques avancées sont à noter, comme l'encadrement des opérations sur les marchés à terme, ou la limitation des positions sur les marchés.

Evidemment. Beaucoup d’économistes mettent déjà en garde contre la formation de nouvelles bulles spéculatives.

Or aucune mesure n’a été prise pour limiter la spéculation, et tout cet argent vient par exemple faire monter le prix des matières premières, et encourager les Etats à s’endetter encore davantage.

Système monétaire international: un petit pas chinois

Il n'y aura pas eu de second Bretton Woods, comme le réclamait il y a encore un an Nicolas Sarkozy. La réévaluation du yuan et sa convertibilité n'ont pas été clairement évoqués, et le sujet n'était plus central.

Toutefois, dans le communiqué final, les Etats s'engagent "à accroître la flexibilité des taux de change pour refléter les fondamentaux économiques sous-jacents".

Ce qui pourrait sous-entendre que la Chine a un peu infléchi sa position. Barack Obama a d'ailleurs salué vendredi la "détermination" de la Chine à accroître la flexibilité de sa monnaie. De manière plus anecdotique, on peut noter l'intégration de davantage de monnaies au panier des DTS, ce qui devrait permettre de mieux refléter le poids des économies émergentes dans le système monétaire international. Les ressources du FMI devraient également être revues à la hausse, mais aucun consensus n'a encore été trouvé sur la manière d'y parvenir. "Un certain nombre de pays ont dit leur disponibilité à contribuer à cette augmentation", a seulement déclaré le président de l'UE, Herman Van Rompuy, sans les citer.

Le yuan est la monnaie de la seconde puissance mondiale, du premier pays en termes de détention de réserves de change. Or cette monnaie n'est pas convertible: la Chine exerce un contrôle des changes pour en contrôler strictement la valeur.

Elle permet d'attirer les multinationales sur le sol chinois. Garder la monnaie sous-évaluée permet de produire moins cher.

Par ailleurs, indexer le yuan sur le dollar, c'est garantir aux multinationales qu'elles ne prennent pas de risques de change. En retour, la Chine demande à celles-ci de produire pour l'exportation, pas pour le marché local.

C'est une stratégie géniale, un pacte gagnant-gagnant:

les multinationales engrangent les bénéfices,
et la Chine les excédents commerciaux.

Régulation financière : l'engagement d'appliquer les mesures passées

"Les paradis fiscaux, le secret bancaire, c'est terminé", proclamait Nicolas Sarkozy en ... 2008. Trois ans plus tard, rebelote ! Le chef de l'Etat a assuré devant la presse que les pays qui continuaient à abriter des paradis fiscaux, dont une liste de 11 devrait être publiée, seraient "mis au ban de la communauté internationale ". Une déclaration qui résume assez bien les avancées concernant la régulation financière mondiale. Plutôt que de se donner de nouveaux objectifs, les Etats ont décidé d'appliquer les mesures adoptées lors des précédents G20... Les bonus par exemple seront mieux encadrés, et cette fois feront l'objet d'un contrôle accru par le Conseil de stabilité financière. "Nous contrôlerons étroitement la mise en oeuvre de nos engagements concernant les banques, les marchés dérivés de gré à gré et les pratiques de rémunération", explique le communiqué. Quelques propositions neuves toutefois ont émergées comme l'interdiction des produits de gré à gré, qui devront obligatoirement être échangés sur des plateformes centralisés. Reste maintenant à savoir quand...

The shadow banking system, the host of lightly regulated entities that compete with banks to provide credit, is bigger than it was before the financial crisis, despite growing efforts by regulators to rein it in, a report from the Financial Stability Board shows.

The FSB study of the 11 largest economies with significant shadow banking found the sector, which previously peaked at $50,000bn in 2007, dropped to $47,000bn in 2008 but is now back up to $51,000bn. When the rest of the eurozone is included the sector is estimated at $60,000bn

Croissance mondiale : de belles promesses

Comment résorber les déficits sans casser la croissance ? C'était la question la plus urgente de ce G20, alors que le spectre de la récession plane sur la plupart des économies développées. Malheureusement, il n'en est pas ressorti grand-chose. En effet, en dehors de grandes professions de foi - "Nous nous engageons à coordonner nos actions et nos politiques" - aucun engagement concret n'a été pris. Sans préciser par quel moyen, il est indiqué que les pays développés en difficultés budgétaires "vont mettre en oeuvre des mesures claires, crédibles et ciblées pour rééquilibrer leurs finances publiques", mais ce sans peser sur la croissance ! Quant aux pays en excédents budgétaires "ils s'engagent à mettre en oeuvre des réformes destinées à accroître la demande intérieure".

Gouvernance mondiale : absolument rien

Ce devait être la grande occasion de réfléchir au rôle des instances internationales dans l'économie mondiale. Mais l'heure était plutôt à régler les problèmes de gouvernance européenne. Résultat, la question de la gouvernance mondiale s'est soldée par un grand discours sur l'importance du G20, apparaissant en toute fin de communiqué : " Nous réaffirmons que l'esprit fondateur du G20, qui consiste à réunir les grandes économies sur un pied d'égalité pour favoriser l'action, est essentiel, et nous décidons donc de mettre notre volonté politique collective au service de notre programme d'action économique et financier "

Le développement des pays pauvres : pas grand chose

Le chef de l'Etat voulait faire de l'Afrique sa priorité. Mais la Grèce a pris le devant de la scène, et les pays sous-développés ont été relayés au second plan. Quelque onze projets d'infrastructures en Afrique ont toutefois été dévoilés. Lesquels n'ont pas réussi à calmer la déception des ONG présentes sur place. "Je le comprends, parce qu'on a tellement parlé dans les médias de la crise qu'on a moins parlé du développement dans le monde, je partage avec eux cette déception, mais on a travaillé sur ce sujet", s'est d'ailleurs justifié Nicolas Sarkozy lors de conférence de presse de clôture du sommet. Avant de conclure sur les "progrès spectaculaires" réalisés grâce à la présidence française du G20.