G20 de Cannes : combien de fausses solutions et de promesses non tenues ?

Un autre article sur la réunion du G20 à Cannes, dans la même optique que l’article précédent.


Extrait de : G20 de Cannes : combien de fausses solutions et de promesses non tenues ?, Par Sophie Chapelle, Bastamag.net, 1er novembre 2011)

Alors que le Premier ministre grec vient d’annoncer un référendum sur le « plan de sauvetage » européen, la France accueille une nouvelle réunion du G20 à Cannes les 3 et 4 novembre. Les précédents G20 avaient multiplié les promesses : fin des paradis fiscaux, taxation des transactions financières, limitation des bonus des traders et des financiers… Des effets d’annonce à l’opposé des politiques finalement mises en œuvre. Et bien loin des propositions alternatives avancées par les mouvements sociaux.

Nicolas Sarkozy a promis à l’issue du G20 de Londres en avril 2009 la fin des paradis fiscaux. Promesse tenue ? Pas vraiment si l’on se réfère au rapport du CCFD-Terre solidaire selon lequel chaque année « près de 800 milliards d’euros de flux illicites s’échappent dans ces "trous noirs" de la finance mondiale ». La classification des paradis fiscaux en trois groupes – noir, gris et blanc selon leur degré de coopération et de transparence – relève tout bonnement d’une « supercherie », selon Attac. Depuis le G20 de Pittsburgh en novembre 2009, plus aucune « juridiction » ne porte le noir, et seuls 17 noms restent affublés de la couleur grise (contre 38 en avril 2009).

Hong-Kong, Jersey, Guernesey, île de Man, l’Irlande, la City de Londres, le Delaware ou le Nevada ont disparu de la liste d’un coup de baguette magique. « Il semblerait que des tractations géopolitiques aient permis à certains pays – les États-Unis, la Chine et la Grande-Bretagne – de se concerter pour décider ces listes », accuse un rapport d’Attac. Comment attendre du G20 la publication d’une liste exhaustive des paradis fiscaux quand « les États membres représentent à eux seuls 39 % de l’opacité internationale, et 88 % si on y ajoute les autres pays de l’Union européenne et les territoires sous son influence », dénonce pour sa part le CCFD-Terre solidaire.

La taxe sur les transactions financières divise

La France et l’Allemagne ont demandé, avec beaucoup d’opportunisme politique et médiatique, que soit décidé lors du sommet de Toronto en juin 2010 le principe d’une taxe sur les transactions financières – une sorte de taxe Tobin. Mais les divisions internes au G20 empêchent toute avancée sur ce dossier. D’un côté les États-Unis veulent conserver toute leur autonomie en matière financière. De l’autre, les pays émergents comme le Brésil et l’Afrique du Sud mettent en avant une responsabilité « différenciée » face aux inégalités mondiales et à la crise climatique.

En n’y faisant aucune mention dans sa déclaration finale, le G20 Finances des 14 et 15 octobre a « déjà enterré la possibilité qu’une taxe mondiale sur les transactions financières voie le jour lors du sommet de Cannes », analyse Attac. Le 12 octobre dernier, le ministre allemand des Finances a déclaré que l’Allemagne serait prête à faire cavalier seul en instaurant une telle taxe au niveau national. On attend toujours le même engagement de la part de Nicolas Sarkozy. Alors que l’échelon européen paraît pertinent et suffisant, il semble plus facile pour les dirigeants de proposer une taxe au G20, où elle ne sera jamais adoptée, que de la mettre en œuvre à l’échelle européenne.

Les bonus mirobolants des traders

Promis, juré, les bonus des traders et des dirigeants de banque allaient être encadrés ! Cette annonce faite lors du G20 de Pittsburgh de 2009 tombait à point, face à une population scandalisée par des bonus se chiffrant en milliards de dollars. Le problème, c’est que les vagues recommandations émises par le G20 – « éviter les bonus garantis sur plusieurs années » ou encore « limiter la part variable des rémunérations quand elle est incohérente avec une saine capitalisation » – n’ont guère eu d’effets.

Bien que la France ait taxé les bonus pour inciter les banques à les réduire, le bonus moyen s’est tout de même élevé en 2009 à 242 000 euros, selon le rapport Camdessus. Une moyenne qui cache des écarts importants puisque les 400 traders disposant des plus hauts bonus ont reçu en moyenne 1,65 millions d’euros. En juillet dernier, le Parlement européen a voté une réglementation visant à étaler dans le temps le versement du bonus et à plafonner son montant sur la base du salaire fixe : un trader ne pourrait pas, par exemple, toucher des bonus qui dépassent deux, trois ou quatre fois son salaire fixe. Mais l’Espagne, la Grande-Bretagne… et la France sont opposées à cette mesure.

Des banques sans risques ? Surtout pas !

Le G20 de Londres a annoncé son intention de s’attaquer au problème posé par l’existence de grands groupes bancaires et financiers en créant une nouvelle institution internationale, le Conseil de stabilité financière. La mise en faillite de ces grands groupes peut entraîner une série d’autres faillites en cascade et conduire à une crise globale du système économique, comme celle frôlée lors de l’effondrement de Lehman Brothers en septembre 2008. Mais « la pression du lobby bancaire a bloqué toute velléité de prendre une mesure à la hauteur des enjeux », souligne Attac.

Lors de son intervention télévisée le 27 octobre, Nicolas Sarkozy a rappelé avoir « toujours été sceptique » sur la séparation des banques de dépôt et des banques d’affaires : « On aurait des banques avec 100 % de risques, et des banques avec 0 % de risques. Je ne suis pas sûr que cela soit le meilleur moyen. » Pourtant, rétorque Attac, « cette séparation permettrait de réduire la taille de certains mastodontes et de limiter les prises de risque par les établissements bancaires ». En effet, les banques, quand elles sont plombées par leurs activités spéculatives, ne répercutent pas sur leurs clients les baisses de taux d’intérêts accordées par les Banques centrales et réduisent l’octroi de crédits aux PME. Difficile dans ce cas de contester les effets de la spéculation sur l’économie réelle.

Guerre des monnaies : le silence est de mise

La réforme du système monétaire international est un sujet jusqu’ici soigneusement évité par le G20. Et les grandes annonces de Nicolas Sarkozy en début d’année pour un nouveau « Bretton Woods » et la refonte du système monétaire international vont rester lettre morte. Le G20 a seulement réaffirmé à Séoul en 2010 vouloir aller vers « un système monétaire international où les taux de change sont davantage déterminés par le marché ». Or, les spéculations font rage sur le marché des changes et provoquent d’incessants mouvements de yo-yo entre les devises sans aucun rapport avec les fondamentaux des économies nationales. Une taxation immédiate et une réglementation drastique de la spéculation sur les devises seraient pourtant indispensables.

Des très fortes tensions perdurent entre les États-Unis et la Chine sur les questions monétaires. La Chine protège ses gigantesques excédents commerciaux en conservant une monnaie sous-évaluée, tout en souhaitant mettre un terme à l’hégémonie du dollar. La Chine a notamment proposé la création d’une monnaie de réserve internationale, basée sur un panier de devises, qui se substituerait progressivement au dollar, ce que les États-Unis refusent en bloc. Ces derniers accusent les excédents commerciaux chinois, et proposent un plafonnement des excédents et des déficits commerciaux à 4 % du PIB de chaque pays. Le Congrès américain a également voté un projet de loi dénonçant la sous-évaluation du yuan, ce qui n’a fait que crisper les relations avec la Chine, cette dernière détenant une grande part de la dette publique et privée américaine. Ambiance...

« Ne jouez pas avec notre nourriture »

En 2009, le G20 s’est déjà penché sur les fluctuations des prix des matières premières. Mais les propositions faites lors du G20 agricole en juin 2011 pourraient renforcer l’insécurité alimentaire. En souhaitant conclure au plus vite le cycle actuel de négociations à l’Organisation mondiale du commerce, le G20 a entériné la poursuite de la libéralisation des échanges agricoles. Quant à la spéculation sur le marché agricole, elle est de plus en plus forte. « Comment expliquer autrement le fait que, entre 2009/2010 et 2010/2011, la production mondiale de céréales n’ait diminué que de 2,4 %, mais que les prix aient bondi de 70 % ? », dénonce Aurélie Trouvé, coprésidente d’Attac France.

L’une des solutions avancée par le G20 agricole est l’amélioration du fonctionnement des marchés dérivés agricoles. De nombreuses solutions alternatives existent pourtant, à l’instar de celles proposées dans le cadre de la campagne « Ne jouez pas avec notre nourriture ».

Transformer la dette privée en dette publique : mode d’emploi

« Tout montre que les dirigeants du G20, pour "regagner la confiance des marchés", n’apporteront pas les réponses pour contrer les acteurs et les mécanismes à l’origine de la crise et vont faire payer la note aux citoyens », analyse la coalition française G8-G20, qui rassemble plus de 40 organisations, associations, syndicats, mouvements sociaux et citoyens. La dette semble être devenue le souci principal de l’Élysée. L’enjeu ? « Faire payer la crise de la finance par les citoyens, autrement dit socialiser les pertes en les transformant en dette publique », explique Attac. De vastes plans d’austérité sont ainsi devenus « indispensables » assurent les responsables politiques. Oubliés, les cadeaux fiscaux faits aux grandes entreprises et aux ménages les plus aisés, en partie responsables d’une dette publique passée de 66 % du PIB en 2007 à 82,3 % fin 2010, selon l’Insee.

Les dettes publiques sont également le résultat des taux d’intérêt élevés. Les gouvernements empruntent uniquement sur les marchés financiers pour éponger leur déficit, au lieu d’avoir recours aux banques centrales. Ce sont ainsi 50 milliards d’euros d’intérêts qui sont versés chaque année en France. Oubliée, enfin, la crise économique, qui a nécessité un sauvetage massif des grandes banques et du système financier. Dans ces conditions, il est tout à fait logique que les pays dits « émergents » du G20, dont les institutions financières sont moins engagées dans les dérives spéculatives, aient été moins percutés par la crise financière et maintiennent une dette publique stable et inférieure en moyenne à 40 % de leur PIB.

Un « nouvel ordre mondial » au profit des peuples ?

Nicolas Sarkozy a annoncé une présidence du G20 qui allait impulser un « nouvel ordre mondial ». « Ils sont 20, nous sommes des milliards », assène en retour la coalition G8-G20. Comme le rappelle dans cette vidéo la journaliste Naomi Klein, les pays les plus puissants de la planète profitent de « ces clubs de riches » pour « faire adopter des mesures d’austérité et obtenir que le coût de la crise économique soit assumé par les personnes les plus vulnérables ». Face aux coupes budgétaires sans précédent en Europe et ailleurs, une forte mobilisation contre la dictature de la finance et pour une réelle redistribution des richesses est nécessaire. C’est l’objet du Sommet des peuples qui se tient début novembre à Nice, en marge du sommet du G20.