La main invisible du marché – Effet domino


Extrait de : La main invisible du marché – Effet domino, Bertrand Jacquillat, Le Nouvel Economist.fr, 10/11/11

La crise des dettes souveraines a fait vaciller l’un des piliers de la théorie financière, le taux sans risque. Mais celle-ci suscite d’autres bouleversements : le cadre réglementaire de la surveillance du système bancaire doit être repensé, et la gestion par les banques de leur bilan modifiée. Pour apprécier ces transformations, partons d’un exemple récent, celui du provisionnement par BNP Paribas de 60 % de la valeur nominale des dettes grecques qu’elle avait à l’actif de son bilan.

Ceci diminue mécaniquement et d’autant la valeur des fonds propres de la banque. Dans le même temps, les nouvelles exigences de Bâle III et les conséquences du bras de fer entre les banques et les chefs d’Etat européens lors du sommet du 26 octobre obligent celles-ci à renforcer leurs fonds propres.

Comment faire ?

·        En réduisant les bonus, et en gelant la distribution des dividendes. Mais cela n’y suffira pas.

·        Faire appel à l’Etat comme en 2008/2009, mais ces banques ne le souhaitent pas, ni l’Etat d’ailleurs, devenu entre-temps impécunieux.

·        Ou faire appel à leurs actionnaires, mais ceux-ci ne sont pas chauds compte tenu de la forte dépréciation des cours boursiers des banques.

·        Pour réduire leur ratio d’endettement, les banques doivent donc liquider une partie de leurs actifs.

Comme il leur est difficile dans le contexte actuel de réduire leurs crédits à l’économie, elles se mettent à liquider les titres financiers liquides et peu décotés qu’elles ont à l’actif de leur bilan, c’est-à-dire des dettes souveraines encore saines.

Ceci aboutit à faire baisser les cours de celles-ci, avec pour conséquence que les bilans des autres banques qui détenaient aussi de telles dettes, comptabilisées en mark to market, s’en trouvent affectés, et qu’elles sont confrontées au même problème que BNP Paribas : provisionnement, gel des bonus et des dividendes, vente de titres financiers pour améliorer leur ratio d’endettement, et ainsi de suite…

A l’inverse de la crise financière de 1929, où les faillites bancaires se produisaient via l’effet domino de la dépréciation de leurs créances réciproques, la crise bancaire d’aujourd’hui passe par les marchés et les dettes souveraines, et leur imbrication avec la gestion bancaire.

Tout ceci ne sera pas sans incidence sur la nouvelle architecture à construire de la régulation bancaire.

Celle-ci exigera des évaluations plus réalistes du risque souverain avec pour conséquence pour les banques de renforcer encore davantage leurs fonds propres, et des coûts d’emprunt qui augmenteront pour les Etats souverains, pour les entreprises et les particuliers. Il n’y a plus de taux sans risque.

Surtout, quand nous les obligeons d’accepter un ‘hair-cut’ de façon VOLONTAIRE IMPOSÉ pour empêcher l’activation des CDS.

D’autant plus, que les pays occidentaux se sont tellement endettés que des taux d’intérêt à 7 %, ils risquent d’être tous en défaut de paiement.