La révolte du peuple - The Revolt of the Debtors

Je vous l’ai maintes fois dit : c’est le peuple qui a l’ultime pouvoir, non les politiciens ou les oligarques financiers.

Quand nous obligeons un peuple entier en les forçant d’être dans un carcan économique pour sauver un système financier,  ils sont en droit de se révolter.

Ils peuvent très bien considérer que la dette et les obligations deviennent illégitimes.

Un autre excellent texte de Project Syndicate.

English version : The Revolt of the Debtors


Extrait de : Quand la révolte des créanciers rencontre celle des débiteurs !, Daniel Gros, Les Echos, 04/11/2011

(par Daniel Gros) - Le Premier ministre grec, George Papandréou, a appelé à un référendum sur le plan de secours décidé lors du sommet de la zone euro fin octobre. Sa proposition a des implications fondamentales quant à la gouvernance européenne. Elle pourrait aussi être déterminante pour l'avenir de l'euro.

BRUXELLES – S'il a rapidement fait machine arrière du fait des réactions tant sur le plan national qu'international, son idée ne va pas tomber dans l'oubli - et ce, quoi qu'il advienne du gouvernement grec actuellement en place. Dans la mesure où le peuple grec doit endurer un plan d'austérité après l'autre, il peut se demander quand il aura directement son mot à dire sur la question.

Moins d'une semaine avant que Papandréou ne lance sa bombe, les dirigeants de la zone euro avaient fait une déclaration sans équivoque : "L'introduction du Semestre européen change fondamentalement la manière dont sont coordonnées nos politiques budgétaires et économiques au niveau européen, une coordination au niveau de l'UE va avoir lieu avant que les décisions ne soient prises au niveau national." Apparemment il s'agit là d'un grand pas en avant dans la gouvernance financière au sein de la zone euro.

Techniquement, le référendum envisagé par Papandréou ne concernait pas directement la politique budgétaire ou économique ; mais il aurait eu d'énormes conséquences économiques pour la zone euro. Il a pourtant fait cette proposition sans concertation avec les autres dirigeants de la zone euro. Par ailleurs, si les électeurs grecs avaient rejeté le plan qui vient de leur être proposé, cela aurait pu être la fin de tout accord sur la dette grecque avec l'UE. Ce qu'il serait advenu de la Grèce aurait alors été de sa seule responsabilité. Seulement quelques jours après que les dirigeants de la zone euro se soient congratulés de la réussite de leur sommet, le concept de coordination apparaissait vide de sens à l'égard du pays pour lequel il a le plus d'importance.

La proposition de Papandréou souligne aussi le point faible des grands projets en faveur d'une union politique ou budgétaire pour défendre l'euro :

En réalité ce sont les "peuples"
et non les États dont dépendent les décisions.

Les États peuvent bien signer des traités et proclamer des engagements solennels visant à subordonner leur politique budgétaire aux besoins de l'UE (ou plus précisément ceux de l'Allemagne et de la Banque centrale européenne) ; en dernier ressort ce sont les peuples qui risquent de rejeter toute réforme que "Bruxelles" (autrement dit Berlin et Francfort) voudrait imposer.

L'UE étant constituée d'un ensemble d'Etats souverains, elle ne peut envoyer une armée ou des forces de police pour faire respecter les pactes signés par ses membres ou collecter les dettes. N'importe lequel de ses membres peut sortir de l'Union – et par conséquent quitter la zone euro – si le poids de ses obligations devient trop lourd. Jusqu'à présent on pensait que le coup de cette opération serait si élevé qu'il n'y aurait aucun pays pour l'envisager. Apparemment ce n'est plus le point de vue des Grecs.

Du fait de cette situation, les euro-obligations ne seront pas la solution miracle que certains espéraient pour résoudre la crise de la dette souveraine. Dans la mesure où les pays membres conservent leur totale souveraineté, les investisseurs savent que si la zone euro s'effondre, rien n'empêcherait certains pays de refuser de rembourser leur dette – ou de refuser de payer pour les autres.

En Allemagne et en Hollande, la population est de plus en plus réticente à mettre la main dans le porte-monnaie pour les pays dépensiers du sud de l'Europe. Aussi leur gouvernement risque d'être contraints de demander leur accord pour payer l'énorme coût du sauvetage des membres de la zone euro qui ne peuvent ou ne veulent payer. C'est pourquoi les taux d'intérêt des obligations émises par le fonds de secours de la zone euro, le Fonds européen de stabilité financière (FESF), sont bien plus élevés que ceux de la dette allemande. Pour la même raison, Klaus Regling, le dirigeant du FESF, n'a pas réussi à convaincre la Chine, le Japon et d'autres pays asiatiques d'acheter ces obligations.

Plus largement, l'initiative grecque est porteuse d'un message sous-jacent : "coordination" veut dire contrôle quasi total par les créanciers (et parfois par la Banque centrale européenne).

Les tentatives visant à imposer une dictature bienveillante des créanciers
fait maintenant face à la révolte des débiteurs.

Les marchés financiers ont réagi aussi brutalement parce que les investisseurs comprennent qu'une "dette souveraine" est une dette que le souverain peut décider de ne pas rembourser.

Les détenteurs d'obligations des pays de la zone euro savent désormais que si la situation s'aggrave, on peut demander au véritable souverain - le peuple - s'il veut ou pas rembourser. Ainsi que le suggèrent les sondages en Grèce et l'expérience irlandaise (dont la population a rejeté par deux fois des accords avec l'Islande), la réponse risque d'être un Non catégorique.

Personne ne peut dire pour l'instant si le Portugal ou l'Italie vont être les prochains foyers de cette opposition populaire. Le résultat par contre est parfaitement prévisible : une hausse des primes de risque dans toute la périphérie de la zone euro.

La proposition de référendum de Papandréou aurait donc pu marquer le début de la fin de l'euro. Pour l'instant la monnaie commune peut encore être sauvée si les pays d'importance systémique, l'Italie et l'Espagne, décident d'une action concertée pour démontrer qu'ils ne sont pas à mettre dans le même sac que la Grèce.


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La Grèce n'a pas d'avenir dans l'euro, pour 2 Allemands sur 3 (sondage)

Deux allemands sur trois (68%) pensent que la Grèce n'a pas d'avenir dans la zone euro, selon un sondage publié dimanche par l'hebdomadaire Focus.

A la question "Est-ce que selon vous la Grèce a encore un avenir dans la zone euro", 68% des 1007 personnes interrogées ont répondu "non", et 27% oui.

Ce sondage a été réalisé mercredi et jeudi dernier, c'est-à-dire au lendemain de l'annonce à la stupeur générale par le premier ministre grec Georges Papandréou de la tenue d'un référendum dans son pays, et avant qu'il ne revienne sur cette idée.

L'incertitude politique était alors à son comble, et les dirigeants européens évoquaient de plus en plus ouvertement une sortie de la Grèce de l'euro.

Par ailleurs, 71% des Allemands désirent être consultés en cas de nouvelle décision importante pour la zone euro impliquant l'Allemagne, selon un autre sondage publié par Bild dimanche.

Depuis le début de la crise grecque, l'opinion publique allemande est réticente à aider ce pays, s'estimant flouée. La presse allemande élevait encore le ton dimanche, critiquant vertement les dernières évolutions de la crise.

"Et maintenant, notre or!", titrait ainsi la Frankfurter Allgemeine Zeitung selon laquelle les dirigeants du G20 voudraient mettre à contribution les réserves de devises et de métaux précieux des banques centrales, de la Bundesbank en particulier, pour contribuer au sauvetage de l'euro, ce qu'un porte-parole du gouvernement allemand a déjà démenti samedi soir.

"La chancelière (Angela Merkel) a joué avec succès le rôle du shériff pendant le G20. Quand va-elle définitivement virer la Grèce?", s'interrogeait de son côté Die Welt.

Source : La Grèce n'a pas d'avenir dans l'euro, pour 2 Allemands sur 3 (sondage)