Le retour du balancier a démarré, et ce n’est que le début …


Extrait de : Qui va financer la crise de la dette souveraine en Italie ?, Bill Bonner, La Chronique Agora, 11/11/11

▪ La sécurité était inhabituellement renforcée au terminal Eurostar de Paris hier. La police patrouillait dans les couloirs. De longues files s'étaient formées pour l'inspection des bagages et des passeports. Dans le salon exécutif, des flics en civil surveillaient les colis... et étudiaient les passagers.

Puis, à Londres... en route vers les bureaux, nous avons croisé une mêlée d'électriciens et de chauffeurs de taxi en grève. Une dispute s'était déclarée. Un homme était à terre, entouré de bobbies en vestes vertes fluorescentes.

L'Europe est sur les dents.

"Pendant que Rome brûle, l'Eurozone bidouille", titrait le Daily Telegraph hier.

Au moins les choses commencent-elles à aller dans la bonne direction : le Dow a chuté.

Eh oui. La bonne direction, désormais, c'est vers le bas. Et l'éclatement. C'est ainsi que l'on purgera les années d'accumulation de dettes qui ne seront jamais remboursées... et que l'on nettoiera le système des prêts zombie, des entreprises zombie et des dépenses zombie.

La bonne direction, c'est laisser les acheteurs et des vendeurs déterminer ce que valent les choses... détruire celles qui ne valent rien... et augmenter celles qui ont une réelle valeur.

La bonne direction, c'est laisser M. le Marché s'en charger. Dieu sait qu'il cause déjà assez de problèmes. Laissez-le se débrouiller avec les bêtises qu'il commet.

Mais la bonne direction n'est pas la seule direction. De toute évidence, ce n'est pas ainsi que les zombies veulent procéder. Ils veulent bidouiller... se mêler de tout... manipuler le système de sorte qu'ils continuent de toucher le pactole tandis que les coûts vont à quelqu'un d'autre. Ils veulent balayer les problèmes sous le tapis... et continuer à dépenser !

▪ Mais hier, les investisseurs ont commencé à se rendre compte qu'il n'y avait pas dans le monde de tapis assez grand pour couvrir la dette gouvernementale européenne.

Non que les dettes soient particulièrement considérables. Certaines sont plus grandes qu'aux Etats-Unis. D'autres sont plus petites. En général, les gouvernements européens ont essayé de fournir de plus en plus de services en s'endettant de plus en plus profondément. De son côté, le gouvernement US a poussé ses propres ménages dans la dette -- avec du crédit facile, des taux bas et des prêts subventionnés par le gouvernement pour les étudiants et le logement.

En d'autres termes, tant en Europe qu'aux Etats-Unis, le gouvernement a fait des investissements fondés sur une planification centrale dirigée par des zombies bureaucrates, afin de simuler une croissance réelle. Et vous savez comment tout ça se termine, cher lecteur...

En attendant, l'attention de la planète se focalise sur l'Italie. "Condamnée par la corruption, paralysée par la bureaucratie et une productivité médiocre", déclare le Telegraph. Mais il pourrait aussi bien parler d'un tout autre pays.

Le taux de chômage pour la catégorie des 15-24 ans y est de 30%. Les hôpitaux sont bondés. Les routes sont pleines de nids-de-poule. Et "le pays dépense plus qu'il ne gagne depuis des années"... La dette nationale italienne est à 120% du PIB. Celle des Etats-Unis est à 100%.

Au moins les Italiens sont-ils civilisés. Leurs impôts sont parmi les plus élevés d'Europe. Simplement, ils ne les paient pas.

Pauvre Berlusconi. On l'a forcé à démissionner. Après tant d'années de service public. Tant d'années passées à faire de son mieux pour le peuple italien... pour créer un meilleur gouvernement... un meilleur pays... un monde meilleur. Et voilà qu'on le jette comme une boîte de céréales vide. Le popolo minuto observe, bouche bée... et jubile.

Mais au moins le Cavaliere a-t-il une tendre épaule où pleurer... et un chaud sourire pour l'accueillir après ses dures journées de travail. Le Telegraph rapporte que le politicien vieillissant a passé la nuit avec Francesca Pascale, 26 ans. Cette femme est un ange, c'est sûr... descendu des cieux pour secourir le Premier ministre italien durant ces heures difficiles.

Mais ne nous laissons pas distraire par les tribulations de M. Berlusconi. Nous avons une crise financière sur les bras. Le rendement du 10 ans italien a dépassé les 7%. A un tel taux, déclarent les experts, emprunter devient trop cher pour les Italiens. S'ils ne peuvent emprunter, ils ne peuvent payer leurs factures -- dont 300 milliards d'euros environ de dette à renouveler au cours des 12 prochains mois.

Forcément, les détenteurs de dette sont un peu nerveux. Et de qui s'agit-il ? Des banques. Eh oui ! Celles-là même qui ont acheté des produits dérivés de l'immobilier et mené le système financier mondial tout entier au bord de l'effondrement en 2007-2008. Aujourd'hui, elles sont gavées de dette gouvernementale. Et une fois de plus, le système financier mondial s'approche du précipice.

Le New York Times nous en dit plus :

"Les efforts de l'Europe pour limiter la contagion financière se sont enlisés mercredi, les investisseurs se débarrassant de leurs obligations italiennes et provoquant ainsi une baisse boursière mondiale".

"Les investisseurs ont fait grimper le coût de l'emprunt pour l'Italie au-delà des 7% -- un niveau critique que de nombreux économistes considèrent comme insoutenable, et qui a précipité l'an dernier des renflouages pour des pays en difficulté financière comme la Grèce, l'Irlande et le Portugal".

"'La hausse des rendements sur les obligations gouvernementales italiennes a catapulté la crise de la Zone euro dans une nouvelle phase dangereuse', écrivait dans une note de recherche John Higgins, économiste de marché chez Capital Economist".

"[...] Environ 48% de la dette italienne sont détenus par des investisseurs italiens ; le reste, 52%, est détenu par des investisseurs en dehors de l'Italie, en Europe en majeure partie".

"On ne sait pas clairement qui, en dehors de la Banque centrale, fournira la demande de dette italienne dans les semaines qui viennent".

Qui en dehors de la Banque centrale ? Nous pensons que, tôt ou tard, il n'y aura plus grand monde. Gardez votre or, cher lecteur. Vendez les actions durant leurs rebonds, achetez de l'or pendant ses creux.

Eh oui, plus de trois décennies d’irresponsabilité nous rattrapent, oui, M. le peuple pour avoir profité de service, de retraite et de subventions, en transférant ces coûts réels en déficits sur le dos des futures générations d’avoir dé-régulariser le marché économique et bancaire sans balise, pour promouvoir la mondialisation, en vantant un monde meilleur.

Les États-providence vont tomber, une suite de l’autre, et les jeunes vous pouvez drôlement vous indignés, pas seulement du 1%, mais de toutes nos démocraties irresponsables qui nous ont gouvernés par des politiciens insouciants, justes pour satisfaire leurs petites carrières et leurs petits ego.

Le retour du balancier a démarré, et ce n’est que le début …