Même la mondialisation touche les dentiers !


Extrait de : Des dentiers made in China, MICHAËL NGUYEN, LE JOURNAL DE MONTRÉAL, 03/11/2011 06h12

De plus en plus de laboratoires québécois font affaire avec les Chinois pour fabriquer les prothèses dentaires pour des patients d'ici. Des produits à faibles coûts, mais à la qualité douteuse. Cette problématique peut provoquer l'inquiétude chez les patients.

Le phénomène, qui existe déjà en France et aux États-Unis, commence à prendre son essor au Québec, au grand dam des techniciens dentaires inquiets de la qualité des produits fabriqués en Chine.

En 2008, le National association of dental laboratories, aux États-Unis, avait exprimé ses inquiétudes face à la sous-traitance en Chine à la suite de problèmes qu'avait encourus un patient qui s'était fait poser un pont dentaire fabriqué en Chine.

Le pont dentaire s'est révélé contenir «des quantités de plomb non sécuritaires» ainsi que des traces d'isotopes radioactifs.

Au Québec, un technicien dentaire est soumis à une stricte réglementation de la part de son ordre professionnel. Mais un dentiste a la liberté de choisir de faire affaire avec l'étranger, où les règles de pratique ne sont pas forcément identiques aux nôtres.

«Le phénomène grandit et est de plus en plus agressif, affirme Raymond Haché, président de l'Ordre des technicien( ne)s dentaires du Québec. Selon nos informations, de plus en plus de cabinets dentaires sont sollicités pour sous-traiter en Chine, où les prix peuvent être diminués de moitié.»

Il trouve «malheureux» ce phénomène où, selon lui, le patient n'en tire aucun bénéfice.

Le patient dans le flou

Un dentiste n'a pas l'obligation de révéler à son patient la provenance d'une prothèse, confirme le directeur du syndic de l'Ordre des dentistes du Québec, le Dr Paul Morin. «Mais c'est lui qui est responsable de la qualité de la prothèse», insiste-t-il.

Selon lui, le phénomène de la sous-traitance est encore «marginal», malgré qu'il reconnaisse son essor.

En 2009, la présidente de l'ordre avait déjà effectué une mise en garde à ses membres, les appelant à «la vigilance» et «l'exigence» à l'égard des techniciens dentaires offshore.

«La sélection d'un laboratoire (...) ne peut être fondée sur le hasard ou sur des critères strictement économiques», avait prévenu la Dre Diane Legault.

L'ordre des dentistes ne recense pour le moment aucun problème lié à ce phénomène, mais souligne qu'un produit de mauvaise qualité n'est pas forcément décelé à court terme.

«S'il y a un problème, ça peut prendre plusieurs années avant qu'on ne s'en rende compte», croit le Dr Morin.

Des problèmes difficiles à déceler

Les laboratoires chinois doivent respecter les normes locales pour pouvoir exporter leurs produits. Les prothèses sont certifiées, mais Santé Canada ne procède à aucun test individuel pour s'assurer de leur qualité.

«L'analyse des composantes d'une prothèse dentaire la rend inutilisable par la suite, explique un technicien dentaire qui n'a pas voulu être identifié par crainte de nuire à son laboratoire. Le problème avec les laboratoires chinois, c'est que leur seule garantie que tout est conforme, c'est leur parole.»

À la défense de la sous-traitance

Marc Amram, président de Prostident, une compagnie spécialisée dans la sous-traitance de fabrication de prothèses dentaires en Chine, se défend contre les inquiétudes et l'alarmisme des techniciens dentaires.

Q: Comment s'assurer de la qualité des prothèses dentaires chinoises?

R: Le laboratoire en Chine emploie une main-d'oeuvre qualifiée et possède toutes les certifications nécessaires pour exporter au Canada. Chaque prothèse vient avec un certificat, utilisé aussi au Québec, garantissant sa composition.

Q: Êtes-vous inquiets de la contrefaçon?

R: Le nombre de cas recensés est faible, c'est une goutte d'eau dans l'océan. Les cas isolés, c'est possible partout. Ceci étant, nous n'avons jamais eu de problèmes avec nos produits.

: Devez-vous vous soumettre aux règles de l'Ordre des techniciens dentaires du Québec?

R: Non, car nous ne sommes pas un laboratoire, mais un intermédiaire entre les dentistes et le laboratoire en Chine. Les dentistes pourraient sous-traiter eux-mêmes, mais nous leur facilitons le travail. Des laboratoires chinois pourraient aussi solliciter les professionnels québécois, mais les dentistes préfèrent faire affaire avec des gens d'ici.

Q: Comment réagissent les cabinets dentaires face à ce phénomène?

R: La réception est très bonne. Environ 20% des dentistes ne veulent rien entendre, mais la grande majorité demande plus d'informations. Nous faisons affaire avec une cinquantaine de cliniques, qui nous recommandent à d'autres. Ça démontre qu'ils sont satisfaits et c'est le plus important.

Q: Comment expliquer les prix aussi bas des prothèses fabriquées en Chine?

R: Le principal coût de production est la main-d'oeuvre, beaucoup plus basse en Chine qu'ici. De plus, la forte production en Chine permet d'amortir les coûts des équipements plus rapidement.

Q: Cette sous-traitance va-t-elle prendre de l'ampleur?

R: Le phénomène existe ailleurs, comme en France et aux États-Unis, et ça s'en vient au Québec. Je comprends le protectionnisme au Québec et l'inquiétude des techniciens dentaires, mais il ne faut pas oublier la liberté d'entreprise. Ça crée une compétition dans le marché

Face à cette logique implacable économiquement, c'est bientôt nous
qui allons produire des assiettes de plastiques.

J'ai une amie qui a  eu un parcourt différent, au lieu de payer un implant dentaire (dent visée) de 4,000 $, elle s'est permis un voyage en Thaïlande de trois mois incluant un implant dentaire qui lui a coûté 800 $, et dîtes-vous bien, les dentistes en Thaïlande sont aussi bon, que ceux du Canada.