Plan Nord: doit-on changer les règles du jeu?


Extrait de : Plan Nord: doit-on changer les règles du jeu?, Hélène Baril, Le Presse, 23 novembre 2011

Au-delà de la question des redevances, les participants au colloque d'hier sur le développement minier sont tombés d'accord sur l'importance pour le Québec de se doter d'une société d'État pour gérer ses intérêts miniers.

Les pierrafricsPour tirer un meilleur parti de ses ressources naturelles, le Québec ne peut pas se contenter d'augmenter les redevances, comme il vient de le faire. Il doit changer les règles du jeu en alignant la contribution des entreprises sur le prix de la ressource plutôt que sur les profits.

Yvan Allaire, professeur émérite de stratégie à l'Université du Québec à Montréal, propose aussi de plafonner à 30% à la rentabilité des projets miniers. Tous les profits supérieurs à cette limite iraient dans les coffres de l'État.

Selon lui, les profits des entreprises minières du Québec sont faramineux, particulièrement dans l'or. Le taux de rendement d'une mine d'or type varie entre 71% et 118%, au cours actuel de l'or. «C'est un rendement qu'on ne trouve nulle part ailleurs», a-t-il souligné au colloque organisé par HEC-Montréal et l'Institut de recherche en économie contemporaine.

Il serait tout à fait possible de limiter cette rentabilité à 30% et d'obliger les entreprises à verser le profit supplémentaire en redevances aux vrais propriétaires de la ressource, selon lui. Il ne manquerait pas d'investisseurs pour un projet avec un taux de rendement de 30%, assure-t-il, quand le taux des obligations gouvernementales est de 2,5% comme c'est le cas actuellement.

Un système de redevances qui varie avec le prix de la ressource et qui plafonne les profits des entreprises est peut-être plus complexe à gérer, mais les sommes en jeu en valent la peine, estime-t-il.

«Ça se fait, changer les règles du jeu, parce que ce n'est plus le même jeu», a-t-il dit. Yvan Allaire ne craint pas que les entreprises investissent ailleurs dans le monde ou ailleurs au Canada. La ressource est là pour rester, a-t-il expliqué.

«On peut blâmer le Québec, mais aucun pays ne s'est ajusté à la nouvelle réalité du secteur minier, ni au Canada, ni dans le monde, a-t-il souligné. Si le Québec agissait, les autres provinces regarderaient de près.»

À Québec, où l'industrie minière est réunie, la proposition de M. Allaire été accueillie froidement.

Le président d'une petite société minière, rencontré hier au congrès Québec Exploration 2011, émet des réserves.

«On oublie les cycles de l'industrie, a-t-il expliqué en substance à La Presse Affaires. Si on prend tous les profits au-delà d'un certain seuil quand ça va bien, est-ce que la société pourra reprendre ces profits quand ça ira mal et que le cycle sera dans le creux?

On ne peut pas demander à des sociétés de prendre 100% du risque, mais de se limiter à 30% des profits.»

Remarquez, quand ça vas mal, ils ferment la mine.

Ressusciter Soquem

Au-delà de la question des redevances, les participants au colloque d'hier sur le développement minier sont tombés d'accord sur l'importance pour le Québec de se doter d'une société d'État pour gérer ses intérêts miniers.

Une telle société d'État a déjà existé, a rappelé un participant, et a même été très rentable. La Société québécoise d'exploration minière (Soquem), fondée en 1965, a été intégrée à la SGF en 1996, pour ensuite être déménagée en 2006 en Abitibi où même ceux qui s'y intéressent ont perdu sa trace.

L'ancien premier ministre Jacques Parizeau, qui était un des participants, estime qu'une société d'État encouragerait la transformation locale du minerai, pour y ajouter de la valeur.

Aucune transformation n'est envisagée dans les projets potentiels du Plan Nord, a-t-il noté.

C'est encore, le même problème avec la mondialisation, essayer de faire de l'acier contre un Chinois, dans ce cas-ci, avec un salaire de 10 fois inférieurs, ou faîtes comme les Américains, imposés du protectionniste
sur l’acier.

De plus, comme notre productivité est faible, on n’est même pas capable
de compétitionner les Américains pour la transformation.

M. Parizeau s'inquiète particulièrement des investissements que devra faire Hydro-Québec en développant 3000 mégawatts supplémentaires pour alimenter les entreprises minières. Déjà, le coût de production des nouveaux ouvrages d'Hydro-Québec est de deux fois supérieur au tarif L que paient les entreprises, a-t-il noté.

Avec le Plan Nord, Hydro-Québec fournira le courant électrique aux projets miniers et le gouvernement subventionnera les routes, les ports et les aéroports. «Un bar ouvert se profile», s'est-il alarmé.

On a des barrages hydro-électriques que l'on construit non rentable,
alors que fait-on ?

ON FOUT À LA PORTE LA HAUTE DIRECTION D’HYDRO QUÉBEC
ET SANS COMPENSATION.

L'ancien premier ministre ne se fait pas d'illusion sur le potentiel de l'industrie minière au Québec, qui compte actuellement pour 1,5% du PIB. «L'avenir du Québec est lié à l'économie du savoir, a-t-il dit, pas au minerai de fer.»

À part de l’Australie qui a comme voisin de proximité la Chine,
on ne vient pas riche avec des boulettes de fer.

Des profits du pétrole sont accaparés par l'État en Norvège.