Agences de notation, les gardiennes du triple A

Il est facile de taper sur le thermomètre.

Mais personne n’a obligée à un pays de se surendetté.

Le surendettement est en partie lié par des politiciens à gérer à courte vue pour gagner des votes, au détriment d’investir à long terme pour créer de la vraie richesse.


Extrait de : Régulateur de l’année – Agences de notation, les gardiennes du triple A, Par Philippe Plassart, le nouvel economiste.fr, 07/12/2011

Le “pire” des systèmes à l’exception de tous les autres

Refuser “la vérité”, surtout quand elle est désagréable à entendre ; honnir le messager quand ce dernier apporte des “mauvaises nouvelles” : c’est souvent le reflexe – humainement compréhensible – des institutions face aux situations difficiles.

Ce mécanisme – il faut bien le dire un brin archaïque – a été plus que jamais à l’œuvre à l’encontre des agences de notation, ces dernières étant accusées de tous les maux et même d’avoir été “à l’origine” de la crise de la dette à force de dégrader la note de crédit des Etats.

De là à les accuser, pour tenter de se débarrasser d’elles, d’avoir la “rage”et de cumuler tous les symptômes de “l’horreur” économique, il y a un saut que certains n’ont pas hésité à faire : conflits d’intérêt, incompétence, amateurisme… Stop, n’en jetez plus, la coupe est pleine !

Le nouvel Economiste, fidèle à sa ligne constante sur le sujet (*), a choisi de consacrer les agences de notation Régulateur de l’année 2011. Moins pour les défendre en tant que telles – Fitch, Moody’s et Standard and Poor’s n’ont sûrement pas besoin d’un organe de presse pour déployer leurs arguments pro-domo – mais parce qu’il nous semble que derrière le canonnage de critiques dont elles font l’objet se cache la remise en cause insidieuse et dangereuse d’un principe supérieur:

La nécessité d’institutions indépendantes qui ne soient pas juges et parties

Certes en matière d’appréciation du risque de crédit des Etats, l’état de la science reste encore trop rudimentaire et la prestation fournie par les agences demeure largement perfectible – les agences sont les premières à reconnaître l’existence de marges de progrès dans ce domaine.

Pour autant, il nous semble que pour l’heure, les agences, même pas toujours équipées “au top”, sont parvenues malgré tout à “faire le job” correctement dans un contexte exceptionnellement difficile du fait de la dimension systémique de la crise :

Celui d’éclairer les investisseurs sur les risques encourus à prêter de l’argent.

Une responsabilité toute particulière

Certes, ce type d’évaluation est loin d’être neutre, ce qui confère aux agences un rôle essentiel dans le système et une responsabilité toute particulière.

Leur jugement a une incidence financière évidente puisque la note d’un pays conditionne en partie le niveau des taux d’intérêt auquel ce dernier peut s’approvisionner sur le marché international des capitaux.

Encore qu’on ne puisse pas déterminer avec certitude si les agences de notation jouent dans cette fixation le rôle de la poule ou bien celui de l’œuf. Autrement dit, si elles suivent le marché ou si elles le précèdent. “Les agences ne sont pas la cause systématique des hausses de taux d’intérêt”, analyse l’économiste Patrick Artus qui n’a discerné que pour l’Espagne une liaison univoque entre la dégradation de la note et une hausse de la prime de risque.

Un argument en dédouanement à manier toutefois avec modération : n’est-ce pas la fonction même d’une agence de donner une information dont l’impact doit se faire nécessairement sentir sur les taux puisque que c’est son sujet ?

Ne soyons pas aveugles pour autant, les variations des notes ont aussi quasi nécessairement des implications politiques et sociales, comme on a pu le voir dans les pays européens violemment touchés par la crise et chez les autres à titre préventif. Voilà qui alimente un soupçon encore plus grave, celui d’ingérence d’un oligopole de sociétés privées – circonstance aggravante pour un auditoire européen : américaines ! – dans les affaires politiques d’Etats souverains n’ayant de comptes à rendre qu’à leurs électeurs. Les puissances d’argent et leurs sbires oeuvrant dans l’ombre ne sont pas très loin derrière cette imagerie…

Une rhétorique “complotiste” prise à son propre piège. Que n’a-t-on entendu les contempteurs des agences s’insurger de voir les Etats-Unis

– le “temple” du capitalisme – à leur tour rétrogradés au cœur de l’été. Ou bien encore le “Cavaliere” – Silvio Berlusconi – dételé de la présidence du Conseil italien pour cause de total décrédibilisation aux yeux des investisseurs… “

Notre travail est apolitique. La notation n’évalue ni les décideurs, ni leur appartenance politique, pas plus qu’elle ne leur prescrit d’adopter l’une ou l’autre mesure”, argumente-t-on chez Standard and Poor’s.

Une approche commune aux autres notateurs :

“Pour évaluer la qualité de crédit d’un pays, Moody’s examine la vulnérabilité du pays au risque d’événement exceptionnel ainsi que sa solidité économique, financière et institutionnelle, cette dernière supposant notamment d’évaluer la capacité de ce pays et sa disposition à mener des politiques lui permettant d’honorer en temps opportun le remboursement de sa dette”,

Explique Eric de Bodard, directeur général de Moody’s France, récipiendaire du prix du Régulateur au nom des agences de notation.

Un travail qui exige clarté et rigueur absolues dans un contexte où la crise – ou l’accident – peut survenir au coin de la rue, comme ce malheureux “bug” informatique qui a frappé l’autre jour chez Standard and Poor’s avec l’annonce (prématurée ?) d’une dégradation de la note française.

La concurrence plutôt qu’une reprise en main

Voilà qui invite tout un chacun à améliorer sans relâche les process et méthodologies. Pour cela, la concurrence et son corollaire – la réputation et le “track record” – restent sans aucun doute le meilleur aiguillon.

Combien de temps encore les investisseurs chinois, qui font de plus en plus la pluie et le beau temps en tant que créanciers de la planète, se contenteront-ils des notes à forte composante politique de leur agence nationale ?

Attention, les observateurs notent que Dagong commence à affiner ses jugementstant il est vrai que tous les créanciers du monde n’ont qu’une idée en tête : récupérer, c’est bien le moins, leur mise à l’échéance.

Interview du Pdg de l’agence de notation Dagong

Je pense que les agences internationales de notation devraient garantir la sécurité du système financier mondial, au lieu de diffuser des informations qui leur sont profitables du point de vue de la protection des intérêts de leur pays, car cela génère des perturbations à l’échelle non seulement européenne mais aussi planétaire.

Par ailleurs, il est totalement faux de concevoir l’évaluation d’un État comme la limite de crédit de l’ensemble de l’économie, étant donné l’absence de relation fondamentale entre les deux ; l’insolvabilité d’un État ne signifie pas que les entreprises soient acculées à la faillite.

La défaillance des débiteurs débouche sur la crise financière mondiale. C’est un crime envers la société de ne pas vérifier la rationalité des normes de notation lors d’une crise pareille.

L'actuariel: En quoi l’approche de l’évaluation souveraine de Dagong diffère-t-elle de celle de Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch?

G.J. : Elle est totalement différente.

1.      Dagong s’intéresse à la création de valeur des économies qui empruntent ainsi qu’aux facteurs ayant un impact sur le capital interne.

2.      Alors que les trois autres agences se fondent sur l’idéologie et les valeurs nationales pour mesurer les risques financiers. Elles accordent plus d’attention à la capacité à emprunter en ignorant celle qui permet de créer vraiment de la richesse.

Dagong évalue le risque de crédit d’un État à partir de cinq critères :

1.      la politique économique du pays ;

2.      sa puissance économique ;

3.      sa puissance financière ;

4.      son degré de solvabilité ;

5.      le niveau des réserves de change.

Tandis que Moody, S&P et Fitch évaluent la capacité de remboursement d’un pays à partir de l’ordre politique du pays, reconnu selon les concepts politiques occidentaux ;

Mais elles ignorent le rôle fondamental que jouent les recettes fiscales et insistent sur la capacité de continuer à se financer par la dette plutôt que sur la réelle capacité de remboursement.

L'actuariel: Pourquoi les responsables chinois ont-ils décidé de doter le pays d’une agence de notation?

G.J. : En tant que deuxième puissance économique mondiale, la Chine joue un rôle irremplaçable dans le développement économique mondial grâce à l’exportation de capitaux. De plus, en tant que premier créancier de la planète et dans un contexte de mondialisation financière, la Chine se doit d’avoir des services d’information sur le risque de crédit, c’est-à-dire une agence de notation au service du créancier.

Les leçons que nous pouvons tirer de l’actuel système international de notation nous indiquent qu’il viole la théorie générale du rapport créancier/débiteur, ce qui nous conduit à une situation où les pays endettés dominent le système de notation et fournissent des informations qui leur sont favorables entraînant ainsi l’effondrement du rapport créancier/débiteur.

 Il va donc de l’intérêt de la Chine, en vue d’un développement stable des relations internationales, de mettre en place une agence de notation reconnue au niveau mondial, suivant la théorie du rapport créancier/débiteur.

Source: Interview du Pdg de l’agence de notation Dagong

Ce défi vaut assurément la peine d’être relevé et il vaut mieux que ces tentatives de reprise en main du travail des agences par un régulateur européen guère inspiré en la matière.

Ou cette idée caressée par certains de confier la notation à une agence publique, véritable “nid à conflits d’intérêt” s’il en est, tant il est vrai qu’un pouvoir n’admet jamais volontiers l’exercice plein et entier d’un contre-pouvoir.

Existe-t-il un modèle alternatif crédible au modèle d’agences “privées” et “indépendantes” ?

On le cherche toujours.

Ce vide laisse un cahier des charges encore plus fourni et impératif aux agences actuelles. Celles-ci doivent face à la complexité des risques et à l’entrelacs des circuits financiers développer leurs outils de compréhension et d’investigation. Bref, relever l’héritage d’un certain… John Moody, génial précurseur en la matière avec ses cotations des sociétés de chemin de fer à l’aube du capitalisme naissant.


Pour le Québec

«Même s'il est très endetté et que sa dette continue de croître, le Québec conserve une bonne note chez Moody's, qui ne voit pas de raison de s'inquiéter à court terme.»

Le court terme doit être sérieusement pris en considération.

Cette réaction de la part de S&P nous en dit long sur la façon d'évaluer une obligation.

Ce n'est pas le niveau d'endettement qui compte, mais uniquement les paiements à court terme.

Autrement dit, un pays peut s'endetter à outrance, pourvu qu'il effectue ses paiements à temps. Évidemment, la principale menace pouvant affecter les paiements futurs est bien connue. Il s'agit du total de la dette. Plus cette dernière correspond à un niveau élevé par rapport aux revenus du pays, plus il s'avèrera difficile de poursuivre les paiements.


Vous remarquerez que selon Dagong très peu de pays ont une cote de AAA, la plupart les pays scandinaves y sont présent, beaucoup de transparence et d’IMPUTABILITÉ.

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Source : Notation : le monde selon Dagong


 

  1. gravatar

    # by Anonyme - 10 décembre 2011 à 07 h 00

    Tant qu'a moi les médias glorifie un peu trop le Fmi et ces agences de notations qui travaille surement en équipe avec la Fed et compagnie.

    Ya peut etre un probleme avec notre manière de voir l'économie d'une manière trop pessimiste on a des dettes et alors c'est pas la fin du monde.

    Ceux qui en profite vraiment de tout ça je ne les connais pas

    Prendrais une meilleur gestion et pas un systeme financier de dette intéret corrompu un truc plus honnete et que nos mentalité et nos rapport a l'argent ait changé car la cest tellement déprimant ça n'a plus de sens ce n'est plus motivant.

    Donc en s'écroulant le systeme se donne un sens ce qu'il n'avait plus avant.