Le Québec devient moins attrayant pour les producteurs d'aluminium

Trois articles intéressants sur l’avenir de l’aluminerie au Québec et au Canada.


Extrait de : Le Québec devient moins attrayant pour les producteurs d'aluminium, Hélène Baril, La Presse, 02 décembre 2011

1.      L'appréciation du dollar canadien et

2.      l'augmentation des coûts de l'énergie ont réduit la compétitivité des alumineries canadiennes.

Les nouvelles usines se construiront au Moyen-Orient, en Afrique ou en Amérique du Sud, là où il y a encore de l'énergie à bas prix.

Quelque part sur la côte est de l'Arabie saoudite, il se construit une aluminerie dont les coûts de production seront les plus bas au monde.

Cette coentreprise du gouvernement saoudien et d'Alcoa, qui nécessite des investissements de 10 milliards de dollars US, a aussi le potentiel de produire plus d'aluminium que toutes les alumineries en activité au Canada.

À lui seul, ce projet explique pourquoi la part du Québec dans la production mondiale d'aluminium, qui est actuellement de 7%, n'augmentera pas.

L'énergie qui servira à faire les lingots saoudiens ne coûtera pratiquement rien à Alcoa.

À 4,3 cents le kilowattheure, soit le tarif consenti aux alumineries, l'énergie québécoise est trop coûteuse pour les nouveaux projets, selon l'Association canadienne de l'aluminium.

La production mondiale d'aluminium devra doubler d'ici 2020 pour répondre à la demande. Cette nouvelle production se déplacera vers les pays qui offrent de l'énergie à prix encore plus bas que le Québec, et qui sont prêts à faire plus d'efforts pour attirer l'industrie.

C'est le cas de l'Arabie saoudite qui, en plus d'être partenaire à 75% dans le projet, fournit de l'énergie à très bas prix; dans ce cas-ci, du diesel.

«De plus en plus, l'industrie va là où se trouvent des bassins d'énergie captive», explique Jean Simard, le président de l'Association de l'aluminium du Canada.

Dans plusieurs pays producteurs de pétrole, le gaz naturel extrait en même temps que le brut est brûlé à la torchère, parce qu'il ne peut pas être utilisé.

«Dans ces pays, il y a une volonté de convertir cette perte en richesse, ajoute Jean Simard. On veut aussi diversifier une économie basée sur la production de pétrole.»

L'industrie de l'aluminium, dominée en Occident par les géants Rio Tinto et Alcoa, ira aussi là où elle est la bienvenue. C'est le cas de l'Arabie saoudite, qui veut diversifier son économie et qui fait les yeux doux aux investisseurs.

Devenue des monstres grâce à la mondialisation, la seule préoccupation est de faire plus de profit, point à la ligne !

Ce n'est pas le cas du Québec, où l'octroi de blocs importants d'énergie aux alumineries suscite toujours la controverse.

Les sites des futurs projets d'aluminerie réunissent ces conditions gagnantes pour l'industrie. Rio Tinto Alcan lorgne le Cameroun et le Paraguay. Alcoa a des projets de construction en Angola, en plus de l'Arabie saoudite. Entre 2000 et 2015, la production d'aluminium primaire aura triplé dans les seuls pays du Golfe, où l'énergie pas chère abonde.

Au Québec, où se trouvent 9 des 10 alumineries canadiennes, les projets d'expansion annoncés et à venir ne suffiront pas à maintenir le rang de la province au sein des régions les plus importantes au monde pour la production d'aluminium.

«La production mondiale va doubler mais le Québec ne doublera pas la sienne. Il n'y aura pas de nouvelle aluminerie, seulement de l'expansion et des mises à niveau dans les installations existantes», dit Jean Simard.

Deux fois moins cher

Maintenant que les très bas tarifs des contrats secrets conclus avec les alumineries sont peu à peu remplacés par des contrats au tarif L, soit 4,3 cents le kilowattheure, le prix de l'énergie au Québec est trop élevé pour les nouveaux projets, explique-t-il. La production d'aluminium primaire est fortement tributaire du prix de l'énergie, qui représente entre 30 et 40% du coût d'un lingot. Selon les chiffres compilés par l'analyste Daniel Denis, de Secor, des pays comme les Émirats arabes unis, l'Afrique du Sud et l'Islande offrent de l'énergie deux fois moins chère que le Québec, soit entre 2 et 3 cents le kilowattheure.

Le Québec produit actuellement 3 millions de tonnes d'aluminium primaire, soit 7% de la production mondiale. «On ne va jamais dépasser ça», estime le porte-parole de l'industrie.

Cette part est appelée à diminuer à mesure que d'autres alumineries se construiront ailleurs dans le monde.

L'énergie renouvelable du Québec, qui donne aux alumineries présentes sur son territoire un avantage environnemental, ne signifie rien dans le marché actuel des produits de base. Un lingot d'aluminium ne se vend pas plus cher s'il est produit avec de l'énergie verte.

Selon Jean Simard, si un marché international du carbone devait voir le jour, le Québec serait avantagé. Il pourrait augmenter le prix de son énergie et garder ses alumineries. «Ça l'aiderait à maintenir sa capacité de production actuelle», avance-t-il.


Extrait de : Aluminium et électricité à bas prix: le débat reprend de plus belle, Hélène Baril, La Presse, 02 décembre 2011

Le débat sur l'opportunité de signer des contrats d'approvisionnement en électricité avec les alumineries a repris de plus belle avec l'octroi de deux blocs d'énergie à Alouette et Alcoa.

Les alumineries paieront le tarif régulier de la grande industrie, soit 4,3 cents le kilowattheure, ce qui est une augmentation par rapport au prix qu'elles paient actuellement en vertu de contrats secrets liés au prix du métal sur le marché. Ces contrats prendront fin entre 2014 et 2017.

Le tarif industriel d'Hydro-Québec (tarif L) n'est pas un tarif préférentiel mais il comporte quand même des avantages comparativement aux autres catégories de tarifs. Il sera exempté de l'augmentation d'au moins 3,7% par année des tarifs d'électricité entre 2014 et 2018, décrété par le gouvernement dans son budget 2010-2011. Les contrats d'approvisionnement conclus avec les alumineries prévoient aussi une limite à l'ajustement annuel qui peut leur être appliqué, ce qui n'est pas le cas des autres tarifs réglementés.

La controverse sur l'opportunité d'accueillir des alumineries au Québec est essentiellement une question de prix de l'énergie.

Le coût des nouvelles installations de production d'électricité est d'environ 10 cents le kilowattheure. Il est donc déplorable de vendre le kilowattheure deux fois moins cher aux alumineries, estiment les critiques comme Jean-Thomas Bernard, spécialiste en énergie et professeur à l'Université d'Ottawa.

Le professeur a calculé que vendre cette énergie aux alumineries plutôt que de l'exporter à des prix plus élevés revient à subventionner chaque emploi dans les alumineries à hauteur de 600 000$ par année.

Exacte, mais l’exporter à qui ? Aux américains qui l’achètent à 5.3 cents,
je cherche toujours …

Les entreprises, de leur côté, prétendent que les salaires qu'elles paient et les dépenses qu'elles font au Québec font plus que compenser pour les tarifs d'électricité. Le consortium Alouette a calculé que la réalisation de son projet expansion de 2,1 milliards à Sept-Îles générera des retombées de 474, 7 millions par année.

Ces retombées sont l'équivalent de 6,6 cents le kilowattheure, selon Alouette, ce qui donne un prix de l'électricité de 10,9 cent le kilowattheure (4,3 cents du tarif L " 6,6 cents en retombées).

Le manque à gagner pour Hydro-Québec - et tous les Québécois - est la différence entre le prix qu'elle vend aux alumineries (4,3 cents le kilowattheure) et le prix qu'elle pourrait obtenir auprès d'autres clients.

Cet écart s'est beaucoup réduit récemment avec la baisse du prix de l'électricité sur le marché américain. Depuis le début de l'année, Hydro a obtenu un prix moyen de 5,3 cents le kilowattheure pour ses exportations, ce qui est à peine plus que le tarif consenti aux alumineries.

Ce qui est tout à fait ironique, on maintient la construction de la Romaine, même s’ils ne sont pas rentables, on n’est pas juste distincte, mais foncièrement pathétique !

Hydro-Québec a déjà estimé que la vente d'électricité aux alumineries faisait augmenter la facture de tous les autres clients d'Hydro-Québec. Le ministre du Développement économique, Sam Hamad, l'a lui aussi admis à la suite des annonces concernant Alouette et Alcoa.

Il est possible qu'il y ait un impact à la hausse sur les tarifs d'électricité des Québécois, mais l'impact total est positif pour l'économie du Québec, a-t-il plaidé.

Le retour en grâce des alumineries s'explique en partie par les surplus qui s'empilent chez Hydro-Québec, alors que de nouvelles centrales en construction augmenteront encore la quantité d'énergie disponible.

Les contrats au tarif L qui remplacent les contrats secrets ont une durée de 20 à 25 ans et prendront fin en 2040. En 2041, le contrat tant contesté par lequel Hydro achète à très bas prix toute la production de Churchill Falls (5400 mégawatts) prendra fin lui aussi. On imagine facilement qu'il ne sera pas renouvelé, du moins pas au même prix.

Hydro-Québec aura alors peut-être besoin de l'énergie utilisée par les alumineries pour remplacer l'énergie de Terre-Neuve. Si ça arrive, le Québec pourra-t-il continuer à alimenter les alumineries en énergie à bas prix ou devra-t-il les mettre dehors? La question se pose.


Extrait de : Rio Tinto Alcan investit à Kitimat, Radio-Canada, 1 décembre 2011

Rio Tinto Alcan confirme la modernisation de ses installations à Kitimat, en Colombie-Britannique. Le projet de 3,3 milliards de dollars vise à construire une nouvelle fonderie d'aluminium qui permettra de doubler la capacité du complexe.

Rio Tinto Alcan s'était déjà engagé à consacrer 650 millions de dollars à la modernisation de ses installations de Kitimat, ouvertes il y a 57 ans. Les nouveaux travaux envisagés sont évalués à 2,7 milliards de dollars.

Ce projet entraînera la création de centaines d'emplois et stimulera l'économie de la région, lourdement touchée par les difficultés de l'industrie forestière. La nouvelle fonderie permettrait d'augmenter la production de 48 % à 420 000 tonnes d'aluminium par année d'ici 2014. Les émissions polluantes seraient réduites de 50 %.

« Une fois le projet terminé, Kitimat deviendra l'une des usines d'électrolyse les plus efficaces et ayant les plus faibles coûts au monde. Elle sera mieux placée pour nous aider à répondre à la demande d'aluminium du marché Asie-Pacifique, qui augmente rapidement », affirme Jacynthe Côté, chef de la direction de Rio Tinto Alcan, dans un communiqué.

Cet investissement survient alors que Rio Tinto Alcan a entrepris de vendre plusieurs actifs dans le secteur de l'aluminium pour compenser le recul de 29 % des prix sur les marchés internationaux depuis quatre ans. Rio Tinto Alcan souhaite se départir de 13 usines, notamment en Europe, aux États-Unis, en Australie et en Nouvelle-Zélande.

« Ce sera difficile pour Rio Tinto Alcan de profiter d'un rendement sur cet investissement, sauf si les prix des métaux demeurent élevés pendant une longue période », selon l'analyste Tony Robson chez BMO Nesbitt Burns.

Le projet d'agrandissement de Kitimat est attendu depuis près d'une dizaine d'années en Colombie-Britannique, mais il a été mis de côté en 2009 à la suite de la dernière crise financière. Plusieurs autres entreprises dans l'industrie ont abandonné des projets similaires en raison de la flambée des coûts des matériaux, de main d'oeuvre et d'énergie.

Des décisions quant aux phases subséquentes du projet AP60 de la compagnie à Saguenay et Alma, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, devraient suivre. En entrevue à la Presse Canadienne, Mme Côté a affirmé que l'échéancier dépend des conditions des marchés mondiaux, qui sont actuellement remises en question. Elle n'a pas voulu avancer de date ni préciser les coûts potentiels.

Tous secteurs confondus, Rio Tinto Alcan prévoit augmenter de 17 % ses investissements l'an prochain, à 14 milliards de dollars.


Les blogueurs :

Envoyé par Pascal Fortin de ALMA, 1er décembre 2011

sacrez-nous la paix avec nos 300 demandes, on en a qu'une seule, le plancher d'emploi, le projet d'alma II ne créera pas de nouveau emploi à part le temps de la construction. quand je vois du monde qui parle a travers leur chapeau, ça me fait friser les cheveux,

je vais vous expliquer quelque chose, a part les emplois lié à la construction, il n'y aura aucun nouveau emploi à l'usine kitimat, ils auraient dû dire consolidation plutôt.

la logique est simple, on remplace une vieille technologie de 60 ans par une nouvelle à la fine pointe, donc deux fois plus de production avec deux fois moins de cuves, en plus des travaux manuels remplacé par de l'automation.

un cuve ap3x produit plus de 5 fois celle des vieilles soderberg existante à kitimat

alors faites le calcule...

donc comparez ce projet à celui de baie-comeau d'alcoa

pour ce qui est d'alma, de la bouche de tom albanese,PDG de Rio Tinto les seules motivations d'investissement sont les conditions du marché et pas les relations de travail. donc le projet viendra peut-etre sauf que si c'est pas le cas, ca sera pas de la faute de nous, les travailleurs.

Envoyé par Eric Champagne de MTL, 1er décembre 2011 à 19 h 21 HNE

"Mais encore un investissement qui passe sous le nez d'Alma..."

Oui mais Alma est déjà 5000 km plus loin du marché que Kitimat et les coûts de transport ne diminuent pas.

Je n'ai jamais travaillé pour Alcan mais plusieurs de mes anciens employeurs avaient des usines sur la côte Est et la côte Ouest justement pour éviter les pertes due au transport car il est facile d'annuler un profit de la sorte, surtout pour des produits qui se vendent à la tonne et dont le prix fluctue autant.