Sortons le réseau routier de la politique


Extrait de : Sortons le réseau routier de la politique, Pierre Fortin, l’Actualité, 21 Octobre 2011

Le système de gestion du réseau routier québécois est incapable d'assurer la sécurité du public. Les routes sont crevassées, les structures se désagrègent, les ponts menacent de tomber, des « viaducs » se sont effondrés, des vies ont été fauchées.

En 2006, à peine plus de la moitié de nos infrastructures étaient jugées en bon état, contre les trois quarts aux États-Unis.

La gestion du réseau dépend surtout du ministère des Trans­ports du Québec (MTQ) et des voiries municipales. Cette gestion politique est teintée de favoritisme.

Une recherche du professeur Marcelin Joanis, de l'Université de Sherbrooke, a récemment fait la preuve que les dépenses du MTQ favorisent

« de manière disproportionnée » les circonscriptions qui appuient le parti au pouvoir. Si vous voulez rouler plus en sécurité dans votre région, votez « du bon bord ».

D'anciens hauts fonctionnaires affirment sans détour que, pendant les dernières décennies, les autorités politiques centrales ont régulièrement détourné à d'autres fins une partie des crédits nécessaires à l'entretien des routes. Lorsque l'argent manquait pour boucler le budget du gouvernement - et il en manque toujours, n'est-ce pas ? -, on allait le chercher dans les crédits du MTQ.

Le problème, c'est qu'une longue suite de petits retards dans l'entretien, ça finit par faire un retard important. De nombreux points vitaux du réseau ont ainsi été fragilisés.

Paniqué après la tragédie du viaduc de la Concorde, Québec a adopté à toute vitesse un plan de rattrapage qui a fait passer les investissements du MTQ de 1,2 milliard de dollars en 2005 à 3,5 milliards en 2011. L'histoire montre que les autorités politiques ne peuvent résister à l'envie de remplacer l'entretien régulier du réseau par un invraisemblable jeu de stop-and-go de la dépense.

En matière de financement, le professeur Marc Gaudry, de l'Université de Montréal, a noté des distorsions majeures.

·         À un extrême, Ottawa recueille quatre fois plus de taxes sur les carburants qu'il ne dépense pour les ponts et les routes.

·         À l'autre extrême, les villes dépensent huit fois plus pour leur réseau routier qu'elles n'en tirent de recettes.

De plus, selon Gaudry, les prélèvements chez les automobilistes couvriraient 80 % des coûts environnementaux et financiers qu'ils imposent à la société, alors que ce taux ne dépasserait pas 40 % chez les camionneurs.

En somme, ce qui caractérise notre gestion du réseau, c'est le favoritisme, les dépenses par à-coups ainsi que de fortes disparités entre paliers de gouvernement et types d'usagers.

Cette problématique est universelle. Elle a été étudiée il y a 20 ans par la Commission royale sur le transport des voyageurs au Canada. Son président, Louis Hyndman, a recommandé que la gestion des routes soit retirée aux ministères provinciaux et confiée à des sociétés d'État, du type Hydro-Québec.

Hydro-Québec est loin d’être une référence de transparence, vous pouvez en discuter avec le vérificateur général qui n’a même pas le droit de vérifier si la société d’État est bien gérée.

Remarque, l’idée est bonne, par contre, il faut rétablir avoir une sérieuse amélioration sur la notion de la transparence et d’imputabilité, «Transparency 2.0»
comme les Américains serait un bon départ.

Celles-ci percevraient les recettes routières et auraient la charge des infrastructures (planification, construction, entretien) et de la gestion du réseau. Les hausses de taxes et tarifs qu'elles proposeraient seraient soumises à une régie des routes semblable à notre Régie de l'énergie. Les élus fixeraient le cadre général et examineraient annuellement les plans et acti­vités de ces sociétés.

La Colombie-Britannique est la seule province qui a donné suite à cette recommandation, avec ses sociétés TransLink, pour Vancouver, et BC Transportation Financing Authority, pour le reste de la province. La Nouvelle-Zélande applique aussi la formule Hyndman.

La nature et la gravité du problème à résoudre sont claires.

Il faut mettre fin à notre gestion politique du réseau routier et la remplacer par un système plus sécuritaire et économiquement plus rationnel.

Difficile de demander cela à des politiciens carriéristes, où leur seule préoccupation est de gagner des votes !