Le complot des "baby-boomers"

L'État contre les jeunesL’article tombe à point, car cette semaine j’ai assisté au lancement du livre d’Éric Duhaime, L’état contre les jeunes.

Il est facile à lire, en moins de 4 heures je l’ai lu et donne un bon aperçu de la problématique intergénérationnel.

Dans d’autres carnets, j’ai souvent mentionné cette iniquité de distribution de richesse et de privilège créant un sérieux potentiel de conflits sociaux.

Deux iniquités flagrantes sont présentes dans notre modèle québécois.

1.      Iniquité entre le privé et le public : La noblesse de la fonction publique et la royauté politique se sont donné des privilèges au détriment de ceux qui créent la richesse. Ils se sont donné des retraites dorées sur leur dos, quand plus de 72 % de ceux-ci n’ont même pas un régime fourni par leur employeur et en plus la moitié d’entre eux risque d’être sur le seuil de la pauvreté quand ils vont être à la retraite.

Un sérieux conflit social se prépare, d’autant plus que l’État n’a même pas les moyens d’accorder les retraites dorées que par endettement.

2.      Iniquité intergénérationnelle: Ayant eu des politiciens irresponsables et immoraux puisque les déficits et l'endettement cumulés reportent le fardeau fiscal sur les futurs contribuables qui ne sont pas représentés dans les choix publics courants, puisque ces derniers ne sont pas présents au moment où le déficit se pratique; ce qui en fait un instrument politique immoral.

La pression monte de la part des jeunes, et ces normales, car on s’est drôlement servis d’eux pour utiliser leurs futurs crédits

·        Le taux de chômage élevé dans les pays industriels va être une source de conflits sociaux.

·        Certaines générations se gavent de sécurité d’emplois, ou de fonds de retraite insolvables, tout en transportant les impôts reportés sur le dos des jeunes.

·        De plus, avec une délocalisation excessive beaucoup d'emplois ont été perdus dans le secteur du simple ouvrier, conséquence les jeunes n'ayant pas faits de hautes études se retrouvent au chômage.

·        Beaucoup de gens dans la population veulent garder le statu quo, profitant du système, en transférant les excès des dépenses par impôts reportés sur les futures générations.

·        Tous les pays, qui se sont fort endettés et une économie vacillante, vont avoir des comptes à rendre, le Québec est un exemple flagrant, 244 milliards de dettes publiques sur le dos des futures générations, ce n'est pas une simple génération perdue, mais une arnaque pure et simple sur le dos des futures générations.

·        Une plus grande pauvreté pour les jeunes et un plus fort taux d’endettement, exemple l’achat d’une maison première est deux fois plus cher, par contre le salaire n’a pas augmenté en conséquence. Et d’autant plus, ce sont probablement les baby boomers qui ont profité du gain de capital.

·        Des privilèges de sécurité d’emplois, de permanence, d’ancienneté qui empêche aux jeunes de progresser adéquatement dans la fonction publique, pour protéger la secte des petits vieux. Un bel exemple, dans le livre d’Éric Duhaime qui démontre à quel point qu’un jeune professeur se fait transférer école après école, tout cela pour garder cette chasse de privilège, tel que la permanence, qui est un non-sens, car elle encourage la non-imputabilité et l’inefficacité .

·         À tous ceux qui profitent du système, ne croyez pas que ça va être si simple, vous allez avoir des comptes à rendre, et ce n’est que le début…

·         Surtout, quand les États deviennent de plus en plus pauvres et doivent devenir de plus en plus efficaces.


Extrait de : Le complot des "baby-boomers", Rafik Smati, Les Echos, 24/01/2012

Au fil du temps, certaines confréries ou corporations ont pu développer une influence telle qu’elles sont en mesure d’agir sur les grandes décisions. Quelle est donc cette caste, qui tient les gouvernements, les banques centrales, les sociétés multinationales et les grands groupes de médias ?

Depuis des siècles, il est une théorie qui donne lieu à de nombreux débats et alimente les discussions fantasmagoriques au café du commerce : il s’agit de la «théorie du complot». Disons-le tout net : l’idée qu’un petit groupe de personnes assises autour d’une table administre le monde n’a évidemment aucun sens. Nous vivons dans un monde de plus en plus insaisissable, organisé en réseau, avec une information qui circule en temps réel. Aucun groupe d’individus, composé d’esprits aussi brillants soient-ils, n’est en situation d'administrer et de régir le monde dans ce qu’il a de plus complexe.

S’il n’y a pas de complot au sens «conspirationniste» du terme, il se peut qu’au fil du temps certaines confréries ou corporations aient pu développer une influence telle qu’elles sont en mesure d’agir sur les grandes décisions. C’est le cas aujourd’hui : les démocraties occidentales sont dirigées par une caste très influente, qui tient les gouvernements, les banques centrales, les sociétés multinationales et les grands groupes de médias : «les baby-boomers». Vous l’aurez-compris, je fais allusion à cette classe d’âge née juste après la seconde guerre mondiale. Cette génération qui a fait «Mai 1968» ; cette génération d’enfants gâtés qui n’a connu ni la guerre, ni la crise, ni le Sida. Cette génération qui a toujours vécu dans l’abondance qui a caractérisé les «Trente Glorieuses».

Imaginez. Une période de près de 30 ans, entre 1947 et 1974, où la croissance économique avoisine en moyenne les 5,1% en France ; une période de plein emploi avec des taux de chômage de 1% ; une période où les avancées technologiques sont sans précédent. Dans cette période faste, l’inflation était galopante. Mais qu’importe : les salaires suivaient la même évolution. Il faut dire que cette forte inflation représentait un réel effet d’aubaine, car elle atténuait fortement l’impact des taux d’intérêt. Entreprises et particuliers pouvaient alors souscrire à des emprunts à des taux largement atténués, du fait précisément de l’inflation. Parfois même, il arrivait que l’inflation dépassait les taux d’intérêt, ceux-ci devenant alors négatifs !

C’est ainsi que toute une génération a pu se constituer un patrimoine immobilier avec une facilité inédite, et dans des conditions qu’aucune autre génération n’a pu et ne pourra connaître.

Les crises pétrolières des années 1970 mirent un coup d’arrêt brutal à cette dynamique. La croissance économique ralentit nettement, le chômage fit son apparition. La raison aurait été alors que cette génération accepte de réduire son train de vie. Mais comment voulez-vous devenir subitement responsable, lorsque que votre philosophie a toujours été de «jouir sans entrave», pour reprendre l’une des maximes de 1968 ? N’étant pas résolue à réduire son train de vie, cette génération a alors commencé à vivre au dessus de ses moyens. Les premiers déficits firent leur apparition et les dettes publiques explosèrent.

Dans les années qui suivirent les crises pétrolières, rien ne vint s’opposer à ce mouvement. Certains choix politiques ont même été enclin à l’accentuer : la décision prise en 1982 d’abaisser l’âge de départ à la retraite de 65 à 60 ans en dépit de toute considération démographique procédait de la même logique.

Plus symptomatique encore : les «baby-boomers» sont à l’origine de l’Euro et de la création de la banque centrale européenne. Je suis un européen convaincu, et je considère l’Euro comme ma monnaie. Son arrivée dans nos économies a été salutaire à bien des égards. Mais comment expliquer que le mandat principal confié à la BCE soit la lutte contre l’inflation ?

Il y a une explication à cela : les «baby-boomers» ont compris qu’ils allaient progressivement passer d’un statut d’actif à un statut d’inactif ; d’un statut de travailleur à un statut de rentier.

Or l’inflation, si elle peut aider les actifs à se constituer un patrimoine en limitant l’impact des taux d’intérêt, elle peut également porter lourdement préjudice à ceux qui vivent de leur rentes, à commencer par les retraités.

Or il se trouve que l’inflation, à condition qu’elle soit maîtrisée, est aujourd’hui un des leviers remarquables que nous pourrions utiliser pour insuffler une nouvelle dynamique aux économies occidentales. Elle permettrait d’atténuer le poids de la dette des Etats donc nous savons qu’elle est aujourd’hui l’un des principaux périls auxquels nous sommes confrontés. Une inflation réelle mais maîtrisée permettrait de valoriser le travail plutôt que le patrimoine ; de valoriser les travailleurs plutôt que les rentiers.

L’inflation pourrait donc contribuer à rétablir une justice économique entre les générations, et à redonner leurs chances aux jeunes générations. Qu’en est-il en effet des enfants des «baby-boomers» ?

·         Ces enfants, nés à partir du début des années 1970 qui n’ont connu que la crise et le chômage?

·         Dépendants de leurs parents, ils quittent de plus en plus tard le nid familial. Leur projet ?

·         Trouver un logement décent à louer. Il faut dire que les «baby-boomers» sont propriétaires d’une très grande partie du parc immobilier. La demande est importante, mais l’offre est limitée. En conséquence, les prix de l’immobilier flambent. Et l’inflation n’est pas là pour atténuer l’effet des taux d’intérêts. Les enfants des «baby-boomers» se résolvent donc à emprunter sur des très longues durées, parfois trente ans, ou alors à louer. Louer à qui ? Aux «baby-boomers», encore eux, rendant cette caste encore plus riche et puissante !

Le vrai fossé, ce n’est donc pas tant celui qui oppose les riches aux pauvres ; les patrons aux salariés. Non, le vrai fossé, le plus puissant d’entre tous, c’est celui qui s’est installé depuis plusieurs décennies entre une génération de nantis et d’enfants gâtés, et les générations qui l’ont suivi. Fossé parfaitement entretenu par ce «complot» qui n’en porte pas le nom mais dont le moins que l’on puisse dire est qu’il agit encore avec force et détermination.

Evidemment, il n’est pas politiquement correct de dénoncer ce «complot».

Les esprits biens pensants vous rétorqueront qu’il est honteux de s’en prendre à des aînés qui ont tant fait pour nous. Il vous sera également opposé que parmi ces aînés certains vivent dans la misère, et que mon propos est pour le moins déplacé pour ne pas dire scandaleux. Mais les faits sont là : le patrimoine des plus de 50 ans excède de plus de 50% le patrimoine moyen, et leur revenu net est supérieur à plus de 15% au revenu moyen. Pourtant, aucune voix dans la classe politique ne viendra dénoncer cette injustice. Non que nos dirigeants émanent tous de la caste des «baby-boomers», mais tout simplement parce que les «baby-boomers» sont, contrairement à leurs enfants, des électeurs studieux et fidèles.

En ce qui me concerne, je fais partie de la génération des enfants des «baby-boomers». Mon discours pourrait donc paraître orienté, empreint d’un aveu de faiblesse ou de rébellion. Il n’en est rien. J’ai la chance d’être propriétaire et d’être libre professionnellement et financièrement. Mon propos n’est donc pas celui de quelqu’un de frustré ou d’aigri, mais plutôt celui d’un trentenaire qui ne se résigne pas à accepter l’idée que la génération de ses parents puisse puiser sa jouissance de la décadence de ce qu’il convient plus que jamais de dénommer le «vieux continent.