Les hedge funds les fonds vautours


Extrait de : Les hedge funds : des "fonds vautours" devenus boucs émissaires, Anna Villechenon, Le Monde, 27.01.12

Crise de la dette, spéculation, pratiques obscures : les hedge funds sont régulièrement les premiers cités parmi les acteurs de la finance de l'ombre. Si leur rôle dans la crise financière est particulièrement critiqué, leur fonctionnement reste méconnu.

De quoi "hedge fund" est-il le nom ?

Les hedge funds sont des fonds d'investissement pratiquant la gestion alternative, avec un niveau de risque élevé : utilisation massive des produits dérivés, ventes à découvert, spéculation à la baisse, effet de levier…

Autrement dit, ce sont des fonds spéculatifs qui exploitent les anomalies du marché et les failles de la réglementation financière pour réaliser des opérations juteuses. De cette manière, ils sont en capacité d'offrir des rendements plus élevés que des fonds "classiques".

Selon le cabinet d'analyse financière Eurekahedge, ils sont au nombre de 11 500 au niveau mondial. Peu ou pas – encore – réglementées, leurs pratiques sont donc peu transparentes, voire franchement opaques, notamment quand elles concernent les produits dérivés qui s'échangent le plus souvent de gré à gré, sans passer par des plateformes de trading organisées, et échappent donc à une grande partie des contrôles.

La majorité des fonds spéculatifs sont montés par des gestionnaires indépendants qui ont fait fortune dans la gestion d'actifs. Cependant, certains d'entre eux appartiennent à de grandes banques ou en sont partenaires, comme Goldman Sachs Asset Management, par exemple

 Où sont implantés les hedge funds ?

La moitié des hedge funds sont implantés dans des paradis fiscaux ou en "offshore" (Iles Caïman, Jersey, etc.). L'autre moitié est implantée d'abord aux Etats-Unis, puis en Europe et en Asie, indique Guillaume Monarcha, responsable de la recherche chez Orion Financial Partners.

"Ils s'implantent en offshore pour les avantages fiscaux et juridiques. C'est également lié à la distribution, car tous les investisseurs ne peuvent pas forcément investir où ils le souhaitent, pour des questions de régulation. Certains fonds spéculatifs jouent alors sur les deux tableaux : une partie de leur distribution se fait en offshore, l'autre non", souligne M. Monarcha.

A rebours, fuir les paradis fiscaux peut également constituer une stratégie intéressante. "Si vous voulez attirer des investisseurs plus prudents, les activités d'un fonds localisé hors paradis fiscal sont considérées a priori comme plus transparentes", relève Cyril Regnat, stratégiste chez Natixis.

 Pourquoi les hedge funds sont-ils surnommés "fonds vautours" ?

Jugés opportunistes, les hedge funds souffrent d'une très mauvaise image depuis le début de la crise, dont ils sont accusés d'avoir tiré profit, notamment en spéculant sur les dettes souveraines des pays en difficulté.

Dernier exemple en date, et pas des moindres, celui de la dette souveraine hellénique : "les hedge funds ont, pour certains, acheté de la dette grecque très décotée en espérant être remboursés à 100 % à la maturité du titre", expliquait Jean-François Robin, fin janvier. "Ils ont spéculé sur un pays mourant", regrettait-il.

Par conséquent, "ces fonds d'investissement n'ont pas forcément intérêt à ce qu'un accord, avec une clause les obligeant à accepter le 'haircut' [la décote sur les titres], soit trouvé", remarquait M. Robin, alors que les négociations sur la restructuration de la dette grecque patinent depuis plusieurs jours.

"Si l'on observe la répartition des activités des hedge funds par stratégie, ceux qui ont potentiellement spéculé sur la dette grecque représentent moins de 5 %", nuance M. Monarcha. Ils ne sont ainsi qu'une poignée à participer aux négociations à Athènes.

Ces pratiques sont, dans certains cas, punies par la justice. Ainsi, l'Américain David Einhorn et son hedge fund Greenlight Capital, soupçonnés d'avoir spéculé sur l'effondrement de la banque Lehman Brothers en 2008, ont été condamnés jeudi 26 janvier par la Financial Services Authorithy (FSA, l'autorité de contrôle de la City de Londres) à une amende de 7,2 millions de livres (8,6 millions d'euros) dont 3,6 millions pour M. Einhorn, pour un abus de marché.

Quel est le rôle des hedge funds dans l'économie ?

Ils fondent leur stratégie d'investissement en pariant sur l'évolution des marchés. Cette tactique, bien que mûrement réfléchie, n'est pas infaillible. Réputés invincibles par certains, les hedge funds doivent néanmoins composer avec la volatilité des marchés, particulièrement importante en temps de crise.

En fait tout ce secteur financier, ne fait rien pour stimuler l’économie réelle, juste pour satisfaire l’oligarchie pour faire quelques milliards de plus dans leurs poches.

Ainsi, un rapport de Hedge Fund Research, publié le 26 octobre 2011, révélait que le troisième trimestre 2011 avait été l'un des pires de l'histoire du secteur, avec une baisse de 6,2 % de la performance. Or, le salaire des managers dépend en grande partie de la performance, puisque leur rémunération provient essentiellement de la commission de 20 % qu'ils touchent sur les résultats.

C'est pourquoi, face à un paysage boursier en pleine mutation, les hedge funds redéfinissent leur portefeuille et se séparent des obligations comme du cash, pour se reporter sur les actifs réels – valeurs d'entreprise et matières premières – qui, eux, ont la cote.

 D'où vient le mythe de l'infaillibilité des hedge funds ?

Pour Guillaume Monarcha, il s'agit d'"un mythe totalement faux, vieux du début des années 2000. Lors de l'explosion de la bulle Internet, de nombreuses classes d'actifs un peu risqués ont été fortement ébranlées".

"C'est à ce moment-là que les hedge funds ont acquis leur réputation d'invincibilité, car ils avaient soi-disant résisté, en maintenant leur performance, c'est-à-dire en n'ayant ni perdu ni gagné d'argent", rappelle-t-il.

"En réalité, cet équilibre est artificiel et repose sur le fait que certains fonds ont gagné de l'argent et que d'autres en ont perdu, insiste M. Monarcha. Ils ont ainsi créé une illusion de performance absolue, ce qui leur a permis de se développer fortement à partir de 2002".

Il en va de même concernant leur supposée influence sur l'économie et leur capacité à générer une crise. En effet, les paris que font les hedge funds contribuent surtout à amplifier la volatilité des marchés. "En spéculant sur les matières premières, à la hausse ou à la baisse, ils influent sur le cours de ces dernières, impactant indirectement l'inflation", explique M. Monarcha à titre d'exemple.

Boucs émissaires évidents de la crise, les hedge funds y ont joué un rôle bien moindre que leur sulfureuse réputation ne laisse à penser. Leur faible nombre et la relative modestie de leurs encours ne leur confèrent qu'un pouvoir limité sur les marchés financiers. Tout juste peuvent-ils tenter d'en retirer un maximum de plus-values, et en cela, ils ne se distinguent guère des autres investisseurs.