Mabe : chronique d’une mort annoncée

L’article de Pierre Duhamel est juste, sur le cas de l’usine Mabe, par contre j’ajouterai certaines nuances.


Extrait de : Mabe : chronique d’une mort annoncée, Pierre Duhamel, l’Actualité.com, 27 janvier 2012

On ne peut pas se surprendre de la fermeture de l’usine de fabrication de sécheuses Mabe, dans l’Est de Montréal, et de la mise à pied, en 2014, de ses 700 employés.

En décembre 2009, General Electric, le partenaire américain du mexicain Mabe (propriétaire de l’usine de Montréal), annonçait un investissement de 80 millions de dollars dans de nouvelle installations à Louisville, au Kentucky, pour y fabriquer des laveuses dès cette année et des sécheuses en 2013.

En appui au projet, l’État du Kentucky avait alors consenti des avantages fiscaux de 21,5 millions de dollars et la ville de Louisville avait injecté de son côté 5 millions de dollars.

Pourquoi Mabe/General Electric (General Electric détient 48 % de Mabe) a-t-elle choisi le Kentucky plutôt que le Québec ?

Tout d’abord parce que 90 % de la production de l’usine montréalaise était destinée au marché américain. Cela fait plus de sens de produire là-bas, à moins que la productivité et les coûts de main-d’oeuvre fassent une différence en faveur de l’usine montréalaise.

Plus, le coût du transport, les mêmes raisons ont incité à Electrolux
de se délocaliser.

Je ne peux pas comparer spécifiquement la productivité de l’usine montréalaise de Mabe à celle de Louisville, mais règle générale la productivité est bien meilleure du côté américain. Le Conference Board a calculé qu’en 2008 la faiblesse relative de la productivité canadienne depuis les 20 dernières années, quand on la compare  à celle des États-Unis, aura coûté l’équivalent de 8500 dollars.

Quant aux salaires, ceux des employés américains de GE sont en moyenne de 20,20 dollars de l’heure et de 13 dollars de l’heure pour les nouveaux travailleurs. Les travailleurs montréalais de Mabe gagnent entre 22 dollars et 30 dollars de l’heure. Quant aux travailleurs mexicains, le salaire mensuel moyen dans le secteur manufacturier était de 353 dollars en 2005.

On le constate, tout favorisait Louisville. Accuser le protectionnisme américain m’apparaît un non sens. Nous sommes dans un monde impitoyable où la concurrence internationale est omniprésente. On peut la nier et on peut s’en plaindre, mais ce mouvement est bien réel. Sans une meilleure productivité et une forte culture d’innovation, il sera difficile de tenir notre bout.

J’ajoute un bémol, le protectionniste est bien présent, mais pour une bonne raison, depuis que la Chine s’est intégrée à l’OMC, il y a dix ans, la mondialisation a eu des effets pervers

Nos multinationales, on fait systématiquement du chantage salarial, pourquoi le salaire de base n'est que de 14 $ de l'heure en commençant, ce qu'ils disent,  si vos salaires sont trop hauts, nous allons produire dans les pays émergents, dans ce cas-ci,
le Mexique.

Évidemment, le poids social américain ajouté au salaire d’un employé américain ne peut compétitionner avec un salaire mexicain, c’est pourquoi le salaire de départ d’un employé de GM est maintenant 14 $ de l’heure.

Un constat se présente, le pouvoir d'achat de la  classe moyenne américaine régresse depuis des années, une des causes principales: ce chantage, les Européens l’appellent le dumping social.

Pour faire contre poids à ce chantage, la politique américaine depuis quelque mois a sérieusement changé, surtout avec un haut taux de chômage et plus de 46 millions de pauvres, la pression du peuple commence à se faire sentir, contre une mondialisation littéralement débridée.

On le constate dans le dernier discours d’Obama à la population.

Il a ainsi annoncé que les entreprises qui maintiendront les emplois au pays seront récompensées. En revanche, celles qui délocaliseront à l’étranger seront frappées de nouveaux impôts.(1)

Il est très clair qu’ils vont commencer à pénaliser tous ceux qui se délocalisent.

Évidemment, quand la mondialisation leur profitait, ils n'avaient aucun souci.

Par contre, quand ils subissent les effets pervers, ils vont changer les règles du jeu,
ce sont les oligarques américains qui ont imposé la mondialisation,
c'est la politique américaine qui doit réparer les pots cassés.

Le Kentucky mise sur le secteur manufacturier pour développer son économie. Toyota y détient sa plus importante usine nord-américaine, Ford vient d’annoncer deux grands investissements totalisant 1,2 milliard de dollars, General Motors compte y produire ses nouvelles Corvette et Rio Tinto Alcan y a même une aluminerie, car le prix de l’électricité est nettement sous la moyenne américaine.

Les coûts de main-d’oeuvre sont aussi plus bas que la moyenne des États américains  (au 40e rang) et Louisville est au 108e rang (!) des agglomérations américaines pour l’ensemble des coûts des entreprises.

Les salaires sont bas, par contre, les gens sont de plus en plus pauvres,
c’est effet pervers doit cesser.

Les employés de GE à Louisville sont syndiqués, mais le taux de syndicalisation n’est que de 8,9 % au Kentucky. Il est de 39 % au Québec.

Pour le Québec, on est totalement déconnecté de la réalité, le Québec ressemble au Portugal, mais en Amérique du Nord, fortement endetté et une très faible productivité par rapport aux provinces où États de proximité, ça va fonctionner tant aussi longtemps que le marché obligataire, va nous passer de l'argent.

Pour toutes ces raisons, le magazine Forbes a fait de Louisville un de ses « Best Places for business ».