Ces baby-boomers qui cultivent leur confort sur le dos des plus jeunes

Cet article est valable pour tous les États-Providence.

Et il n’existe aucune autorité politique qui puisse émettre des prétentions sur sa vie, sa liberté et sa propriété honnêtement acquise, parce que le rôle d'un état limité est d'assurer sa liberté à lui contre les prédateurs et leur pillage.

Voilà la philosophie de l'individualisme et du capitalisme qu’il faut faire renaître parmi nos semblables, si nous voulons libérer notre société de l'emprise du tout-état et de son océan de dettes.

L'importance de la bataille des idées

Un tel appel à une bataille des idées politiques et économiques pourrait sembler irréaliste voire inutile vu l'urgence de nos problèmes politiques et budgétaires.

Ceux-ci ont mis la société de liberté au banc des accusés; ils ont falsifié la réalité du capitalisme et de ses résultats spectaculaires comme libérateur de l'homme face à la pauvreté, et ils ont ancré dans l’esprit de trop de monde une conception des créances politiques qui sert la volonté de puissance des paternalistes, et passe nécessairement par le pillage des membres de la société qui sont paisibles et productifs.

Il y a bien une crise budgétaire - le monde occidental atteint les limites de la possibilité de vivre d'argent emprunté, à partir de promesses irréalistes et de principes criminels.

Elle viole le principe de l’équité entre les générations, qui énonce que chaque génération devrait se développer sans pour autant nuire à l’aptitude de la génération suivante à se développer elle-même.


Extrait de : Ces baby-boomers qui cultivent leur confort sur le dos des plus jeunes, Pascal Ordonneau, Les Echos, 19/02/2012

La génération des "Baby-boomers" a-t-elle soigneusement organisé son ascension puis la défense de ses intérêts contre celles qui lui succédaient ? Peu importe, si on convient que les générations qui suivent sont dans une situation inégale, infériorisée par rapport à leurs prédécesseurs. Le livre"Les Génération déshéritées" décrit la situation et propose explications et solutions. Sans concession.

C’est un thème montant que celui de la crise intergénérationnelle où on montre que les « baby-boomers » ont tiré une large couverture à eux laissant, dans le froid et la nuit, les générations suivantes, celles de leurs enfants et de leurs petits-enfants. Cronos, de retour, dévorerait sa progéniture en toute tranquillité.

Il est utile cet ouvrage que livre Mickaël Mangot car, par quelque bout qu’on le prenne, le sujet est bien là et s’installe dans un débat qui ne concerne pas uniquement, comme on le pense trop souvent, la question du financement des besoins des générations par les ressources des autres, mais des questions de civilisation et de prise de conscience qui tournent autour de ce qu’on nomme "progrès et acquits".

« L’éducation, la productivité des actifs et l’espérance de vie de la population … Sur ces trois critères, il est clair que la situation n’a cessé de s’améliorer de génération en génération ». Ce petit livre fourmille d’informations chiffrées sur le niveau de vie des générations d’après la Seconde Guerre mondiale, insistant sur des données essentielles « Aujourd’hui 40% des jeunes générations ont un niveau d’études supérieures au baccalauréat, contre moins de 20% pour les générations au sortir de la guerre…. Les jeunes d’aujourd’hui devraient vivre plus longtemps. Ils auront plus de temps à leur disposition pour éponger la dette… ».

Les jeunes sont-ils condamnés à vivre moins bien que leurs parents ?

Générations déshéritéesLa situation économique que connaît la jeunesse aujourd'hui en France n'a plus rien de comparable avec celle qu'ont vécue les générations entrées dans la vie active durant les Trente Glorieuses :

·           la dette publique par habitant (27 000 euros) a été multipliée par cinq depuis la fin des années soixante-dix ;

·           le taux de chômage des jeunes (23%) par quatre ;

·           le taux d'effort des jeunes pour se loger (25% du revenu) par deux ;

·           le risque de déclassement social par un et demi.

Ne doit-on voir là qu'une injustice de l'histoire ou, au contraire, le résultat d'un système économique façonné à coup de politiques défavorables aux générations les plus récentes ?

L'explosion de la dette publique suffit pour ne pas exonérer de leur responsabilité les hommes politiques en poste depuis trois décennies. L'observation du patrimoine des baby boomers suggère qu'ils n'auront pas manqué d'en profiter. Les premiers peuvent-ils encore réparer l'injustice qu'ils ont contribué à créer ? Les seconds l'accepteront-ils ?

Pourtant, citant Saint Mathieu, « car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il n’a pas », l’auteur montre que la situation des générations qui ont suivi celle de 1946 s’est fortement dégradée, à ce point que les seniors à la retraite sont, en France les mieux lotis d’Europe et les jeunes de 15 à 24 ans, les moins bien.

« Cette génération (celle des "baby-boomers") a vécu au-dessus de ses moyens pendant sa période d’activité et la dette est là pour le rappeler ». Cette simple remarque conduit à une conclusion en forme de condamnation à l’encontre d’une véritable « spoliation intergénérationnelle….. ».

Exacte, la France a plus de 36 ans de déficits budgétaires, le Québec environ 20 ans,
si on élimine les magouilles comptables.

Il multiplie les chiffres et les courbes qui montrent en détail que «Le bien-être extraordinaire des baby boomers s’est (…) construit sur le dos des plus jeunes, via notamment des politiques qui n’ont pas respecté une nécessaire équité entre les générations ». Parmi les nombreux exemples, celui très sensible aujourd’hui de la dette « souveraine » : rapportée par habitant en terme de salaire moyen net, elle équivalait à deux mois et demi en 1970 et à un an,  aujourd’hui.

En dérive un problème de société : « Aujourd’hui le déclassement scolaire toucherait autour d’un jeune sur quatre (et entre 35 et 40% des titulaires du seul baccalauréat) au niveau du salaire ou au ressenti du salarié. » L’auteur n’hésite pas. Il sait qu’il gratte là où ça fait mal : « Un jeune sur quatre occupe un emploi pour lequel il est surqualifié ». Un développement bien documenté sur la question de l’ascenseur social montre que les générations présentes ne bénéficient plus d’aucun espoir solide de faire mieux que leurs parents.

La société française d’aujourd’hui est-elle prête à affronter ces défis qui ne relèvent pas simplement de l’économie ou du bien-être mais de l’idée qu’une société se fait d’elle-même, de son avenir et de sa position en tant que porteur de valeurs humaines et sociales dans le monde ? Si on suit l’auteur, le personnel politique Français risque d’être un frein dans la reconnaissance de cette situation et, par conséquent, dans les solutions à y apporter. « A l’Assemblée Nationale, le nécessaire dialogue intergénérationnel, se résume à des échanges entre quinquagénaires et sexagénaires. Aujourd’hui la chambre basse française est la plus vieille d’Europe de l’Ouest ». On a presque envie de conclure que « la messe est dite » !!!

Pourtant, il est urgent de travailler à définir des priorités et d’en assurer le financement. La priorité: « générations d’aujourd’hui et de demain » ne peut plus être contestée par personne. En revanche, la répartition des charges est toujours le curseur qui permet de mesurer le courage ou l’illusion politique ! C’est en ce sens que des ouvrages comme celui que Mickaël Mangot donne à lire sont indispensables. Le débat n’en est vraiment qu’à ses débuts. Il faut lui apporter des éclairages, des données et des concepts nouveaux.

Mais, pour qu'il progresse sans ombre ou sans faux-combat, il ne faudra pas que l’idée traditionnelle en France qui consiste à rechercher un bouc émissaire, un responsable (les baby boomers, les banques…) ne vienne pas brouiller les échanges d’idées sur l’état des lieux et sur les politiques à mener. Doit-on aux « baby-boomers »ces mesures que sont la « retraite à soixante ans »? ou «  les 35 heures »?, ou « l’accès général de tous aux Etudes Supérieures »? ou les doit-on simplement à une génération que "trente glorieuses" avaient rendu aveuglément optimiste?  L’ascenseur social ne fonctionnerait plus? A-t-on étudié la façon dont les jeunes issus de la « diversité », ceux des émigrations  espagnoles, portugaises, algériennes puis marocaines se sont insérés dans le marché du travail et dans la société française par comparaison à leurs parents et continuent à le faire?…. Et puis, n’est-il pas dommage que, dans ce livre bien documenté, rien ne soit dit sur le taux d’activité des femmes, sur leur accession massive au marché de l’emploi, sur leur formation etc?

Ce livre ne prétend pas tout dire, définitivement, sur une question complexe, son objectif est proposer des pistes pour la poser la plus utilement possible. C'est qu'il fait avec succès.