L’Allemagne, un modèle au banc d’essai


Extrait de : L’Allemagne, un modèle au banc d’essai, Marie Dancer et Sébastien Maillard, la-croix.com, 1/2/12

La réussite allemande en matière économique fait l’objet de débats dans le cadre de la campagne présidentielle.

Ø  Elle s’explique par des raisons multiples.

Ø  Passage en revue des points forts et des points faibles de l’économie allemande.

La réussite économique de l’Allemagne est l’un des grands thèmes de la campagne pour l’élection présidentielle française. Durant son intervention télévisée de dimanche pour présenter ses mesures destinées à restaurer la compétitivité de l’économie française, Nicolas Sarkozy s’y est constamment référé. À gauche, on est plus circonspect. Passage en revue des points forts et des points faibles de la première économie de la zone euro.

LES PLUS

Des dépenses publiques maîtrisées 

Dès la fin des années 1990, Berlin a lancé une stratégie de réduction des dépenses publiques, « passées de 48,4 % du PIB à 43,7 % entre 2003 et 2007 »,  relève l’Institut Thomas-More dans une étude datant de mai 2011, contre 52,7 % en France. En effet, « l’Allemagne,  décrypte François Ecalle, spécialiste de finances publiques à Paris I, estime qu’un État hypertophié plombe l’emploi et la croissance ». 

Une opinion partagée par Isabelle Bourgeois. Selon cette chercheuse au Centre d’informations et de recherches sur l’Allemagne contemporaine (Cirac), « Berlin recherche en permanence le bon équilibre entre la nécessaire intervention de l’État et le libre fonctionnement de l’économie.

ü  Le gouvernement accorde, par exemple, très peu de subventions directes aux entreprises ». 

Le Québec face à ses défis, Fascicule 1. (1-2), le portail du gouvernement du Québec présente 134 programmes de subventions et de crédits fiscaux aux entreprises. Le gouvernement paie 3,6 milliards $ par année « au titre du développement de l’industrie et des ressources »; en pratique, il s’agit surtout de subventions de toutes sortes aux entreprises. Trois mille six cents millions de dollars, c’est plus du double du chiffre équivalent pour l’Ontario avec beaucoup moins d’entreprises.

L’argent qui est perçu sur les entreprises rentables est distribué à d’autres groupes, réduisant ainsi leur compétitivité et faisant fuir les futurs investisseurs à cause du poids fiscal imposé par le Québec.

De plus, certaines entreprises qui reçoivent de l'aide liée aux salaires ne l'investissent pas, mais se servent de l'argent pour réduire les prix de leurs produits, c’est du cannibalisme subventionné.

·      Les méthodes d’évaluation pour savoir s’ils sont efficaces, sont inefficientes.

1.    Évaluations des divers programmes et politiques sont souvent manquantes.

2.    Sont, dans la presque totalité des cas, superficielles et ne résisteraient pas à une analyse économique un tant soit peu rigoureuse.

3.    Évaluations de ces programmes sont truffées de double, voire de triple comptage des résultats.

4.    Une ignorance plus ou moins consciente de leurs coûts réels.

5.    Évaluations ont souvent pour but d’apporter une caution « morale » à des interventions mal conçues des pouvoirs publics.

6.    Le programme engendre une culture de dépendance envers le gouvernement.

7.    Nuit à la transparence, masque les magouilles potentielles et donc les favorise, les mesures d’aide sont souvent formulées, justifiées ou critiquées à l’aide d’arguments subjectifs et contestables.

Par ailleurs, complète François Ecalle,

ü  « Berlin s’attache plus à l’efficacité de la dépense publique »

qu’à son montant.

Cahier spécial : Le modèle scandinave

Les Scandinaves paient beaucoup d'impôts, ils exigent en échange des comptes publics équilibrés et des administrations efficaces, performantes, accessibles et transparentes.

La fonction publique est largement décentralisée et gérée comme des entreprises du privé : comptabilités équilibrées, mises en concurrences, contrats temporaires, primes de résultats, salaires individuels, évaluations permanentes et en cas de non-satisfaction, licenciement immédiat.

Une culture de résultat, aucun privilège particulier entre les employés du secteur public ou du privé tous sont logés sur la même enseigne, pour que l’État soit efficace, tout le monde est imputable.

L’administration allemande a été modernisée, mais, surtout, le système de protection sociale a été profondément réformé :

1.      baisse de la durée d’indemnisation du chômage à un an (contre deux à trois ans avant) ;

2.      déremboursement de médicaments,

3.      report progressif de l’âge de départ à la retraite à 67 ans.

Une stratégie subie, dénoncent toutefois ses détracteurs, par les couches les plus fragiles de la société, chômeurs, travailleurs pauvres…

Des exportations dynamiques 

Parler de l’économie allemande, c’est forcément évoquer son formidable tissu de PME, le fameux Mittelstand , ces entreprises de 1 à 500 employés réalisant un chiffre d’affaires de 50 millions d’euros maximum. Elles représentent la quasi-totalité des sociétés chez notre voisin d’outre-Rhin, emploient plus de 70 % des effectifs du privé et sont responsables de la moitié des investissements. Les 154 milliards d’excédents commerciaux de l’Allemagne en 2010, on les doit aussi au dynamisme de ces PME, largement tournées vers l’exportation et qui bénéficient d’un soutien des caisses d’épargne, fortement implantées au niveau régional.

Mais aussi à la tradition industrielle que le pays a su maintenir. Les industriels allemands, qui ont limité les hausses de salaires ces dernières années, ont intégré dans leur stratégie les pays de l’ancienne Europe de l’Est, dans la foulée de la réunification. C’est « l’économie de bazar » : en délocalisant la production des pièces (automobiles, par exemple) dans ces pays limitrophes, l’Allemagne a profité d’une main-d’œuvre qualifiée et à moindre coût, tout en conservant l’assemblage final, le marketing, et en consacrant les économies ainsi réalisées à la recherche et à l’innovation.

Celle-ci représente, rappelle Jean-Michel Quatrepoint dans la revue Le Débat  (janvier 2012), « 2,8 % du PIB en moyenne sur 2000-2008, contre 2,3 % en France ».  Une recherche et développement qui leur permet de conserver une avance technologique et de renforcer la spécialisation de leur production, au-delà d’une compétitivité fondée sur le seul critère du prix.

Un bon système éducatif 

L’expression « chômage des jeunes » ne fait pas partie du vocabulaire allemand. Et pour cause. La proportion des moins de 25 ans en quête d’un emploi est identique à la moyenne nationale. « En Allemagne, il y a une adéquation entre formation des jeunes et besoins du marché du travail,  explique Isabelle Bourgeois. Le système d’apprentissage, par lequel passe 40 % d’une classe d’âge, est largement responsable de cette situation favorable. Et ce mode de formation concerne tous les secteurs d’activité , de l’industrie aux métiers tertiaires… » 

En Allemagne, l’apprentissage n’a rien d’une voie de garage, contrairement à la France. « L’apprenti est reconnu, il a un statut social, une paie. Et les entreprises sont volontaires, elles ne reçoivent aucune subvention »,  détaille Isabelle Bourgeois. Le système éducatif allemand se caractérise aussi par une grande souplesse dans la mesure où des passerelles permettent, à chaque étape, de passer d’un apprentissage à une formation généraliste, et vice versa.

Un dialogue social poussé 

 « Les réformes structurelles dont l’Allemagne tire désormais profit ont réussi parce qu’elles n’ont pas été seulement dictées d’en haut. Elles sont aussi le fruit d’un effort   collectif des entreprises, des partenaires sociaux et des Länder » , résume Daniel Gros, directeur du laboratoire d’idées ( « think tank ») européen CEPS. De fait, comme le confirme aussi l’économiste Isabelle Bourgeois, la compétitivité de l’économie allemande est « façonnée et favorisée par un certain mode de fonctionnement des institutions et des divers acteurs de la société » fondé sur « le dialogue et la coresponsabilité » .

Contrairement, ici, aussitôt que nous voulons faire des changements sur la rémunération, les horaires de travail ou sur la sous-traitance, c’est automatiquement la confrontation
avec les syndicats.

L’autonomie de négociation des partenaires sociaux est prévue par la Constitution. Ce dialogue social est construit autour des négociations par branches, comme pour le niveau des salaires et le temps de travail. Les syndicats sont ainsi responsabilisés. Pour eux, le recours à la grève n’est qu’une arme de dernier ressort et le compromis, une sortie de conflit honorable.

L’organisation fédérale du pays pousse aussi à ce partage des responsabilités. Entre l’État fédéral et les 16 Länder mais aussi au sein de chacune de ces entités. Comme le signale Isabelle Bourgeois, « ni la chancelière, ni un ministre président ne sont habilités à décider seuls » .

Contrairement, ici, avec notre mode de scrutin uninominal qui est totalement dépassé
(Il en reste 3 dans le monde, Royaume-Uni, Canada et Inde), mode de scrutin où notre premier ministre se comporte en dictateur.

Et bien sûr, aucun journaliste et média canadiens n’osent en parler, c’est un des trois sujets tabous de nos médias, l’oligarchie trop proche du pouvoir pour contester
la qualité de la gouvernance.

Mais, on peut constater que les pays démocratiques qui s’en sortent le mieux face à la crise ne sont pas foncièrement les plus riches, mais à la qualité de sa gouvernance.

LES MOINS

Précarité et pauvreté en hausse 

Le modèle allemand présente des « failles croissantes », font valoir ses détracteurs. Les bons chiffres du chômage, à son plus bas niveau depuis vingt ans (7,1 % de la population active), s’accompagnent d’une précarité accrue. D’après le bureau fédéral de l’emploi, sur 41,6 millions d’actifs en poste, un quart sont des emplois non soumis à cotisations sociales : les « mini-jobs » (payés 400 € par mois), les jobs à un euro de l’heure (exercés par les chômeurs n’ayant plus droit aux indemnités chômage)…

D’après l’institut de recherche DIW, dans un pays qui ne dispose pas de salaire minimum interprofessionnel, 1,2 million de personnes percevaient, en 2010, un salaire horaire égal ou inférieur à 5 € brut (smic en France : 8,5 €). Le nombre de travailleurs pauvres et le taux de pauvreté sont en hausse. « Il y a des gens qui ont deux ou trois emplois et qui ont quand même trop peu dans le porte-monnaie. Ce n’est pas concevable dans une société qui se veut humaine » , a reconnu la chancelière Angela Merkel en novembre. L’an passé, un rapport de l’OCDE a mis en avant le creusement des inégalités de revenus outre-Rhin depuis l’an 2000, en raison notamment de la montée du travail à temps partiel.

Pourquoi, cette pauvreté, pas unique à l’Allemagne, tendance générale dans tous les pays industriels, c’est la pression constante de rester en compétition avec les multinationales dans les pays émergents, au risque de se faire délocaliser, du simple chantage salarial.

Un pays vieillissant 

Avec plus de 81,7 millions d’habitants, l’Allemagne reste le pays le plus peuplé de l’Union européenne. Mais cette force démographique décline. Des années consécutives de faible natalité, conjuguée à une espérance de vie toujours en progrès, font de l’Allemagne un pays vieillissant. Environ 17 millions de personnes y ont 65 ans ou plus. À l’échelle du pays, ces « seniors » représenteront près de 30 % de la population à l’horizon 2030, selon un récent rapport des statistiques allemandes, pour qui « le marché du travail, le secteur de la santé et des soins de longue durée, les infrastructures et la protection sociale vont devoir s’ajuster »  à une société vieillissante.

Une des causes de la faible fertilité persistante (1,36 enfant par femme en moyenne) s’explique par le manque de structures de garde d’enfants. Les Allemandes doivent se mettre plus souvent à temps partiel dès le premier enfant qu’ailleurs en Europe.

L’immigration ne compense pas une croissance naturelle négative. Et la vive polémique née à partir du pamphlet du social-démocrate Thilo Sarrazin, L’Allemagne court à sa perte en 2010, sur l’islam outre-Rhin, a rappelé les difficultés d’intégration des populations étrangères.

Pas unique à l’Allemagne, beaucoup de pays dans les prochaines décennies vont avoir un problème de démographie, réduction des recettes fiscales.

As Canadians get older, economy gets weaker. Not only is this source of growth about to disappear, demographic aging is going to start being a negative contributor to economic growth: fewer workers mean less output.

Une stratégie non coopérative 

 « Prise dans une fuite en avant darwinienne vers la compétitivité, l’Allemagne refuse de voir que son modèle n’est ni viable à long terme, ni exportable à la totalité des pays de la zone euro. »  Selon les auteurs d’Inévitable protectionnisme (1), la stratégie allemande est non coopératrice et n’a fonctionné que parce que la fourmi germanique a bénéficié du marché constitué par les cigales européennes, en particulier les pays du sud de l’Europe. De fait, plus de la moitié des excédents commerciaux allemands ont été réalisés, en 2010, au sein de la zone euro.

Si la qualité du « made in Germany » est incontestable, la compression salariale engagée par Berlin depuis 2000 lui a aussi permis de gagner des parts de marché sur le Vieux Continent car les voisins, qui n’ont pas comprimé les salaires, avaient les moyens d’acheter tandis que les ménages allemands, eux, devaient se serrer la ceinture.

« Les excédents allemands ne sont que l’autre face des déficits des autres pays européens dont le modèle repose davantage sur la consommation », note l’ouvrage Inévitable protectionnisme. « Si tous les pays engageaient une telle stratégie simultanément, fait valoir un économiste, il n’y aurait plus d’acheteurs et on se dirigerait vers une dangereuse spirale déflationniste ! »

Voici, le sérieux dilemme des Allemands, ils ne veulent pas supporter les Grecs, les Portugais et toute la panoplie d'États insouciants, mais ils ont profité de cette insouciance, car étant peu compétitifs, ils ont largement exporté dans ces pays.

C’est un peu comme la Chine avec les Américains, achetons leurs dettes pour qu’ils consomment nos produits, tout en délocalisant leurs industries et
en renforçant notre base industrielle.

Les Allemands sont dans la même logique, donnons-leur du crédit, on va exporter
et renforcer notre base industrielle.

Malheureusement, cette approche mercantile à sens unique ne fonctionne pas
à long terme, car les pays deviennent insolvables à la fin.