L’art de financer sa propre dette

Évidemment, l’économie mondiale est un vrai château de cartes, quand les États achètent leurs propres dettes, on a un sérieux problème de confiances.

Un article écrit par un économiste qui prend les investisseurs obligataires pour des parfaits imbéciles.


Extrait de : Les habits neufs des dirigeants européens, Jean Pisani-Ferry, Huff Post (France), 30/01/2012

Donald Tsang, le chief executive de Hong Kong, l'a avoué tout crument : cela fait trente ans que j'exerce des responsabilités publiques, a-t-il dit, et je n'ai jamais eu aussi peur. Peur de l'onde de choc d'une crise lointaine née dans un petit pays de la périphérie européenne, dont les effets percolent dans tout le système économique mondial. Et surtout, peur des préventions des Européens, qui ne veulent pas trop s'écarter des chemins balisés. En 1997-98, leur a-t-il dit, au plus fort de la crise asiatique, je n'ai pas reculé devant les mesures radicales : comme ministre des finances, j'ai même acheté des actions pour stabiliser le marché. Alors ne craignez pas d'être radicaux, ne craignez pas de trop en faire, et faites vite.

A Davos en janvier comme à Cannes en novembre ou à Washington en septembre, un seul sujet a encore une fois focalisé l'attention : la crise européenne. Chacun a exprimé son inquiétude, chacun y est allé de son conseil aux responsables de la zone euro, en général pour leur dire qu'ils manquaient toujours d'ambition et d'audace. Comme d'habitude, ceux-ci se sont (à l'exception de Mario Draghi, le président de la BCE) exprimés sans beaucoup de force et d'éloquence. Et pourtant, la zone a aujourd'hui une stratégie de réponse à la crise, elle a commencé de la mettre en œuvre, et elle peut afficher quelques résultats. Cela ne veut pas dire que cette stratégie soit sans problèmes, au contraire plusieurs points méritent amplement débat. Mais avant de la discuter il faut la comprendre.

Cette stratégie repose sur trois volets :

1.      traiter la crise grecque,

2.      maintenir les banques à flot,

3.      et forcer les Etats à l'austérité.

Grèce :

Sur la Grèce les Européens ont passé deux ans à hésiter : fallait-il aider ou pas ? Fallait-il qu'Athènes rembourse ses dettes ou faire payer ses créanciers ? Ils ont pour l'essentiel tranché. Dans les négociations avec les banques ils poussent à une forte réduction de la dette grecque, de l'ordre des deux-tiers en valeur actualisée. Les questions en suspens restent de savoir si Athènes va passer une loi pour étendre l'accord de réduction de dette aux créanciers qui ne sont pas partie prenante à la négociation (les hedge funds notamment) et si la Banque Centrale Européenne, qui est devenue créancière en achetant des titres grecs sur le marché, va devoir participer à l'effort (elle bénéficiera certainement d'un traitement particulier). Mais on est loin de l'obstination à prétendre que la Grèce était solvable qui prévalait jusqu'à juillet dernier, loin même de la mini-réduction de dette sur laquelle on s'était mis d'accord à l'été. Pour autant, la crise grecque n'est évidemment pas terminée. Elle peut à tout moment rebondir, et jeter le trouble sur les marchés. Personne ne peut garantir que l'allégement de la dette suffira à fournir les bases d'un redressement de l'économie, et l'Europe, qui pourrait faire plus pour la croissance avec les instruments dont elle dispose, hésite à s'engager dans une intervention plus ambitieuse. L'Allemagne, qui s'énerve de plus en plus devant les atermoiements du gouvernement d'Athènes, va jusqu'à demander que le contrôle du budget soit confié à un proconsul. Tout le monde se demande aussi si le Portugal va suivre les traces de la Grèce. Mais au moins, une étape va être franchie.

Encore, on oublie dans ce raisonnement le facteur humain, on résout le problème de la comptabilité, mais on ne résout pas le problème du 40 % de chômage chez les jeunes, ou l’économie est totalement en panne n’étant pas compétitive, conflit sociaux, conflit politique et tous le bordel que ça occasionne.

Typique commentaire d’un économiste, qui regarde la spécificité du problème sans regarder l’ensemble du problème.

Peut-être les finances sont sécurisées temporairement, mais c’est une bombe à retardement.

La BCE

Sur le deuxième volet, celui des banques, la BCE a pris le taureau par les cornes en engageant fin décembre une opération massive de prêt à trois ans au système bancaire. On sait aujourd'hui, sur la base des statistiques qui viennent d'être publiées, que la zone euro était en cours d'asphyxie sous l'effet d'une brutale contraction du crédit, et que l'attrition des prêts interbancaires menaçait de mettre à bas les établissements de crédit les plus fragiles. La fourniture de liquidités a soudainement remis de l'oxygène dans le système bancaire, et a permis aux banques de recommencer à acheter des titres d'Etat, avec pour effet une baisse des taux d'intérêt payés par l'Espagne ou l'Italie.

Évidemment, quelle remarquable magouille du système, on donne de la liquidité aux banques pour acheter des bons souverains, car le marché normal (imputable) n'y fait plus confiance, c'est comme imprimer de l'argent, la seule différence, on imprime du crédit, tout un beau château de cartes, au lieu d'attaquer le problème de l'insolvabilité, on transporte le problème à plus tard, conséquences les banques vont avoir tellement de bonds pourris, que ceux-ci risquent de sauter à la prochaine vague.

Dans le même temps l'action de la BCE a tranché un débat qui avait occupé tout l'automne : Francfort a fait clairement comprendre que sa mission était de s'occuper des banques, et qu'il appartenait aux Etats de se sauver eux-mêmes. Cette action d'urgence ne résout pas les problèmes de fond, elle pourrait même accentuer la dangereuse interdépendance entre banques et Etats si les banques espagnoles utilisent la liquidité qui leur est fournie pour acheter des obligations d'Etat espagnoles et les banques italiennes des obligations italiennes. Mais éloigne un peu les menaces immédiates.

Évidement, il le dit lui-même, ça ne résout pas le problème de fonds, pensez-vous que le marché obligataire va avoir plus confiance, toutes ces entourloupettes ne fonds qu’aggraver la situation.

Discipline budgétaire

Le troisième volet est apparemment budgétaire, mais en réalité aussi économique. Avec le nouveau traité à vingt-cinq sur la discipline budgétaire les Européens ont, à l'insistance de l'Allemagne, choisi de lire la crise à travers le prisme grec, et de donner priorité à la répression des manquements à la discipline budgétaire. Cette lecture est contestable, parce que l'Espagne ou l'Irlande n'ont jamais été pris en défaut d'observance du Pacte de stabilité, parce qu'elle oublie quel a été le rôle du crédit privé dans l'accumulation des déséquilibres des années 2000. Mais il serait erroné de soupçonner ses promoteurs d'aveuglement ou de naïveté. Ceux pour qui la rédemption passe par l'austérité sont convaincus que seule une cure forcée d'assainissement budgétaire convaincra les gouvernements de réformer leurs économies. Comme Mario Draghi, le président de la BCE, l'a dit à Davos, nous avons traversé diverses conjonctures au cours des dernières années, des périodes de taux d'intérêt haut et bas, mais certains pays (il pensait visiblement à l'Italie) n'ont jamais réussi à croître. Cette crise doit être l'occasion de lever les obstacles à l'investissement et au développement. C'est largement pour la même raison que l'Allemagne refuse d'augmenter la hauteur du "pare-feu" au-delà des 500 milliards d'euros sur lesquels l'accord s'est fait en décembre : à trop mettre les gouvernements à l'abri des marchés, pense-t-elle, on risque de décourager les intentions de réforme.

L'austérité est donc plus qu'une potion amère destinée à remettre d'aplomb les finances publiques, elle est pensée comme l'aiguillon de la transformation économique. Le pari est osé : la multiplication des plans de rigueur peut entraîner les Etats dans un cercle vicieux, l'astreinte budgétaire peut, comme on l'a vu en Grèce, décourager les efforts de réforme économique plutôt que les stimuler. Après tout, les gouvernants disposent d'un certain capital politique, qu'ils doivent allouer entre le rétablissement des comptes et la mise en œuvre de réformes. L'un peut facilement contrarier l'autre. Mais encore une fois, on ne peut pas reprocher à l'Europe de ne pas faire de choix.

Le problème, avec ce raisonnement, quand vous avez un pays qui a perdu de sa compétitivité, ça peut prendre des décennies à la rétablir, si au moins  l'économie mondiale était propre, par contre, elle est totalement pourrie.

1.      Premier constat, votre monnaie unique empêche au pays en difficulté d'améliorer leurs compétitivités en dévaluant leurs monnaies respectives.

2.      Deuxième problème, comme je mentionne souvent et aucun économiste sérieux n'a pu me répondre, comment fais-tu pour compétitionner un Chinois qui est aussi brillant et entreprenant que toi, mais fait dix fois moins que toi.

Même si les Européens donnent toujours l'image de l'indécision et de la division, les choses ont donc en fait changé : une stratégie se met en place, dont les prochains mois et les prochaines années nous diront les effets.

Des années, pensez-vous les jeunes, vont attendre stupidement pendant des années et perdre une ou deux générations pour satisfaire une Économie mondiale qui est fissurée de toute part, en leur donnant entre temps des trilliards de dettes créés par des politiciens irresponsables et d'un peuple de rentiers qu'ils veulent garder leurs privilèges.

Franchement, cessez de vivre dans votre tour d’ivoire, il est grand temps que vous ayez une sérieuse mise à jour sur l’économie réelle et quelques cours de philosophie et d’anthropologie, car de sérieux conflits sociaux se préparent.

Je comprends, pourquoi les jeunes économistes, en on marre de ce discours qui manque totalement de réalité, par contre, soyez assurés si le marché n’achète plus de ces bonds, eux, ils ne sont pas dupes, car ils sont encore imputables.

Cette stratégie ne repose pas sur un renforcement de l'intégration entre pays participant à l'euro, comme l'ont proposé différents observateurs - y compris, à Davos, David Cameron, le premier ministre britannique, dans un surprenant discours mêlant critique acerbe de l'Union européenne et appel au renforcement de la zone euro ; ou du moins elle ne l'implique pas encore. Elle ne passe pas par un renforcement de la capacité d'intervention sur les marchés que les Etats-Unis jugent indispensable, et dont un certain nombre de pays partenaires font la condition d'un soutien à la zone euro via le FMI. Et malgré les encouragements des chefs d'Etat à des initiatives de croissance, elle assume le risque qu'une récession finisse par décourager les énergies des gouvernants plutôt que de les stimuler. Elle est donc contestable et risquée, et c'est pour cela sans doute qu'elle fait peur à Donald Tsang. Mais, au moins, elle existe.

Stratégie, pour masquer l’insolvabilité des États-Providences.