Les promesses brisées des pharmaceutiques

Peut-être un jour on va avoir un politicien qui va arrêter ce massacre, ou c’est le peuple qui va se révolter.

Vive la mondialisation débridée.


Extrait de : Les promesses brisées des pharmaceutiques, Michel Munger,  Argent, 8 février 2012

Le Québec a voulu faire du secteur pharmaceutique un phare économique. Depuis quelques années, les géants mondiaux abandonnent plutôt la recherche et développement (R&D). Ils se contenteront de maintenir des bureaux de vente, menaçant ainsi les laboratoires du secteur public.

Ces critiques et affirmations sont faites par plusieurs experts qui acceptent mal les fermetures en série des centres de recherche des pharmaceutiques.

Les grandes pharmas ne prennent pas ces décisions par plaisir, reconnaît Mario Lebrun, directeur général de BioQuébec. Les médicaments génériques grugent les ventes mais les investisseurs exigent encore de gros profits.

«Quand vous promettez une croissance à deux chiffres, vous devez la livrer, lance M. Lebrun. Pendant un moment, les pharmas l'ont fait par des fusions. Maintenant, elles réduisent la recherche et en confient une partie à d'autres laboratoires.»

Évidemment, toujours le même comportement, l’avidité des actionnaires
peu importe les conséquences

Les pays émergents s'imposent comme nouvelle destination des centres de recherche, indique Bertrand Bolduc, pharmacien et président du conseil du fabricant Galenova.

«Le marché des pays industrialisés est trop mature afin d'y investir, regrette-t-il. En Russie, Vladimir Poutine répond qu'il faut s'installer tout de suite, car son pays sera autosuffisant en médicaments d'ici 20 ans. Les pharmas n'ont pas le choix si elles veulent accéder à ces marchés.»

De simples succursales

En fermant leurs laboratoires, les pharmas rompent toutefois un engagement pris en 1987. Elles promettaient de miser au moins 10% de leurs ventes en R&D. En échange, le Québec remboursait les médicaments brevetés pendant 15 ans - la «règle de 15 ans» - et maintenait les prix élevés.

«Les bureaux deviennent de simples succursales, dénonce Mario Lebrun. Ce qui reste est le marketing, la production et la vente. Quand Johnson & Johnson met fin à la recherche dans l'Est de Montréal, il ne reste plus grand chose.»

Les chiffres compilés par le Conseil d'examen du prix des médicaments brevetés le prouvent. En 2010, les sociétés investissaient un maigre 6,9% de leurs ventes en R&D au Canada. La dernière fois que l'engagement des pharmas a été respecté, c'était en 2000.

Recul important

En dollars, la recherche a diminué de 7,4% à 1,18 G$ au Canada en 2010. Le Québec dévorait 40% des sommes, soit un recul de cinq points depuis 2004.

L'avenir est sombre à court terme mais tout n'est pas terminé, signale Bertrand Bolduc. Les biotechs suscitent encore de l'espoir malgré leur haut niveau de risque.

«Quand ça marche bien, on peut devenir milliardaire, raconte-t-il. Quand ça ne marche pas, on peut tomber en faillite. Il ne restera pas que ces biotechs, mais aussi les chercheurs des institutions publiques, en plus de ceux qui font du travail clinique.»

Attention, avertit Mario Lebrun. Comme dans la nature, la disparition de grands acteurs heurte le reste de la chaîne alimentaire.

«Ça fait mal aux centres de recherche dans les hôpitaux universitaires, qui veulent être concurrentiels sur la scène internationale, remarque-t-il. Ils perdent des alliés. L'écosystème a besoin de poissons de petite taille et de grande taille, publics et privés.»

L'hécatombe de l'emploi

Les fermetures heurtent aussi la main d'oeuvre. On assiste à l'hécatombe en recherche, particulièrement du côté des biotechs. En 2010, 53 de ces sociétés employaient 1200 personnes, contre 75 compagnies et 2100 travailleurs cinq ans plus tôt, selon le ministère du Développement économique du Québec.

Au début et à la fin de la période, les grandes pharma employaient 8100 personnes, mais le nombre de firmes est passé de 30 à 24.

La croissance se trouve dans les génériques. En 2010, 34 entreprises comptaient pour 5000 emplois. Cinq ans plus tôt, on en dénombrait 19, qui employaient 4100 personnes.

Le recensement du ministère est fait aux deux ans et Mario Lebrun prévoit un fort déclin de l'emploi en 2012.

Pour les occidentaux, le premier but recherché est de baisser leurs coûts.

Aux États-Unis, les sous-traitants spécialisés dans la recherche factureraient au moins 250 000 dollars aux laboratoires pour les services d’un seul chimiste titulaire d’un PhD.

Avec un partenaire indien, le même travail peut être effectué pour environ un cinquième de ce tarif.

Malheureusement,  pour vous l’histoire se répète, pour les actionnaires vous êtres
5 fois trop chers, et votre
QI n’est pas supérieure à un Chinois ou un Indien. (1).

SI LE CAPITAL ET LA TECHNOLOGIE MIGRENT LÀ OÙ LE TRAVAIL EST LE MOINS CHER, 
IL N’Y A PLUS D’AVANTAGES COMPARATIFS

Une plus grande efficacité

Le recul marqué des biotechs a au moins le mérite de favoriser l'efficacité, selon lui. «Un changement de philosophie s'est produit au sein du gouvernement. On avait auparavant tendance à saupoudrer le financement, en espérant qu'une molécule sur trois ou quatre soit un succès. Aujourd'hui, il y en a moins en développement.»

La nature du travail change elle aussi, soutient Michelle Savoie, directrice générale de la Grappe des sciences de la vie et des technologies de la santé du Montréal métropolitain. Les pharmas font plus de sous-traitance auprès de chercheurs contractuels.

«Des laboratoires présents au Canada font ce type de gestion, dit-elle. Les étapes précoces du développement s'externalisent de plus en plus.