Les suédois ont réagi en pragmatiques

Cela fait quelque temps que je n’ai pas parlé du modèle suédois, il y a deux ans, un cahier spécial Le modèle scandinave avait été écrit.

En fait, on connaît très bien les recettes pour rendre un État efficace, par contre cela prend deux ingrédients majeurs.

1.      Des politiciens responsables ayant du courage politique.

2.      Et un peuple mature.

Malheureusement, s’il manque un des deux ingrédients, c’est voué à l’échec.

Le problème avec les États-Providence, vous obtenez des services sans payer le coût du service réel et vous transportez le fardeau de la dépense sur les futures générations.

Donc, trop de richesse a été distribuée et même à crédit, sans avoir les moyens de la supporter financièrement.

Et, comme le peuple a reçu ces bonbons empoissonnés, elles refusent de s’en défaire, oui, les politiciens ont leurs parts de responsabilité, car c’est eux qui ont le contrôle du budget, mais la population a aussi sa part de responsabilité, par paresse intellectuelle ou en jouant tout simplement à l’autruche, on refuse de voir la vérité.

Et le phénomène «pas dans ma cour», maintient cet immobilisme, les Suédois en 90 ont eu une sérieuse crise économique et ils ont réagi avec maturité.

Est-ce que les États providence ont assez de maturité ou vont-ils attendent, au point que c’est le marché financier qui vas dicter l’ordre du jour ? À vous de choisir.


Une crise financière sans précédent

Mais il y a bien plus. Comme les lecteurs réguliers de ce blog l’ont lu par ailleurs, la Suède a connu entre 1990 et 1993 une crise financière sans précédent, liée entre autre à la légère dépression économique qui a suivi la première guerre du Golfe. Alors que la dépense publique était déjà élevée (52% du PIB), la Suède a été confrontée à une explosion des prestations dues par son état providence, aussi la dépense publique annuelle est elle passée à 67% du PIB (en 1993), le déficit public annuel à 12% du PIB, alors que le chômage passait en trois ans de 3 à 12% de la population active.

L’état s’est retrouvé financièrement étranglé. La banque de Suède, confrontée à une fuite massive de capitaux, ira jusqu’à proposer d’emprunter à court terme jusqu’à… 500 pour cent pendant quelques heures dans le vain espoir de soutenir sa monnaie, avant de capituler et de dévaluer sévèrement la couronne suédoise en novembre 1992, au détriment du pouvoir d’achat des suédois, bien évidemment. On peut clairement parler ici d’éclatement d’une bulle étatique, par analogie avec les bulles spéculatives boursières.

Les suédois ont réagi en pragmatiques

Le Modèle suédoisFort heureusement pour eux, les suédois ont réagi en pragmatiques et ont décidé de revoir de fond en comble les fondamentaux de leur état providence afin de redresser leur situation fort compromise.

Aussi, si la Suède n’est pas devenu un état "ultra libéral" au sens de la phraséologie des adversaires du libéralisme, la libéralisation de ce pays devrait faire réfléchir plus d’un défenseur de l’interventionnisme étatique à la Française. Magnus Falkehed décrit dans son livre "le modèle suédois" les réformes qui furent adoptées:

  • Fonction publique : plus aucun fonctionnaire non régalien n’a la sécurité de l’emploi. Les effectifs publics ont fondu de… 38%. Un équivalent suédois du National Audit Office anglais soumet les administrations à une pression réformatrice permanente.
  • Education : Les écoles reçoivent leur budget en fonction du nombre d’élèves inscrits. On n’est plus très loin du système de chèque éducation évoqué.

1.       Il n’y a plus d’obligation pour les parents d’inscrire leurs enfants dans leur quartier, même si les écoles publiques ont toujours obligation de recevoir les enfants de leur zone si les parents le veulent.

2.       Les directeurs d’écoles peuvent recruter, fixer la rémunération et licencier librement leurs enseignants. Ils sont libres de leurs choix pédagogiques, l’état fixant seulement les niveaux à atteindre dans les grands corps de savoir fondamentaux.

3.       Les écoles sont constamment évaluées et les plus mauvaises écoles publiques (les collectivités locales participent toujours au financement à travers les locaux) sont soumises à une pression très forte de leurs conseils d’administrations et des parents d’élèves.

4.       Les services annexes aux écoles (cantines, garderies, bibliothèques) ont connu des améliorations spectaculaires. Les salaires des bons enseignants ont fortement progressé. Les plus mauvais, en revanche, ont parfois dû changer de métier.

  • Santé : Le système de santé, sans être privatisé, a été fortement libéralisé, le secteur public et le privé étant incités à monter des "réseaux de santé" en partenariat afin d’optimiser leurs ressources et de se spécialiser là où ils sont les meilleurs.
  • Retraites : La Suède a adopté une réforme des retraites par répartition qui prévoit que les cotisations soient fixes (18.5% de la rémunération brute), et que la retraite versée varie en fonction et de l’âge du départ en retraite,

1.       en tenant compte de l’espérance de vie réelle au moment du départ,

2.       et de la conjoncture, en fonction de la rentrée des cotisations.

Ce système, pratiquement impossible à mettre en déficit sauf improbable cataclysme guerrier.


Extrait de : Le modèle Suédois n'est plus celui que l'on croit, Objectif Liberté


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    # by Anonyme - 16 février 2012 à 16 h 46

    Au Québec, il manque les deux ingrédients.