Renminbi, nouvelle valeur refuge

Intéressant, cet article.

Pas encourageant pour les pays développés, évidemment, l’argent se déplace ou l’économie est prospère, malheureusement pas à notre avantage et certainement pas dans des pays qui impriment de l’argent pour payer les comptes courants.


Extrait de : Renminbi, nouvelle valeur refuge, Jean-Christophe Gérard Responsable des investissements HSBC Private Bank (Suisse) SA, Le Temps (Suisse), 01/02/12

Le réflexe de vendre les actifs émergents, en cas de plus grande volatilité des marchés est encore là. Cela pourrait changer. En 2011, alors que le franc ou l’or ne pouvait entièrement jouer leur rôle de refuge, les investisseurs ont fait le choix de la devise chinoise «offshore»

Pendant longtemps, les investisseurs ont divisé la planète en deux blocs:

1.      d’une part, les marchés sans risque, les pays développés et

2.      d’autre part, les marchés à fort risque, les pays émergents.

Les défauts de paiement chroniques de ces derniers supposaient en effet une prime de risque et une volatilité supérieure.

Aujourd’hui, le monde a changé. Le centre de gravité économique s’est déplacé vers le Sud et l’Est, tandis que la frontière entre pays émergents et pays développés s’est atténuée.

Ainsi :

·         La zone euro compte désormais deux pays dont la note souveraine est «junk» (obligations «pourries»).

·         Alors que sept nations émergentes ont atteint la note «Investment Grade» (l’investissement est sûr, c’est-à-dire BBB- minimum), incluant de grands pays comme la Russie, le Brésil, l’Inde ou encore plus récemment l’Indonésie, notée BBB- le 15 décembre 2011 par Fitch).

Rappelons aussi que certaines nations dites émergentes ont été mises à contribution par le FMI à hauteur de milliards de dollars pour venir en aide à la zone euro… Un comble, lorsque l’on sait que c’est exactement l’inverse qui se produisait il n’y a pas si longtemps.

Euro, dollar américain et livre anglaise ont perdu de leur pouvoir d’attraction. Ces devises offrent des rendements bas aujourd’hui et pour longtemps – taux officiels entre 0,25 et 1% alors que les devises émergentes rapportent en moyenne 5,25% en Europe, 6,3% en Amérique latine et 4,6% en Asie.

De plus, la croissance économique mondiale sera en baisse en 2012, mais particulièrement basse, voire négative dans la zone euro, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis – respectivement – 1%, + 0,3% et +1,5% selon HSBC – à comparer avec une croissance dans les pays émergents attendue à + 5,9%. Enfin, ces trois pays sont englués dans leurs problèmes de dettes, et pour longtemps. Bien entendu, les portefeuilles d’investissement globaux restent principalement investis sur ces trois devises. Pourtant, la recherche de la qualité poussera à diversifier le risque de change et à se tourner vers de meilleurs élèves.

Dans le monde développé, le choix est limité. Le franc suisse est bien entendu notre préféré en termes de fondamentaux et de liquidité. Cependant, la récente décision de la Banque nationale suisse de défendre 1,20 comme cours minimum pour l’euro contre franc suisse a détourné l’attention des investisseurs et spéculateurs. Cette décision courageuse de la BNS a porté ses fruits, même si cela ne sera pas suffisant pour la Suisse qui ne pourra éviter la crise mondiale. En attendant, une allocation au franc suisse est appropriée. En cas de stress violent dans les marchés, le cours minimum contre euro de 1,20 serait alors clairement attaqué par les marchés et le franc s’apprécierait violemment.

D’autres pays développés comme la Norvège, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande présentent aussi des fondamentaux solides avec des taux de croissance économique attendus entre +1,6 et +3,4% en 2012. Ces devises ne sont pas historiquement bon marché, mais ont l’avantage de profiter de taux directeurs relativement attractifs. Leur gros défaut est leur illiquidité et donc leur vulnérabilité en cas de forte volatilité. Une allocation raisonnable à ces trois devises est judicieuse, sans excès.

Ne trouvez pas la situation légèrement ironique, vous avez les pays démocratiques parmi les mieux gouvernés au monde (Transparence et Imputabilité), et ils sont pénalisés parce qu’ils deviennent des valeurs de refuges, car une forte monnaie réduit la compétitivité de leurs entreprises.

La préférence des investisseurs ira aussi aux devises de certains pays émergents. C’est là que l’on pourra trouver de forts fondamentaux, des dettes souveraines relativement limitées, des taux directeurs attractifs – même si certains taux sont déjà en réduction, crise oblige – et des perspectives de croissance plus fortes. Pourtant, ces devises ont en général connu une année 2011 en deux temps: un premier semestre en hausse (par exemple, le real brésilien s’est apprécié contre le dollar de 8% de janvier à juillet) puis un second semestre plus difficile (la même devise a perdu 18% d’août à décembre). Si certains analystes imputent cela à la baisse de la croissance de ces pays ou aux dynamiques de baisse de taux, la véritable raison est l’aversion temporaire aux risques.

Les investisseurs ont en effet encore le réflexe de vendre les actifs émergents en cas de hausse de la volatilité des marchés et de chercher refuge sur le dollar.

Mais à moyen terme, lorsque les marchés se seront habitués à la difficile situation dans laquelle nous nous trouvons, les investisseurs chercheront qualité et rendements. Et ils trouveront cela chez les meilleurs élèves des pays émergents.

Le meilleur exemple est le renminbi chinois offshore (CNH). Il faut savoir que si la devise officielle chinoise est le renminbi (CNY), il existe aussi un marché du renminbi offshore, moins ­contraignant et plus facile à traiter pour les investisseurs. Ce qui s’est passé fin 2011 sur cette devise est révélateur d’un changement de comportement.

Alors que le stress des marchés financiers montait en automne 2011, beaucoup d’investisseurs ont recherché une devise refuge.

·         Or, le franc suisse – du fait de son nouveau lien à l’euro – ne pouvait plus jouer ce rôle entièrement.

·         L’or, lui, était devenu particulièrement cher et volatile.

·         Du coup, les investisseurs se sont tournés vers le dollar américain – et ce malgré ses faiblesses intrinsèques – mais aussi vers le renminbi chinois off­shore (CNH).

Résultat, le CNH s’est apprécié de plus de 4% en 2011 en devenant la première devise émergente refuge.

Cette évolution est logique et irrémédiable. Au vu de l’instabilité de l’économie mondiale, la recherche de la qualité sera la priorité des investisseurs pour les temps futurs. Et aujourd’hui, la qualité et la sécurité se sont déplacées vers le monde émergent. Les devises principales – dollar, euro, livre et franc suisse – continueront de jouer un rôle primordial, mais en nette baisse au bénéfice des principales devises émergentes, renminbi en tête. Une tendance de fond s’installe…