La crise a réveillé les tentations protectionnistes

Je vous l’avais dit, nous allons revenir dans un monde protectionniste.

Le dérapage de la mondialisation

Comme on ne s’accorde sur rien au G20, les politiciens imputables à leurs peuples vont devoir protéger les emplois en réduisant le dumping social.


Leadership économique mondial

Mais, si on regarde la réalité, il n'y a pas de leadership économique mondial, ni de la part des Etats-Unis, ni d'autres pays.

En fait il y a plus de conflits et de désaccords que de la coopération sur de très nombreux domaines : la politique monétaire, la politique budgétaire, les taux de change, la libéralisation commerciale, sur la réforme du système monétaire international, la sécurité alimentaire, le réchauffement climatique...

Cela ressemble à un monde G-zéro et non au G20.

Nouriel Roubini

Source : Une restructuration de la dette en Europe est inévitable


Dumping social

L'expression récente « dumping social », péjorative, est employée pour désigner la concurrence entre les travailleurs, qui se serait exacerbée du fait de la mondialisation économique.

À l'échelle mondiale, avec des différences de coûts salariaux entre pays pouvant aller de 1 à 30, le dumping social a pris toute son importance.

Cette ignorance et surtout la volonté de la cacher dénotent un pourrissement du débat et de l’intelligence, par le fait d’intérêts particuliers souvent liés à l’argent.

Les salaires et les prestations sociales des pays riches sont contraints à la diminution par la compétition considérée déloyale des pays aux plus faibles coûts du travail (dont le coût de la main-d'œuvre fait partie) et considérés comme les moins avancés en matière de protection sociale (concept occidental).

Dans les pays modernes, dans lesquels on a un équilibre entre le marché et la démocratie, la justice sociale peut s’exprimer.

Cela ne peut plus être le cas pour les pays désormais grand ouverts au marché mondial.

Source : Dumping social (Définition)


Extrait de : La crise a réveillé les tentations protectionnistes, Par Arnaud Rodier, le Figaro, 13/03/2012

DÉCRYPTAGE - Le nombre de mesures protectionnistes dans le monde est passé de 220 en 2010 à 340 en 2011. Les entreprises europénnes en souffrent notamment dans les pays émergents, estime Bruxelles.

La plainte conjointe des États-Unis, de l'Europe et du Japon contre la Chine n'est pas surprenante. L'Organisation mondiale du commerce (OMC) a déjà jugé illégales, l'été dernier, les restrictions imposées par Pékin sur ses exportations de matières premières en général. Et l'argument de la Chine selon lequel ses quotas de «terres rares» visent à «protéger l'environnement et permettre un développement durable»ne trompe personne.

La Chine, qui a enregistré en février un déficit commercial de 31,5 milliards de dollars,

1.      soutient ses industriels à coup de subventions et

2.      en maintenant sa monnaie, le yuan, à un niveau délibérément sous-évalué.

Mais à l'heure où le «Buy European Act», à l'image du «Buy American Act», s'invite dans la campagne électorale française, on peut s'inquiéter d'un réveil du protectionnisme dans le monde.

Si l'on en croit l'ONG suisse Global Trade Alert, les tensions commerciales sont «à leur niveau le plus haut depuis la crise de Lehman en 2009» et, depuis juillet 2011, «les mesures protectionnistes ont dépassé celles de libéralisation à raison de trois pour une».

Dans son dernier rapport sur les obstacles au commerce, Bruxelles estime que les entreprises européennes «souffrent d'un renouveau de protectionnisme, notamment dans les pays émergents».

Ce renouveau ne concerne pas seulement l'Asie. Au Brésil, où la croissance est tombée de 7,5% en 2010 à 2,7% l'an dernier, le ministre des Finances a décidé une hausse de 30% des taxes sur les véhicules importés dont les pièces ne sont pas à 65% au moins «made in Mercosur» (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay, Venezuela). La confédération nationale de l'industrie de ce pays réclame de nouvelles mesures de soutien.


Extrait de : Sarkozy appelle l'Europe au patriotisme économique, Cyrille Lachèvre, Le Figaro.fr,  12/03/2012

Le candidat UMP a formulé trois propositions pour que l'Europe se batte à armes égales avec ses concurrents internationaux.

L'économie française ne sera protégée que si l'Europe lui fait rempart. C'est en substance le message de Nicolas Sarkozy qui a lancé dimanche un appel solennel à l'Union européenne pour qu'elle se batte à armes égales avec ses concurrents internationaux: «L'Europe ne peut pas être la seule région du monde à ne pas se défendre (…). Nous ne pouvons pas subir la loi des pays les plus forts dans le monde.»

Principaux pays visés, ceux qui pratiquent le protectionnisme mais inondent en retour les économies développées de leurs produits.

«Le libre-échange, oui! la concurrence déloyale, non»,

a martelé Nicolas Sarkozy.

Le candidat UMP a ainsi formulé trois propositions:

1.      D'abord, la mise en place d'un «Buy European Act», sur le modèle du «Buy American Act».

Initiée en 1933 durant la Grande Dépression, cette loi protectionniste permet au gouvernement et aux États fédérés de privilégier les entreprises américaines dans certains secteurs, lorsqu'ils passent des commandes publiques. En copiant cet exemple, «les entreprises qui produiront en Europe bénéficieront de l'argent public européen», a expliqué Sarkozy.

2.      Remettre sur pied un «Small Business Act» européen

Deuxième proposition, qui décline la première: les PME européennes devront pouvoir davantage bénéficier de la commande publique. Il s'agirait de remettre sur pied un «Small Business Act» européen, sur le modèle de celui qui existe aussi aux États-Unis. «La France exigera que les PME européennes aient une part des marchés publics qui leur soit réservée.»

Ce faisant, Nicolas Sarkozy reprend un ­thème qu'il avait déjà porté lors de sa campagne de 2007. Une fois élu, et avec l'appui de la chancelière allemande, il avait porté ce dossier dans les couloirs de Bruxelles et permis la création, en 2008, d'un «Small Business Act» européen. Mais le texte, combattu par de nombreux pays nordiques, est le fruit d'un compromis bancal: il vise plutôt à soutenir financièrement les PME, en leur offrant accès à des guichets bancaires, qu'à leur réserver une part de commande publique.

3.      Elle exige la réciprocité commerciale avec ses partenaires

Enfin, Nicolas Sarkozy attend de l'Union européenne qu'elle exige la réciprocité commerciale avec ses partenaires. Il a affirmé qu'il se battrait dans ce sens à Bruxelles et propose que les futurs accords commerciaux signés par l'UE avec des pays tiers soient soumis à l'approbation des chefs d'État des 27. La négociation des accords commerciaux est en effet, jusqu'à présent, une compétence exclusive de la Commission et de la présidence européenne.

Sur ces propositions économiques, comme sur la révision du fonctionnement de l'espace Schengen, Sarkozy menace: «Si aucun progrès sérieux» n'était enregistré avec ses partenaires européens dans les 12 prochains mois, la France «appliquerait unilatéralement ces règles.


Extrait de : Le recours aux mesures protectionnistes augmente, Yann Le Galès, Le Figaro, 12/03/2012

Les pays du G20 ont pris 122 mesures défensives entre novembre 2010 et avril 2011, contre 54 entre mai 2010 et octobre 2010, selon une étude du cabinet de conseil Roland Berger.

Les Chinois ont frappé fort. Ils ont décidé de geler les commandes de 45 Airbus pour protester contre la taxe carbone que la Commission européenne impose depuis le 1er janvier à toutes les compagnies qui survolent l'espace aérien européen . Pékin rappelle avec éclat qu'il dispose de très solides arguments quand un partenaire commercial ose le défier.

L'empire du Milieu sait aussi faire jouer la préférence nationale. Il impose à six secteurs de haute technologie d'acheter chinois. La Chine n'est pas le seul pays à utiliser toutes les armes à sa disposition pour défendre ses intérêts.

D'autres États jouent volontiers la carte du patriotisme et du protectionnisme. Aux États-Unis, le Pentagone a choisi en février 2011 l'américain Boeing au détriment d'Airbus pour s'équiper de 179 avions ravitailleurs. La bataille, qui a connu de formidables rebondissements, a duré dix ans. En France, plus de 180 députés ont signé en juin 2011 une pétition appelant Air France à s'équiper d'Airbus et non pas de Boeing.

Large panoplie de mesures

Selon une étude réalisée par le cabinet de conseil Roland Berger, le recours aux mesures protectionnistes défensives est en nette augmentation. Les pays du G20 ont pris 122 mesures défensives entre novembre 2010 et avril 2011, contre 54 entre mai 2010 et octobre 2010. Les premières ont concerné des importations pour un montant de 77 milliards de dollars. Les secondes pour 31 milliards de dollars. Ils ont puisé dans une large panoplie de mesures qui va des quotas aux normes techniques, sanitaires ou environnementales, en passant par les procédures administratives, la limitation de l'accès aux marchés publics, les restrictions à l'export. Les pays peuvent également passer à l'offensive en accordant des soutiens à un secteur industriel, des subventions à l'export, prendre des mesures antidumping ou augmenter les droits de douane.

L'Europe peut être d'autant plus tentée de se protéger, que le déficit commercial avec la Chine s'est élevé à 170 milliards d'euros en 2010 et qu'elle a perdu 3,3 millions d'emplois industriels entre 2003 et 2009 alors que la Chine créait 56 millions d'emplois dans l'industrie pendant la même période.