L’État est en guerre contre l’épargne


Extrait de : Une attaque sournoise contre les pensions, Pierre-Yves St-Onge, La Vitre Cassée,  Mars 22

La planification financière de la retraite compte sur un taux de rendement minimum pour atteindre ses objectifs, que ce soit à travers des placements personnels ou un fonds de pensions. Les actuaires font leur prévisions avec un taux de rendement estimé qui leur permette de calculer si un régime possédera les fonds suffisants pour verser les prestations à ses membres le temps voulu.

Depuis plusieurs années, on note que bien des régimes de pension sont en déficit actuariel, déficit qui devra être comblé soit par des contributions de l’employeur ou bien par des contributions additionnelles des employés. On nous rappelle régulièrement que le vieillissement de la population est la cause de ce problème. À mesure que la population vieillit et que nous avons moins de travailleurs actifs pour payer les pensions des retraités, il devient de plus en plus lourd pour ceux-ci de payer assez de contributions pour assurer les paiements. Ce problème est très réel, et une conséquence directe du mode de gestion des régimes à bénéfice défini.

Mais ce n’est pas toute l’histoire, et le reste de l’histoire, les autorités n’ont pas intérêt à nous en parler: l’État est en guerre contre l’épargne. On nous répète depuis au moins une décennie que pour sauver l’économie, il faut sortir la carte de crédit et dépenser car la reprise ne peut arriver sans le consommateur. On sabre dans les taux d’intérêts dans le même but:

Encourager l’emprunt des ménages et décourager l’épargne.

Mais cela a des répercussions sur les plans de pension. Des fonds qui sont gérés sur une très longue période pour de tels buts ont une grande partie de leurs actifs sous forme d’obligations.

Quand les gouvernements manipulent le prix du crédit et amènent les taux d’intérêts à des niveaux artificiellement bas comme présentement, les fonds de pension ont deux choix:

1.      Continuer à investir les fonds des employés de façon traditionnelle et voir les rendements chuter – ce qui amène sans faute des déficits accumulés car les rendements ne suffisent pas;

2.      Ou bien chasser les rendements élevés en investissant dans des placements à plus haut risque.

Les placements à risque semblent une bonne idée… jusqu’à ce que ça pète, comme en 2007/2008, et nous avons vu les résultats avec la Caisse de Dépot, par exemple.

Tout à fait d’accord, devant cette impasse qui est loin de se terminer, oublier cela, les taux d’intérêt ne pourront pas augmenter substantiellement, car les États-Providence seraient en faillite.

Donc, ce qu’il faut faire et l’auteur n’ose pas en parler, c’est de réduire les attentes des prestataires.

De plus, l’interférence gouvernementale ne se limite pas à manipuler les taux d’intérêts. Les règle du jeu sont aussi changées en cours de route. Traditionnellement (et par traditionnellement, je parle des lois sur la propriété qui sont multi-centenaires), les règles sont établies en cas de défaut de paiement pour les personnes et les entreprises. Un système d’hiérarchie permet de repérer assez facilement qui sera payé en premier lors d’un faillite corporative, et cela permet aux investisseurs d’évaluer le risque d’un placement, et donc son prix. Quand le gouvernement intervient dans ce processus établi, il brouille les signaux qui permettent d’évaluer les placements, car l’investisseur ne sait plus à quoi s’attendre. Un très bon example est la faillite de General Motors. Lorsque la situation est devenue critique pour cette compagnie, le marché a pu donner une valeur aux obligations de GM, car les investisseurs obligataires connaissaient leur rang dans la liste de qui serait remboursé en premier, ainsi que la valeur probable des actifs de la compagnie. Le marché pouvait donc tenter d’établir un prix pour les obligations qui reflétait le risque de ne pas être payé entièrement. Le gouvernement, ayant pris le contrôle de GM par une loi spéciale, a déterminé unilatéralement combien ces déteneurs d’obligations (les véritables propriétaires de la compagnie en cas de faillite) obtiendraient, et ont unilatéralement accordé des parts de la compagnie à eux-mêmes (gouvernements américain et canadien) ainsi qu’aux syndicats des travailleurs de la compagnie. Si ce n’était de la loi spéciale, ceci aurait été qualifié de vol pur et simple. Les investisseurs… qui sont en grande partie des retraités, des fonds de pensions ou des compagnies d’assurances ont perdu beaucoup dans cette affaire, et, si elle sont sages, verront avec scepticisme toute garantie derrière une obligation, corporative ou gouvernementale. Donc, en fait, cette mesure nuit aux fonds de pension.. mais aussi à la reprise car elle nuit à la crédibilité d’un contrat légal.

On constate la même situation avec le défaut de paiement de la Grèce, volontaire ou pas, un haircut de 70 %, donc les gestionnaires de fonds ont de moins en moins confiance aux obligations souveraines, car s’il y a un défaut de paiement, les pouvoirs politiques peuvent modifier la donne, selon leur propre agenda politique.

Le gouvernement américain fait actuellement la même chose présentement avec les hypothèques, dans le but d’aider les familles qui ont spéculé sur l’achat de leur maison et se retrouvent maintenant en mauvaise posture en forçant la réouverture des contrats sous de nouveaux termes. La famille qui voit ses paiements ou son capital dû réduit est bien sur heureuse de voir ses obligations réduites, mais ces changements de viennent pas de l’ether – le propriétaire de l’obligation de l’autre côté de la transaction doit en payer la note. Et encore une fois, bien souvent, celle-ci a été revendue soit en MBS ou directement à un fond de pension ou une compagnie d’assurance…

Ici, je dois ajouter un bémol, le gouvernement américain a quasi imposé que les gens à faibles revenus pussent avoir accès à la propriété, de plus, il ne faut pas oublier comment notre système financier a aussi abusé de la situation en falsifiant les risques.

Alors, aidez le peuple, quand il y a de magouilles à tous les hauts niveaux est la moindre des choses, il ne faut pas oublier que c’est le peuple qui a sauvé le monde financier mondial de la dérape, il faut toujours être nuancé.

Et je ne vais pas plaindre le système financier, le peuple devient de plus en plus pauvres, si nous prenons comme exemple nos banques canadiennes, ils font plus de 24 milliards de profit, en oubliant les Hedges Funds et les Shadow Banks dans les paradis fiscaux.

Donc, ne vous étonnez pas si votre pension est en difficulté. Elle est belle et bien attaquée de toute part, et non seulement par la démographie, mais par l’État qui déteste l’épargne.