Notre maison brûle et nous regardons ailleurs

Un étrange parallélisme : 5 lignes du discours de Roosevelt en 1936.

En 1936, au Madison Square Garden, en campagne pour sa ré-élection, Roosevelt, confronté aux forces réactionnaires du capital, arc-boutées dans la préservation de toutes leurs licences, Roosevelt, donc, fait de la politique à la hauteur de l’histoire (1) :

« Nous avons à lutter contre les vieux ennemis de la paix – le business et les monopoles financiers, la spéculation, les banques déchaînées (…)

Ceux-là ont commencé à faire du gouvernement des Etats-Unis une simple dépendance de leurs affaires (…)

Jamais dans notre histoire ces forces n’ont été liguées comme aujourd’hui contre un candidat. Elles sont unanimes dans la haine qu’elles me portent – et j’accueille cette haine avec plaisir. »


Extrait de : "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs...", Bertrand de Kermel, Les Echos, 23/02/2012

Ban-ki-moon le 4 juin 2012 :

Nous ne pourrons construire un monde juste et équitable que lorsque nous accorderons un poids égal aux trois composantes du développement durable, à savoir les :

1.  Composantes sociale

2.   Économique

3.  Environnementale

 Voilà l'enjeu du Sommet mondial de Rio de juin 2012.

En prenant l’exemple du prochain Sommet mondial du développement durable, qui se tiendra à Rio en juin prochain, Michel Rocard vient de publier une très intéressante chronique sur le cercle, mettant en évidence l’incapacité des dirigeants de la planète, depuis le début du XXIe siècle, à s’attaquer aux grands problèmes et à les régler avec le souci de l’intérêt général.

Je voudrais revenir quelques instants sur le sujet proprement dit de Rio, car l’enjeu est crucial, et il est étonnant que ce thème n’ait pas été abordé depuis le début de la campagne.

Le 3 juin 2011, à Beyrouth, Monsieur Ban-ki-moon, secrétaire général de l’ONU, déclarait

"Nous ne pourrons construire un monde juste et équitable que lorsque nous accorderons un poids égal aux trois composantes du développement durable, à savoir les composantes sociales, économique et environnementale…"

La proposition n’était pas nouvelle. Elle s’inscrivait dans la droite ligne de la déclaration finale du Sommet de la Terre, à Johannesburg, signée par plus de cent chefs d’État et l’Union européenne, en 2002. Il y a dix ans ! Ce jour-là, il faut décider sans ambiguïté de s’engager dans le développement durable, autour de ses trois piliers intrinsèquement liés : pilier économique, pilier social, pilier environnemental.

La question n’est donc plus de savoir s’il faut choisir le développement durable. Ce choix a été fait à Johannesburg en 2002. La question posée à Rio sera de le mettre en œuvre concrètement. Nous avons déjà perdu dix ans.

Il faut donc obtenir que le Sommet de Rio conclut à :

1.      L’organisation d’une négociation multilatérale, pour mettre sur un pied d’égalité le droit du commerce, le droit à la santé, le droit social et le droit environnemental, dans les échanges mondiaux.

2.      L’élaboration d’un plan précis assorti d’une proposition de calendrier pour parvenir à ce résultat.

Pour cette négociation multilatérale, une des solutions techniques consiste à utiliser le système dit de la question préjudicielle. Cela fonctionne parfaitement dans la plupart des pays développés. Cette mise sur un pied d’égalité des trois piliers du développement durable a été réclamée par trois fois sur la scène internationale par la France entre 2008 et 2010 (Cf  www.pauvrete-politique.com).

Et qu’on ne nous refasse pas le coup des "esprits qui ne sont pas prêts". Lorsque nous aurons une guerre (ou plus probablement des guerres civiles), les esprits devront s’adapter à vitesse accélérée. L’hypothèse n’est pas aussi improbable qu’on le pense.

Le futur Président de la France devra "taper du poing sur la table" très fortement, ne serait-ce que pour obtenir un impact médiatique majeur. Des arguments, il en aura autant qu’il le voudra. Outre le volet écologique, voici une liste des dysfonctionnements du système économique qui ne se règleront pas tant que l’on n’encadrera pas la mondialisation dans une politique de développement durable.

1.      Le principe de la réciprocité des échanges, que l’on ne retrouve ni dans les faits (déséquilibre avec la Chine, par exemple) ni dans le droit (problème évacué dans les négociations de l’OMC). Pourtant c’est la base même de la théorie libérale.

2.      Un système monétaire digne de ce nom. Nous sommes aujourd’hui dans un "non-système monétaire", comme le soulignait le Président de la République française en janvier 2011 lors de ses vœux à la presse.

3.      De plus, jamais dans l’histoire, il n’y a eu simultanément une libéralisation des échanges sur la planète dans un contexte où les capitaux circulent en toute liberté et très rapidement sur toute la planète.

4.      Enfin, les économistes ont fondé leurs théories sur la supposition que les hommes poursuivent exclusivement leurs propres intérêts. Mais ils oublient soigneusement de mentionner l’insistance exprimée par Adam Smith sur la nécessité DE VEILLER AU BIEN D’AUTRUI pour que la société fonctionne de manière harmonieuse. On cherche vainement cette notion dans les accords de l’OMC.

5.      Si on y ajoute :

a)      Le développement de paradis fiscaux,

b)      La corruption (voir le dernier rapport de l’ONG Transparency International et le pitoyable classement de la France), un champ d’action des Tribunaux resté national, avec des Tribunaux qui coopèrent très mal entre eux sur la planète,

c)      Les manipulations fiscales rendues possibles par le fait que le commerce est mondialisé, mais que les contrôles fiscaux sont restés nationaux (problème des prix de transferts intragroupes), tous les abus sont possibles.

C’est ce qui permet de mener une politique court-termite du "tout tout de suite", avec priorité absolue à la rentabilité sur toute autre considération. L’équation économique consiste ensuite à maintenir en permanence un rapport de force favorable à cette politique, en organisant le marché pour qu’il soit en permanence déséquilibré.

Ainsi :

1.      Dans une économie où le système social offre une réelle protection aux salariés, le taux de chômage doit être suffisamment élevé pour que la pression salariale soit faible, puisque la rentabilité exigée du capital est forte. (système européen).

2.      Si l’on veut un taux de chômage faible, il faut réduire la protection sociale, puisque la rentabilité exigée du capital est forte. (système anglo-saxon)

Cela signifie plus de précarité et plus de pauvreté.

D’où la réapparition du phénomène de "travailleurs pauvres" que l’on croyait disparu. En Europe, devant les échecs de notre "modèle social", et sans le dire, nous sommes en train de basculer dans le système anglo-saxon. Cela ne change strictement rien à l’équation.

À moyen et long terme, nous allons à la catastrophe, car :

·         Aucune famille de peut vivre et se développer harmonieusement en vivant en permanence en situation de chômage ou de précarité et de pauvreté.

·         Le chômage ou la précarité interdisent de fait une élévation des compétences.

·         Ils permettent la montée d’inégalités abusives.

·         Ils ne permettent pas de préparer une retraite pour les vieux jours, etc.

Enfin, cerise sur le gâteau : les inégalités commencent à paraître comme un vrai problème de la planète !   Pour l’édition 2012 du Forum de Davos, un rapport basé sur une enquête auprès de 469 experts mondiaux soulignait ce point ajoutant qu’il risque de "faire dérailler la mondialisation et menace la planète" !

Conclusion : en raison de toutes ces anomalies très difficiles à corriger maintenant, le pouvoir politique réel a largement glissé entre les mains des plus grands acteurs économiques.

La reprise du pouvoir passe par le développement durable.

C'est pourquoi les Chefs d'État ont eux-mêmes intérêt à aller dans ce sens à Rio.