Secteur manufacturier en perdition

Trois articles sur le sujet, le secteur manufacturier va mal au Québec, c’est bien beau le Plan Nord, mais le Plan Sud ?

Au cours des dernières décennies, le gouvernement québécois pour gagner la faveur populaire à ajouter des coûts aux secteurs manufacturiers sur la masse salariale.

De plus, il ne s’est pas ajusté en fonction de la hausse du dollar canadien en réduisant les coûts d’opérations des entreprises.

Ajouter un fardeau réglementaire trop lourd, une syndicalisation à outrance et une agressivité fiscale, tous des facteurs combinés qui détruit la compétitivité québécoise face à ses concurrents de proximité, d'autant plus que les États américains invitent les manufacturiers québécois et ontariens à se délocaliser vers les États-Unis.

Le secteur manufacturier est la colonne vertébrale de ton économie, car elle est moins susceptible d'être délocalisé facilement  de plus, elle donne de bons salaires à la classe moyenne.

Par contre, si l’environnement d’affaires n’est plus approprié, elle risque de cesser ces opérations ou se délocaliser pour sa survie.


Extrait de : Aide aux entreprises - Un plan pour le Sud!, Jean-Robert Sansfaçon, Le Devoir, 12 mars 2012  Actualités économiques

Depuis 2000, le Québec a perdu 150 000 emplois dans le secteur manufacturier, souvent au profit de l'Asie et du Mexique, mais aussi d'États américains prêts à consentir mer et monde pour courtiser des entreprises. Malgré le fait que le Québec soit la province qui consacre le plus d'argent à ce chapitre, le nombre d'emplois manufacturiers a diminué autant qu'en Ontario, toutes proportions gardées. Un plan pour le Nord, c'est bien, mais un plan pour le Sud, ce serait mieux.

Ottawa et à Queen's Park, les gouvernements ont annoncé qu'ils procéderaient à des réformes en profondeur de leurs programmes de soutien à l'entreprise, notamment de ces fameux crédits d'impôt à la recherche dont les études ont montré qu'ils étaient aussi coûteux qu'inefficaces.

Exact, totalement inefficace et très peu cibler, surtout gagner des votes.

Au Québec, province très généreuse en la matière, les ministères à vocation économique ont déjà entrepris de faire le ménage en fusionnant l'ancienne SGF et Investissement Québec, en éliminant certains programmes désuets et en en regroupant d'autres pour offrir des services intégrés.

Lancé dans la foulée du retour à l'équilibre budgétaire en 2013-2014, l'exercice devrait aussi permettre d'économiser 300 millions $ par année, estime le Conseil du trésor. Ce qui assez peu, quand on sait que

·         le Québec consent chaque année plus de 3,3 milliards $ sous forme de crédits d'impôt,

·         près d'un milliard en subventions, prêts et garanties de prêts et

·         sûrement autant en rabais d'électricité aux entreprises les plus énergivores.

C'est dire que le gouvernement québécois accorde, chaque année, davantage à quelques milliers d'entreprises — souvent les mêmes — que les 4 milliards $ qu'il perçoit chez l'ensemble des sociétés en impôts sur leurs profits.

Exacte, on subventionne plus que les recettes fiscales provenant des entreprises, d’où le pourquoi que le fardeau fiscal principale du Québec est sur l’épaule de la population.

Ce qui n’incite pas à créer de la richesse avec des taux d’impôts si élevés.

Cela dit, il est entendu qu'un petit pays comme le Québec doit soutenir ses entreprises comme le font tous les gouvernements de la planète. Reste à savoir comment et lesquelles.

Dans le cadre du Plan Nord, ce sont des centaines de millions, voire des milliards, de dollars en fonds publics qui seront injectés pour favoriser l'exploitation des ressources. Selon une projection modélisée publiée récemment par SECOR, cet ex-employeur de l'actuel ministre des Finances, les 28 milliards d'investissements miniers projetés dans le cadre du Plan Nord créeraient ou maintiendraient l'équivalent de 37 000 emplois au cours des 25 prochaines années. Ce qui exclut Hydro-Québec, dont les 47 milliards $ d'investissements seront effectués de toute façon, Plan Nord ou pas!

Car chez Hydro-Québec ont construit des barrages non rentables pour maintenir des emplois, avec une telle approche on se demande pourquoi on est dans la merde.

37 000 emplois maintenus, ce n'est pas rien! Mais ce n'est pas non plus la panacée, quand on sait que le Québec doit créer, chaque année, au moins deux fois ce nombre de nouveaux emplois et les maintenir par la suite pour faire face aux besoins. Sur 25 ans, nous aurons donc besoin d'au moins un million de nouveaux emplois permanents!

L'exploitation minière étant cyclique, nous ferions preuve d'aveuglement en misant surtout sur les mines et la forêt pour l'avenir.

Beaucoup de sens, mais chez nos politiciens carriéristes, ce sont des petits détails, on fait miroiter au peuple que c’est la solution miracle, à défaut d’avoir un plan concret pour rééquilibrer la situation en notre faveur.

Mais créer un environnement sain pour notre secteur manufacturier, il faudrait éliminer beaucoup de bonbons et de privilèges, ce qui est à l’encontre de nos politiciens, car ils risquent de ne plus se faire élire.

Si les ressources ont toujours occupé une place importante, leur apport ne peut pas se substituer à une économie de transformation, de fabrication et de services de pointe. Comme cela s'est fait par le passé, le gouvernement québécois doit innover dans sa façon d'inciter les entreprises qui le méritent, et seulement celles-là, à créer et commercialiser des biens et services à valeur ajoutée. Pour y parvenir, une révision stratégique et scientifique des programmes d'aide s'impose, au lieu de l'exercice technocratique à huis clos auquel les sous-ministres se sont livrés depuis deux ans.

Depuis des décennies, trop de recherche et développement ne vont pas au processus de commercialisation.


Extrait de : L'Eldorado dans le Nord, la saignée à Montréal, Jean-Philippe Décarie, La Presse, 22 mars 2012

(Montréal) Depuis plus de deux ans maintenant, toute l'action économique du gouvernement du Québec gravite essentiellement autour de la mise en marché de son Plan Nord. S'il est louable de vouloir assurer un développement organisé de nos ressources naturelles, il ne faut pas que le Plan Nord devienne un nouvel Eldorado, un mirage qui masque la dure réalité économique qui afflige nos entreprises manufacturières dans le Sud, à Montréal.

Le dernier budget de Raymond Bachand illustre bien combien le Plan Nord est devenu la pièce centrale de la stratégie économique du gouvernement libéral. C'est devenu le projet qui mobilise toutes les énergies des agences gouvernementales à vocation économique.

Investissement Québec va doubler à 1,2 milliard le montant de ses interventions dans la mise en place du Plan Nord au cours des cinq prochaines années.

Sa nouvelle filiale Ressources Québec prendra même des participations au capital-actions de certaines sociétés minières, recyclant ainsi une idée lancée par Jacques Parizeau.

Une idée pas bête quand les choses vont bien, mais qui peut rapidement tourner au cauchemar quand le cycle minier change soudainement de direction.

En 1977, Jacques Parizeau était bien fier d'annoncer la nationalisation des deux principaux producteurs d'amiante du Québec, mais l'aventure a coûté combien aux Québécois lorsque ce minerai a été brutalement banni par de nombreux organismes de santé publique du monde entier?

La demande pour les métaux est forte. Québec multiplie les annonces de projets d'investissements, mais il suffit que la demande ne fléchisse - même légèrement - pour que les prix s'effondrent et que l'on décide de reporter des investissements annoncés.

Le Plan Nord se résume pour l'instant à une route de 250 kilomètres qu'on est en train de construire entre Temiscami et le projet de la mine de diamants Renard.

Rio Tinto a payé 38 milliards, en 2007, pour faire l'acquisition d'Alcan, lorsque le marché de l'aluminium était à son sommet. Aujourd'hui Rio Tinto regrette amèrement d'avoir si cher payé une entreprise dont elle est en train de revendre certains morceaux pour réduire la dette colossale qu'elle a contractée.

Exactes, toutes multinationales qui se respectent ont de sérieuses pressions pour maximiser leurs profits, 30 à 40 % de marge de profit devient quasi une religion par la dictature des actionnaires.

Donc, des petites usines à 5 à 10 % de profits ne cadrent plus dans les projets de Rio-Tinto, donc on se débarrasse de ces usines encombrantes, même s’ils sont rentables.

Bref. le secteur minier est modulé par des cycles et les changements de cycles peuvent produire des interruptions d'activités tout aussi soudaines que brutales.

La réalité sudiste

Parlant d'interruption d'opérations soudaine et brutale, celle annoncée par la société Aveos de Montréal - l'avant-veille du dépôt du budget Bachand - a été comme tout le monde l'a constaté particulièrement odieuse.

Jeter ainsi à la rue 2400 travailleurs sans aucun préavis, pour se placer le lendemain sous la protection de la loi des faillites tout en continuant d'exploiter des installations à moindres coûts au Salvador, est un bel exemple de délocalisation sauvage.

Au moment même où Raymond Bachand faisait la lecture de son budget à Québec, l'imprimeur Transcontinental annonçait dans un communiqué laconique la fermeture de deux usines, une en Nouvelle-Écosse et une à Montréal. Dans chacun des cas ce sont 250 emplois qui sont éliminés.

La fermeture des usines d'Aveos et de Transcontinental, à deux jours d'intervalle, vient s'ajouter à une série de fermetures d'entreprises manufacturières à Montréal depuis deux ans.

Il y a eu la fin des activités de la raffinerie Shell et la perte de ses 800 emplois. Puis l'annonce de la fermeture d'Electrolux à l'Assomption et la disparition de ses 1300 postes d'ici 2014, des emplois qui seront transférés à Memphis, au Tennessee. La firme Technicolor de Mirabel a cessé ses activités l'été dernier et supprimé l'emploi de ses 130 salariés.

Enfin, en janvier dernier, c'est le fabricant d'électroménagers Mabe qui a annoncé la fin de ses activités canadiennes et leur déménagement au Mexique d'ici 2014 entraînant la disparition des 740 emplois de cette usine de l'est de Montréal.

C'est non seulement un secteur d'activité économique névralgique qui est attaqué de toutes parts, mais c'est aussi le coeur économique du Québec qui est en train de se saigner.

À preuve, Montréal affichait en mars 2009 un taux de chômage de 7,8%, égal à celui de Toronto. Aujourd'hui le taux de chômage à Montréal est de 9,2% alors qu'il est à 8,6% à Toronto, 5,1% à Québec et 8,1% à Trois-Rivières. Montréal a vite besoin d'un plan d'attaque, mais il semble que le développement des ressources naturelles ait fait perdre le nord à certains.


Extrait de : Secteur manufacturier à Montréal: l'hémorragie se poursuit, André Dubuc, La Presse, 22 mars 2012

(Montréal) Mardi a été une journée catastrophique pour le secteur manufacturier à Montréal. Transcontinental (T.TCL.A) a annoncé la fermeture d'une usine dans l'est de la ville entraînant la perte de 250 emplois, tandis qu'Aveos, qui fait l'entretien des avions d'Air Canada, se mettait en faillite et remerciait 1800 employés. Les mesures du budget Bachand seront-elles suffisantes pour stopper l'hémorragie qui afflige le secteur manufacturier?

«Pas à court terme, c'est sûr. Le budget annonce des mesures bien alignées avec les intérêts des manufacturiers, mais ce sont des petites mesures. On ne parle pas ici d'une grande initiative pour relancer le secteur manufacturier», dit Simon Prévost, président de Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ).

L'économiste de formation se réjouit particulièrement du crédit d'impôt de 10% sur les taxes sur la masse salariale pour les travailleurs âgés, dans un contexte de rareté de la main-d'oeuvre.

Transcontinental a annoncé mardi la fermeture de l'imprimerie Rivière-des-Prairies Quad Graphics au 8000, avenue Blaise-Pascal vers le 30 juin. L'imprimeur cherche à maximiser le taux d'utilisation de ses installations à la suite de l'acquisition de six anciennes usines de Quebecor World. D'autres rationalisations sont à prévoir. La société prévient que l'annonce d'hier marque le début de l'intégration de ces six usines. En 2011, Transcontinental avait supprimé 200 emplois, dont 90 à l'imprimerie Gagné de Louiseville.

Imprimeur et éditeur, Transcontinental est frappé de plein fouet par le déclin de l'imprimé. La société avait annoncé la suppression de 1500 emplois en 2009, en réaction à la récession. Les fonds publics ou parapublics étaient venus à la rescousse de la famille Marcoux. La Caisse et le Fonds FTQ avaient avancé chacun 100 millions. L'ex-SGF avait aussi allongé 50 millions.

«On sait que l'imprimé n'est pas en croissance, on accepte cela. On a développé par ailleurs une offre de services dans les nouveaux médias. Notre stratégie est de renforcer nos acquis dans l'imprimé et l'édition tout en bâtissant les nouveaux marchés pour nos clients», a confié François Olivier, PDG de TC Transcontinental, à notre chroniqueur Jean-Philippe Décarie la semaine dernière.

Ces nouveaux marchés sont le marketing, la diffusion et la distribution internet. Ce secteur représente 10% des revenus annuels, soit 200 millions. Transcontinental veut augmenter ce pourcentage à 15% ou 20% d'ici cinq ans.

Pour une politique industrielle intégrée

Dans ce contexte, que doit-on espérer des mesures annoncées dans le budget Bachand à l'intention des manufacturiers? «Il n'y a pas un budget qui va empêcher les mises à pied chez Transcontinental, répond Simon Prévost. Il s'agit d'une question de gestion interne, de surcapacité de production et d'évolution de la demande de leurs produits. D'ailleurs, Transcontinental en achetant un concurrent a peut-être évité la fermeture de six usines, au lieu de deux, car, à ma connaissance Quad Graphics n'en voulait pas d'installations canadiennes.»

Dans le budget de mardi, le gouvernement propose une aide supplémentaire à l'exportation incluant une entente de 600 000$ sur trois ans entre Export Québec et MEQ. Il entend aussi mettre en place un crédit d'impôt remboursable pour aider les PME à diversifier leurs marchés à l'exportation. Six millions seront consacrés aux technologies de l'information au sein des PME. Il met de l'argent pour augmenter l'offre de formation professionnelle. Des mesures plus senties cherchent à stimuler les exportations dans le vêtement, la forêt et l'agroalimentaire. Le ministre élargit l'application du crédit d'impôt pour l'investissement au secteur de la transformation du minerai.

Pour M. Prévost, quoique appropriées ces mesures ne rendent pas moins urgente l'élaboration d'une politique industrielle intégrée qui réduira les taxes sur la masse salariale - les plus élevées au pays- et assurera une meilleure adéquation entre la formation de la main-d'oeuvre et les besoins en emploi.

Bien sûr M. Prévost, ça fait des années que vous prônez cette approche, le Rapport que vous avez publié est assez éloquent, MEQ : L’avenir se construit aujourd’hui,  par contre, il implique de sérieux changements dans le monde opératoire de notre environnement d’affaires et vous savez comment sont nos politiciens ?  de simples carriéristes, les votes en premier, l’économie ce n’est pas grave on laissera le problème aux autres.

La part du manufacturier dans l'économie québécoise est passée de 22,9% en 2000, à 16,1% en 2011.

Entre temps, grâce au crédit facile et un environnent plus sain, les États américains font du maraudage pour s’approprier notre secteur manufacturier.

«J'ai des témoignages de chefs d'entreprise québécoise de moyenne taille qui reçoivent des offres mirobolantes de la part des autorités d'États américains pour y déménager leurs activités», dit Simon Prévost.