États-Providences responsables: veuillez notifier, vos créanciers ont changé d’attitude.

Vos créanciers ont changé d’attitude, la règle d’or n’est plus acceptée dans le marché des obligations.

Donc, pour tous les États-Providence et les peuples des 20 dernières décennies, vos prêteurs qui sont encore imputables n'acceptent plus de vous passer de l'argent, en acceptant seulement le paiement des intérêts, ce qu'ils veulent c'est la croissance, pour voir un jour la couleur de leur capital.

Vous êtres mieux d'y faire, car c'est la nouvelle règle d'or,
sinon, il ferme le robinet.


« On ne meurt pas de dettes. 
On 
meurt de ne plus pouvoir en faire
. »

de Louis-Ferdinand Céline


Extrait de : La dictature des marchés : un slogan bien commode mais creux, Pierre De Lauzun, Les Echos, 17/01/2012

Il traîne maintenant partout, ce thème de la dictature des marchés*.

·         Les marchés imposent leur loi aux citoyens.

·         Leur pouvoir exorbitant, non content d’exiger des politiques de rigueur invraisemblables, va jusqu’à imposer des dirigeants à sa botte.

Témoins la Grèce et l’Italie, où, pour ramener la confiance par des réformes impopulaires, Papadémos et Monti, élus ni l’un ni l'autre, ont remplacé des dirigeants élus, et donc démocratiques. On dénonce alors une finance qui met en péril la démocratie. Et on exige sa mise au pas immédiate - croyant naïvement que cela aidera à résoudre la crise.

Biens piètres dictateurs pourtant que ces marchés qui ont dû accepter mi-mars d’effacer plus de 75% de la dette qu’ils détenaient sur la Grèce ! Curieuse attitude que celle de M. Papadémos face à des marchés qui l’auraient choisi pour défendre leurs intérêts !

Mais cessons d’affabuler. Qui a conduit Lucas Papadémos ou Mario Monti au pouvoir ? Ni un coup d’Etat ni un passage en force. Aucun rouage démocratique n’a été modifié, encore moins faussé ou détourné. Chaque Parlement a joué son rôle conformément aux règles de la démocratie représentative. Décréter que ces dirigeants sont illégitimes parce qu’on les soupçonne d’être attentifs aux marchés n’a pas de sens.

Et d’abord qui sont ces marchés ? Quelques spéculateurs sans doute, mais surtout des investisseurs dont la mission est de protéger et de faire fructifier l’épargne qui leur a été confiée.

Epargne qui en dernière analyse, est celle de personnes ordinaires, constituée pour faire face aux aléas de la vie et à ses grandes échéances.

Au regard des sommes gigantesques prêtées et demandées chaque année, peut-on reprocher à ces investisseurs et à leurs gérants de s’inquiéter de la capacité des pays emprunteurs à rembourser ?

Peut-on les convaincre de cette capacité, si on continue à suivre les mêmes politiques : celles qui ont conduit à emprunter toujours plus, en entassant les déficits budgétaires, en outre gonflés par le poids d’une dette qui ne cesse de croître ? Qui peut le croire ?

Oui, dira-t-on, mais il n’en reste pas moins que les marchés, tels des Shylocks aveugles, exigent maintenant leur livre de chair, ne laissant aucun avenir à des peuples durablement écrasés.

Mais là aussi, regardons la réalité en face. Les marchés sont imparfaits, nous le savons bien. Ils peuvent dysfonctionner, on l’a vu en 2007.

Mais en l’occurrence, que demandent-ils ?

·         D’être remboursés au prix de n’importe quelle mesure ? Certainement pas, car ils savent que  cela mènerait à une grave dépression et à la baisse des recettes.

·         Bien sûr, ils réclament une forme d’austérité, celle qui permet de barrer la voie sans issue de la continuation perpétuelle des déficits.

·         Donc dès que possible un excédent budgétaire. Mais peut-on recommander une autre voie ? Et comment serait-elle possible ? Qui la financerait ?

Reste que cette considération de bon sens quasi arithmétique ne préjuge pas de la politique économique à suivre, et notamment des réformes à accomplir. Là, le politique garde sans conteste son rôle.

D’autant que ce que préfèrent les investisseurs, c’est la croissance, seule en mesure de générer les rentrées fiscales indispensables au remboursement. Et pour cela, ils attendent un discours politique crédible traçant des perspectives crédibles.

Comprise ainsi, l’attitude des marchés exerce une forme de contrainte sur les gouvernements, qui doivent apporter des réponses. C’est indiscutable ; mais est-ce anormal ? Après tout ce ne sont pas les marchés qui supplient les Etats de leur emprunter, mais les Etats qui ont besoin des marchés. Si les Etats n’étaient pas endettés ils n’auraient pas de compte à rendre aux marchés ...

La dictature des marchés doit alors être prise pour ce qu’elle est. Un slogan creux.

Un slogan bien commode pour tenter d’esquiver le problème de fond auquel nous sommes collectivement confrontés :

Nous vivons au-dessus de nos moyens depuis plus de trente ans,
et cela ne peut plus durer.

Un slogan né du refus de trop de décideurs politiques
de reconnaître cette réalité.

Ou plus exactement de l’incapacité de nos systèmes politiques pourtant démocratiques à choisir entre les priorités et les revendications.

Un slogan auquel adhère une partie de l’opinion publique, habituée depuis la crise des subprimes à la mise en cause des marchés, car il est toujours plus facile de désigner autrui que soi-même comme responsable.

Sans doute le contexte actuel de campagne électorale rend inévitable l’abus de ce slogan. Mais il n’a aucune chance de nous faire échapper à la réalité : celle du rééquilibrage urgent de nos comptes et des réformes à accomplir, qui vont d’ailleurs bien au-delà de ce qu’évoquent les différents programmes.

Ajoutons que dans ce processus les pays endettés rencontrent une autre pression, une autre dictature si on veut, bien plus réelle que celle des marchés. C’est celle de leurs pairs et partenaires : les autres pays européens, la BCE, la Commission, les organismes supranationaux tels que le FMI… Non seulement parce qu’ils sont les seuls à mêmes aujourd’hui de prêter un peu d’argent en plus aux grands endettés ; mais aussi parce que ceux-ci ont besoin de leur appui pour se crédibiliser. L’expérience montre que le dialogue avec ces nouveaux partenaires est tout sauf facile.

Décidément le maniement des boucs émissaires est malcommode.