Europe: la saison de la panique est de nouveau ouverte

Bon ! On est encore dans la panique en Europe

Il y a-t-il encore des personnes assez intelligentes aux pouvoirs et qui ne soit pas acheté par certains groupes d’intérêts pour constater que l’EURO ne marche pas.

Évidemment, en introduisant plus de 1 trillion d’Euros à 1 %, on n’a rien réglé sur les questions fondamentales, juste gagner du temps, il semble que le temps qu’on espérait c’est drôlement raccourci.

Tout cela,  gérer par politiciens se préoccupant plus de la survie de leurs amis financiers que le bien-être de leurs peuples.

Trois articles, plein de bon sens.


Extrait de : Europe: via l'Espagne, la saison de la panique est rouverte, Matthew Yglesias, Salte.fr, 11 avril 2012

L'europanique est à nouveau à la mode. Après un sursis de quelques mois amorcé par la décision de la Banque centrale européenne (BCE) d'offrir aux banques continentales une somme quasi-illimitée de prêts à moyen terme et à faibles taux d'intérêt, la crise de la dette souveraine est de retour. Cette fois-ci, l'Espagne en est l'épicentre, pas l’Italie, mais la mécanique est familière.

Les taux d'intérêt sur la dette espagnole ont un peu grimpé, accentuant la pression sur le budget du pays. Sa solvabilité est remise en question, ce qui fait monter les taux encore davantage. Et avec des taux d'intérêts plus élevés, la viabilité des banques espagnoles est mise en doute, ce qui limite les crédits domestiques et affaiblit encore un peu plus le budget national.

Selon votre façon de voir les choses,

a.      c'est une crise de la dette souveraine,

b.      une crise bancaire ou

c.       une simple crise de la croissance,

mais dans tous les cas, les risques d'un défaut national, d'une faillite bancaire totale, d'un effondrement de la monnaie unique ou même d'une défaite plus générale du projet européen sont réels.

Parmi les principaux symptômes, on trouve une vente aux enchères d'obligations espagnoles qui, mercredi, n'a pas enflammé la demande des investisseurs qui se sont repliés sur les bons du Trésor américain, tout en boudant la dette européenne. Et évidemment, même si en soi le sort de l'Espagne est suffisamment problématique, derrière tout cela, il y a le fait que si elle plonge, les économies plus importantes de l'Italie et même de la France seront elles aussi prises dans la tourmente.

Caché sous le tapis

Fondamentalement, la crise a refait surface parce que la dernière «solution» n'a rien résolu du tout. C'était une soudure tenant à moitié du génie et à moitié de la folie, et couvrant de justesse la crise bancaire. Avec suffisamment d'argent injecté à peu de frais par la BCE, n'importe quelle banque peut rester solvable.

Les nerfs ont été calmés et, fortes de leur nouvelle solvabilité, les banques furent gentiment incitées à se charger en dette publique européenne, et les taux d'intérêts purent redescendre. A l'époque, les critiques avaient accueilli cette initiative comme n'étant rien de plus qu'une tentative de cacher les miettes sous le tapis, et ils avaient raison.

Souvent, dans un moment de panique, c'est précisément sous le tapis que vous voulez vous cacher. Si les problèmes structurels de l'économie européenne avaient été faciles à de résoudre, ils auraient été résolus depuis longtemps. Mais quand les problèmes sont ardus, cela requiert plus de temps et les colmatages à la sauvette permettant de gagner du temps sont toujours les bienvenus. Le problème, c'est que quelques mois plus tard, non seulement les difficultés fondamentales sont toujours là, mais il est difficile de déceler la moindre petite avancée.

Pour le dire en deux mots, les institutions européennes actuelles ne peuvent pas fonctionner. L'objectif premier des solutions de dépannage doit être d'en créer de meilleures. Avant la crise, les capitaux partaient d'Allemagne (et dans une moindre mesure de pays plus petits comme l'Autriche, la Finlande et les Pays-Bas) pour se déverser sur les pays de la «périphérie».

Les banques allemandes supportaient l’endettement des pays périphériques
en contrepartie ceux-ci achetaient des produits allemands,
comme la Chine avec les Américains.

Pas de dévaluation possible après l'arrêt brutal

En important leurs capitaux,

a)      les pays périphériques étaient capables d'importer plus qu'ils n'exportaient

b)      et leurs habitants dépensaient plus qu'ils n'épargnaient.

En Grèce et au Portugal, cela impliquait une grosse part d'emprunt public, mais en Espagne et en Irlande, l'emprunt pesait largement sur le secteur privé. Puis vint une perte de confiance dans la solidité de ces prêts, et les vannes financières commencèrent à se fermer.

Le marché est tellement nerveux sachant maintenant qu’un pays peut devenir insolvable, il n’attende même plus après une décote, aussi tôt que ça sent mauvais, le marché refuse d’acheter l’obligation souveraine, et on se retrouve en défaut de paiement, car comme tout État-Providence qui se respecte, elle doit constamment réemprunter pour payer les obligations échues.

Ce type d'«arrêt brutal» du financement externe est malheureusement courant dans les annales de la finance internationale.

Normalement,

1)      C'est à ce moment que le pays endetté voit la valeur de sa monnaie dégringoler.

2)      Les salaires réels s'écroulent, et le pouvoir d'achat des travailleurs chute tandis que la valeur monétaire nationale s'effondre.

3)      Dans la dette jusqu'au cou, les habitants du pays se mettent à travailler plus longtemps pour gagner moins.

4)      Et inspirés par la souffrance de leurs concitoyens, des politiciens arrivent parfois à réaliser des réformes politiques intelligentes qui accélèrent le retour d'un niveau de vie pré-crise, et parfois pas.

Mais l'Espagne, l'Italie et la Grèce n'ont pas de monnaie indépendante à dévaluer.

Et elles sont loin d'être les seules. Dans de grands pays comme les États-Unis, il arrive que les flux d'investissements se déversent sur une région donnée puis s'arrêtent, détériorant le budget local et le marché du travail.

Mais aux États-Unis, quand une juridiction doit faire face à un déclin soudain de l'investissement – comme ce qui se passe aujourd'hui en Floride ou en Arizona – elle peut toujours compter sur les subsides de la sécurité sociale ou de Medicare.

Pas de mobilité, pas de langue commune, pas de politique fédérale

De plus, l'assurance chômage, les bons alimentaires et le Medicaid vous garantissent que plus vous êtes touché, plus vous pouvez profiter de l'assistance fédérale. Sans oublier que lorsque l'économie locale va mal, vous avez toujours la possibilité de  déménager dans un autre État.

C’est justement une des forces de l’économie américaine, il y a une grande mobilité ouvrière, si un État américain s’adapte mal avec la nouvelle économie, il le laisse faire et doit s’arranger lui-même.

Même au Canada, les opposants au maintien de la péréquation ont les mêmes revendications, la péréquation empêche la mobilité de la main-d’œuvre, une province inefficace et peu compétitive devrait attaquer ces problèmes structurels, la péréquation empêche cette création destructrice en leur donnant un baume pour ne pas assumer leurs vraies responsabilités.

Et en effet, la mobilité fait partie depuis longtemps du processus d'adaptation américain. Les régions où l'industrie décline perdent des habitants, celles où elle prospère en gagnent, et le désir de ne pas voir tout un bassin de population se vider agit comme une sorte de barrage contre les mauvais gestionnaires.

L'Europe ne possède aucune de ces protections. Non seulement les Européens sont en général moins mobiles que les Américains, mais ils ont la mauvaise habitude de ne pas tous parler la même langue. Un habitant de Lisbonne, Séville ou Naples aura toutes les peines du monde à trouver un emploi décent à Amsterdam, Munich ou Helsinki, vu que peu d'Européens parlent allemand et que personne ne parle les autres langues nordiques.

L'Europe est coincée dans un étau

1)      fait de monnaies qui ne peuvent s'ajuster,

2)      de populations qui ne peuvent se déplacer,

3)      et de régions qui ne se soutiennent pas financièrement les unes les autres.

Un étau qui, entre autres choses, a généré une quantité de dette souveraine extrêmement problématique.

Mais les coupes budgétaires ne sont que des palliatifs et ne font rien pour favoriser les ajustements structurels aujourd'hui nécessaires. De même, ce n'est pas demain la veille que les frontières linguistiques s'évaporeront et simplifieront les migrations inter-européennes. Les contribuables allemands pourraient tout simplement financer à l'infini leurs cousins les plus pauvres, de la même manière que le Massachusetts finance le Mississippi, mais ils finiront bien par perdre patience.

Pessimisme

Les Américains du Massachusetts et ceux du Mississippi partagent un même sentiment d'appartenance nationale, une même langue et une même culture. Mais ce n'est pas le cas des Allemands et des Espagnols. L'Allemagne pourrait tolérer une hausse de l'inflation ou un remaniement de son système fiscal pour satisfaire aux besoins des pays du sud de l'Europe, mais ce que veulent les électeurs allemands, c'est un gouvernement qui répond à leurs besoins. L'élan est compréhensible, mais ses conséquences pratiques sont désastreuses.

La création de la monnaie unique repose sur un projet politique qui devait inciter à davantage d'intégration. Les crises de la dette auxquelles nous assistons aujourd'hui et leur fréquence sont les fruits de ce pari risqué, gageant sur une union des Européens au-delà de leurs frontières nationales. Pour l'instant, les pertes ont été conséquentes, et rien ne dit que ces efforts commencent à payer dans un futur proche.


Mish Says "The Bigger the Bazooka, the More Money Will be Lost"

Extrait de :  Spiegel Says "Even a 1-Trillion Euro Firewall Wouldn't Be Enough"; Mish Says "The Bigger the Bazooka, the More Money Will be Lost", March 31, 2012

Eurozone bureaucrats keep upping the ante as to how big a "firewall" is needed. And at every critical juncture, German Chancellor Angela Merkel has proven she is nothing but a liar. With every demand for additional firepower, comes an inevitable cave-in from Merkel supporting the move, no matter what she says in advance.

Meanwhile, the entire idea that firewalls can accomplish anything is ludicrous, given the key point that currency unions in the absence of fiscal unions cannot and will not work.

I suspect Merkel understands this, merely wanting to get Germany so deep into bailouts step by step, that it will be reluctant to leave the Eurozone. 

It is high time the German Supreme court step in and stop this nonsense.

However, nothing can stop Greece, Portugal, and Spain from leaving, and eventually they will. In the meantime, rest assured that every increase in firepower will be additional money of German citizens' pockets. The end-game will be a currency or banking crisis at the worst possible time.

For now, please consider
'Even a 1-Trillion Euro Firewall Wouldn't Be Enough'

European finance ministers meeting in Copenhagen on Friday agreed to boost the euro-zone firewall to over 800 billion euros. The move marks another U-turn on the part of the Merkel administration, which recently dropped its opposition to increasing the fund. German commentators warn that even the new firewall may still be too small.

German Chancellor Angela Merkel and her finance minister, Wolfgang Schäuble, have been accused of
crossing many of the "red lines"
that they have set for themselves over the course of the euro crisis, making U-turn after U-turn as the crisis escalated. They officially stepped over the latest red line on Friday, when European Union finance ministers meeting in Copenhagen agreed to boost the scope of the euro zone's firewall to over €800 billion ($1 trillion). Berlin had long rejected such an expansion out of hand.

The Nuclear Option

On Thursday evening, in the run-up to Friday's summit, German Finance Minister Wolfgang Schäuble had said he was prepared to combine the existing bailouts with the new permanent mechanism. He said that the €800 billion capacity was "convincing" and "sufficient."


But not everyone shares his view that the sum is enough. On Thursday, French Finance Minister François Baroin called for the permanent euro bailout fund to be increased to €1 trillion, to shore up market confidence and prevent contagion in the euro crisis. "The firewall, it's a little like the nuclear option in military planning, it's there for dissuasion, not to be used," Baroin said in a radio interview. 

'Shifting Sand Dunes'

Opposition parties in Germany were quick to make political capital out of the Merkel administration's many U-turns during a debate on the euro rescue fund and the European fiscal pact in the German parliament, the Bundestag, on Thursday. "Your red lines have, in reality, become shifting sand dunes," Frank-Walter Steinmeier, floor leader for the center-left Social Democratic Party (SPD), said to widespread applause.

In December, Merkel argued, entirely convincingly, that boosting the euro bailout fund was the wrong course to take. After all, she said, it would reduce the pressure on crisis-stricken states to push through reforms. There was also the question of whether the creditor countries, including Germany, were in danger of being overwhelmed by ever-higher guarantees." "Now, the fund is indeed being expanded, and the coalition government's former concerns have suddenly disappeared. Instead, the administration is attempting to conceal its own U-turn with highly flawed arguments.

The left-leaning Die Tageszeitung focuses on the calls to boost the ESM to €1 trillion:

"One trillion euros is a lot of money, and yet even this huge sum will not be enough. But again, that's nothing new. For months, calculations have been doing the rounds that show that at least €1.5 trillion will be needed. The only interesting question left is how long it will take France and Germany to acknowledge this reality."

No Amount is Enough

For reasons noted at the top, no amount of money (that can reasonably be provided) would be sufficient. After all, there is a limit to what German citizens and taxpayers can stand. Besides, money alone cannot fix structural problems.

Finally, the "nuclear" option is nothing more than former US treasury Hank Paulson's "Bazooka" theory in disguise.

Bazooka Theory vs. Actual Results

"If you have a bazooka in your pocket and people know it, you probably won't have to use it." Paulson said at a Senate Banking Committee hearing. The reference was in regards to Fannie Mae and Freddie Mac.

Paulson believed that if he had the power to bailout Fannie Mae, the market would react to that possibility and no bailout would be necessary.

Now taxpayers have wasted close to $200 billion bailing out Fannie and Freddie bondholders (mainly PIMCO and foreign banks).

Et dîtes-vous chers Canadiens, espérons que nous n’aurons pas une crise immobilière au Canada, car nous avons plus de 600 milliards aux battes avec la SCHL.

Flashback February 12, 2010: EU Leaders Deploy ‘Bazooka’ to Repel Attack on Greece

German Chancellor Angela Merkel and her counterparts yesterday pledged “determined and coordinated action” to support Greece’s efforts to regain control of its finances. They stopped short of providing taxpayers’ money or diluting their own demands for the country to cut the European Union’s biggest budget deficit.

“It’s like Paulson’s bazooka,” said Nielsen, Goldman Sachs’s chief European economist in London. “It’s a difficult balancing act -- saying something comforting to the market without committing money and hoping the market will take their word for it.”

After a three-month long plunge in Greece’s bonds amid speculation it was facing the threat of default, euro-region leaders yesterday ordered the country to slash its budget deficit and warned investors they would be willing to defend the country from speculative attack if necessary.

“This is not money for free,” said Luxembourg Prime Minister Jean-Claude Juncker, who heads the group of euro-area finance ministers. “This is a strong commitment imposed on Greece.”

How Well Did That Idiotic Bazooka Move Work Out?

Bazooka theory does not work, nor did threats to investors that the ECB and EMU would be willing to defend the country from speculative attack if necessary.

The same holds true today. The Bigger the Bazooka, the More Money Will be Lost


Extrait de : Grèce, les plans de "sauvetage" ont plongé le pays au bord du chaos. Bientôt partout en Europe ?, Vincent Benard , 6 avril 2012

Il est encore trop tôt pour dire si Dimitris Christoulas sera le Mohammed Bouazizi d'Athènes, mais le suicide public sur la place Syntagma de ce retraité de 77 ans qui "ne voulait pas faire les poubelles pour survivre", et qui a laissé sur son corps une lettre qui constitue un appel clair au soulèvement violent, déchaîne les passions en Grèce. Avec une hausse du nombre de suicides de 40% d'une année sur l'autre, il ne parait plus impensable que la partie la plus éprouvée de la population grecque ait atteint le niveau de désespoir propice à la génération de très violents remous politiques.

Qui vivra verra. Mais revenons sur la situation qui a amené la Grèce à ce désastre.

Les plans de sauvetage (des banques) ont aggravé la situation

Les "plans de sauvetage" de la Grèce n'ont, à l'évidence, pas sauvé le pays. Ainsi, nous apprenons que le gouvernement grec, à la fin du mois de Mars, pour faire face à une échéance de paiement de ses créanciers,a opéré une razzia sur les sommes détenues par diverses institutions publiques, hôpitaux régionaux, universités, régie électrique, sur leur compte à la banque centrale de Grèce. Je précise que ces informations n'ont pas été publiées le premier avril.

Les recteurs des 6 universités ainsi pillées ont dû annoncer une fermeture prochaine des établissements. Voilà qui va sûrement calmer les étudiants concernés. La Grèce est en faillite depuis 2 ans, les "plans de sauvetage" n'ont fait qu'aggraver la situation, et la chute n'en sera que plus haute. Aujourd'hui, la Grèce ne peut plus payer ses universités et ses hôpitaux publics. Demain, sa police ?

En décembre 2009, j'affirmais que la pire des solutions serait de ne pas laisser la Grèce faire défaut et de monétiser la dette : c'est évidemment la solution que nos élites (il faut le dire vite) eurocratiques ont adoptée.

Quand un pays doit demander des efforts d'austérité inévitables à sa population, parce qu'il a été trop prodigue auparavant,

il peut planter soit ses fonctionnaires,

a)      soit ses fournisseurs,

b)      soit ses retraités,

c)      soit ses autres allocataires,

d)      soit ses créanciers.

En situation de défaut, l'équité suppose que l'effort soit à peu près également réparti.

Les Eurocrates ont préféré maintenir l'illusion d'un maintien à flot artificiel de la Grèce, en échange d'un plan d'austérité uniquement tourné vers sa population : le résultat est que la Grèce est en train de sombrer. Les agents économiques ne s'y trompent pas en échangeant nettement au dessus de 1000% (mille pour cent) la dette Grecque à un an sur le marché secondaire. Le prétendu "sauvetage" fut d'abord celui des banques créancières, mais il a fait long feu.

La Grèce doit d'urgence remettre les compteurs de sa dette publique extérieure à zéro et quitter l'Euro : elle ne pourra jamais redécoller sans une reconnaissance de sa faillite par la dévaluation massive de sa monnaie.

La Suède, en état de quasi faillite en 1993, n'a pas procédé autrement que par la dévaluation. Mais elle n'a pas attendu d'être morte pour se soigner, ce qui lui a permis d'honorer ses dettes...

Or, tout porte à croire que les eurocrates persistent dans l'erreur des pseudo "sauvetages", et que ces plans ne feront que créer quelques autres Grèce, mais plus grosses.

LTRO, conséquences inattendues

Le plan Grec a entériné le fait que désormais, les créanciers privés voient leurs titres de dette "subordonnés" à ceux détenus par la BCE a posteriori, en dehors de toute règle de droit. Cette subordination revient à un "effet de levier à l'envers", et conduira les créanciers privés des états à être beaucoup plus pénalisés en cas de "haircut" (explications détaillées ici).

En fait la BCE s’est permis de prioriser ces dettes souveraines par rapport au marché privé, donc le marché privé a dit va te faire foutre, on achète plus ta merde.

Résultat, les taux de la dette Espagnole et Italienne recommencent à augmenter sur le marché secondaire : les créanciers voient mécaniquement leur risque augmenté par la subordination, et réclament une "prime de risque" plus élevée.

Mais il y a plus : l'opération de LTRO, ces prêts à trois ans à taux très bas de la BCE aux banques européennes, font rentrer la BCE pour des sommes tout à fait importantes au passif de certaines banques... Et de fait, entraîne une crainte de la part des créanciers privés de ces mêmes banques qu'ils aient à subir, eux aussi, une subordination "du fait du prince" (explications détaillées : Zerohedge). Voilà qui assombrit les perspectives des grandes banques créancières des états, à leur tour regardées de travers par leurs propres créditeurs...

Évidemment une banque privée qui achètent des obligations souveraines pourrîtes, commence à devenir elle –même pourrit.

Et l'ensemble du secteur financier, dont les comptes ne sont guère brillants, va probablement subir par contagion le même phénomène.

A venir : plus de QE, de LTRO, et autres "impressions monétaires" plus ou moins camouflées

Des banques Exsangues, aucun plan de gestion ordonnée de leur faillite... Et des états qui dépendent d'elles pour se maintenir à flot : l'équation est intenable sans une fuite en avant dans les "opérations non conventionnelles" de la BCE. Autrement dit, via de nouvelles LTRO, ou de nouvelles trouvailles marketing permettant d'éviter l'emploi du mot maudit "monétisation", la BCE va devoir de plus en plus se substituer aux créanciers privés pour écouler les titres de dettes souveraines.

Au fur et à mesure que la BCE portera à elle seule une part croissante du risque de défaut des états, et que ceux ci, sous stabulation de fausse monnaie, ne trouveront plus d'intérêt à retrouver les chemins de l'excédent budgétaire (malgré les belles déclarations pré électorales...), alors l'inflation jusqu'ici tenue sous le couvercle de la marmite s'échappera de son enceinte de confinement. Les craintes inflationnistes empêcheront les investisseurs privés d'être trop aventureux et reporteront les investissements de ceux qui ont encore de l'épargne à sauver vers des "valeurs refuges" -Pierre et métaux- transformées en autant de "bulles spéculatives de la peur". 

La seule inconnue est le timing du désastre annoncé. Mais qui, pour moi, ne fait absolument plus aucun doute aujourd'hui : la situation de pays comme l'Espagne ou la France ressemble à celle de la Grèce il y a trois ans... Au moment ou son défaut aurait dû être prononcé pour être encore gérable.

Un peu comme le Québec, on aurait dû se faire décoter, il y a deux ans, avec une dette publique de 113 % , au moins on aurait pris des décisions courageuses, mais nécessaires.

Mais en se camouflant sous les jupons du Canada, on ne fait que retarder l’inévitable, seul souci, la tronçonneuse sera de plus haut calibre.

Il faut d'urgence annoncer la fin de tout plan de sauvetage des états européens en faillite, dissoudre le MES et l'EFSF, et, si des faillites souveraines en résultent, gérer les faillites bancaires qui en résulteront de façon ordonnée.

Et après la grande correction, repartir sur des bases saines, sur un capitalisme de capitaux plutôt que de dettes improductives achetant de la fausse croissance.

Sans quoi nous bricolerons le système à coups de LTROs pour le faire tenir tant bien que mal quelques mois, quelques petites années même, mais nous finirons exactement comme la Grèce : au bord du chaos le plus brutal, et en tombant de bien plus haut que nous n'aurions dû.