L'innovation ne suffit pas pour être compétitif

Savez-vous pourquoi mon blogue est lu et possède un certain succès?

Parce que je scrute continuellement le monde entier et :

Il y a toujours quelqu’un dans le monde
qui pose les vraies questions !

Trois articles, ils sont tous liées à la Recherche et Développement.

1.      Le premier article : Pouvons-nous réellement nous sortir de nos problèmes économiques par l’innovation?

Foutu bonne question !

2.      Deuxième article : Culture of comfort' the enemy of innovation, trop de compagnie font de la R&D pour avoir leurs crédits d’impôts, sans avoir obtenus un gain appréciable commercialement.

3.      Troisième article, cas classique : Au lendemain de l'annonce de la construction d'une nouvelle usine de 100 millions en Chine, Novelis a fait part hier de la fermeture définitive de son usine d'aluminium, mais aussi d'une technologie proprement québécoise.

Un savoir-faire qui a été développé ici à Jonquière, au moment où l'usine appartenait à Alcan, a-t-il expliqué. Ce savoir faire appartient au Québec et au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Il ne faut pas délocaliser ça en Chine. C'est rendu que la connaissance technologique est exportée en Chine.

Exacte, à quoi ça sert de développer la technologie, si elle se fait délocaliser en Chine à la fin, c’est exactement ce que Andy Groove ex-fondateur d’Intel disait, donc :

Innovation intelligente avec un protectionniste intelligent

Sans cela on sera un simple dindon de la farce!


Extrait de : Photovolcaïque : l'innovation ne suffit pas pour être compétitif, Philippe Murer, Marianne 2, 5 Avril 2012

Philippe Murrer, président de l'association Manifeste pour un débat sur le libre-échange, analyse le contexte économique actuel. Comment sortir de la crise ? De l'innovation au protectionnisme et à la réindustralisation du pays, il propose des pistes

POUVONS-NOUS RÉELLEMENT NOUS SORTIR DE NOS PROBLÈMES ÉCONOMIQUES PAR L’INNOVATION ?

Les articles des défenseurs de la mondialisation se font rares ces derniers temps. La nouvelle stratégie de communication est de ne pas en parler, comme si la bataille des idées étaient perdues (voir le sondage « les Européens, le protectionnisme et le libre-échange » qui montre que près des deux tiers des Français, Allemands, Italiens et Espagnols pensent qu’il faut mettre du protectionnisme aux frontières de l’Europe). Mais la bataille de l’argument d’autorité ne l’est pas encore puisque la fine pellicule politique, médiatique et économique qui dirige la France est majoritairement libre-échangiste.

L’étude des rares articles parus sur la mondialisation donne l’impression que les derniers arguments servis sont d’ordre publicitaire : le protectionnisme, c’est « ringard et réactionnaire » donc ce n’est pas à la mode (cet argumentation est un peu frivole) ; le protectionnisme, c’est « l’autarcie » ou comment caricaturer une idée pour la dévaloriser.

Le seul argument exposé d’une rationalité apparente est ressassé depuis quinze ans : « On s’en sortira par l’innovation. » 

J’avoue celle-là, moi aussi, je ne suis plus capable de l’entendre,
comme si c’était la recette miracle.

L'ARGUMENT DE L'INNOVATION EST-IL JUSTE ?

Ce qui fait la force de cette affirmation est qu’elle est forcément vraie ! Quel que soit le type de politique commerciale choisie, l’innovation sera forcément une clé pour la vitalité de l’économie française dans les décennies à venir.

Elle nous met du baume au cœur en plaçant notre niveau intellectuel à un niveau supérieur aux Chinois et autres Indiens. Bien que la Chine et l’Inde fassent sortir de leurs écoles vingt fois plus d’ingénieurs que nous, notre supériorité intrinsèque nous permettrait de faire la course de l’innovation en tête. Cet argument a donc un côté malsain, non loin du racisme : nous sommes intrinsèquement supérieurs aux Chinois et aux Indiens. Pour ceux qui ont travaillé dans des entreprises victimes de ce syndrome de supériorité, le relâchement et la chute ne sont pas loin, puisque cette affirmation n’est pas appuyée par des efforts, du travail et une créativité à la hauteur de ses prétentions.

Évidemment, il a raison, ce que j’ai dit maintes fois, le QI d’un Chinois ou un Indien est aussi élevé que vous, sauf qu’il coûte 5 à 10 fois moins chères.

 D’où le pourquoi, les compagnies pharmaceutiques se délocalisent
dans les pays émergents.

Et pourtant, la pratique semble contredire cette idée.

·         Les dirigeants  d’EADS répètent à qui veut l’entendre que les hélicoptères chinois d’Avicopter sont en train de devenir des concurrents redoutables d’Eurocopter, le numéro un mondial.

·         De la même manière, le concurrent de l’A320, lancé par le partenaire chinois d’Airbus et sortant en 2015, leur semble être un rival redoutable (parole d’un honnête  homme : Louis Gallois).

·         Les Chinois ont d’ailleurs réussi à mener à bien un gigantesque maillage du pays avec des TGV entièrement conçus par des entreprises chinoises.

·         Et ne parlons pas de l’électronique, dominée de la tête et des épaules, par l’Asie.

LA RÉALITÉ REJOINT-ELLE LA THÉORIE ?

Quand au plus grand succès occidental de la dernière décennie, Apple (avec ses iPods, iPads et autres iPhones) profite beaucoup plus aux emplois en Chine qu’aux Etats-Unis. Il y a environ 47 000 employés américains d’Apple alors que la production des appareils électroniques de la même entreprise mobilise plus de 200 000 salariés en Chine, juste dans les usines d’assemblage de FoxConn soit cinq fois plus. Même les plus éclatants succès occidentaux nourrissent beaucoup plus l’économie chinoise que l’économie occidentale, notamment sur le plan de l’emploi. Les USA et l’Europe, croulant sous un chômage massif, auraient pourtant bien besoin de cet afflux d’emplois dans la fabrication d'iPhones.

Tout à fait d’accord, en fait Apple pourrait couper une grande partie des emplois américains et ça ne changerait pas la donne, il les garde pour maintenir une certaine décence de relation publique avec le peuple américain.

L’EXEMPLE MARQUANT DU PHOTOVOLTAÏQUE

Le dernier secteur en passe d’être trusté par la Chine est le photovoltaïque. Cette industrie a été « créée » par les Allemands à coups de subventions (de plus en plus faibles) sur la production d’électricité à base d’énergie renouvelable. Le prix des panneaux a alors suivi la « loi de Moore » et est divisé par environ deux et demi tous les dix ans comme le montre le graphique ci-dessus.

De ce fait, la production d’électricité par les panneaux solaires est maintenant presque rentable. Il manque encore une baisse de 25% pour que les panneaux photovoltaïques soient compétitifs avec la production d’électricité par le pétrole, le gaz ou le charbon.

PHOTOVOLTAÏQUE

Les Allemands avaient réussi à créer des champions mondiaux dans ce secteur grâce à leur engagement militant, intelligent et, au final, rentable. En 2007, Q-Cells produisait 10% des panneaux photovoltaïque dans le monde et postulait pour son entrée dans l’indice boursier Allemand « Dax 30 ». Cette entreprise est aujourd’hui en faillite, comme nous l’apprend cet article de la Tribune. Pourquoi ?

1.      La faillite s'explique à la fois par la concurrence impitoyable de fabricants asiatiques bon marché, et

2.      par la réduction progressive des subventions dans plusieurs marchés clés européens comme l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne, soucieux d'endiguer l'explosion des installations de panneaux solaires.

On remarquera que si les fabricants chinois souffrent en termes de résultats, leur chiffre d’affaire augmente à grande vitesse. La stratégie ressemble en touts points aux fabricants japonais d’appareils photos qui, après avoir détruit les autres fabricants occidentaux, ont lentement relevé leur prix lorsqu’ils étaient en oligopole.  

Les autres entreprises allemandes phares du secteur photovoltaïque, SolarWorld et Solon, sont aussi en grave difficulté, comme le montre en un coup d’œil l’évolution de leurs cours boursiers.

L’Europe et les Etats-Unis sont donc en train de perdre un marché prometteur qui devrait être multiplié par dix dans les sept années à venir selon La Tribune.

Andy Grove, le fondateur d’Intel, avait prévenu dans un appel passé dans BusinessWeek que les Etats-Unis ne pourraient s’en sortir que par le protectionnisme.

LE MODÈLE ALLEMAND

Quand au fameux « modèle allemand », il est basé sur des industries de technologie moyenne mais avec des marques de qualité, presque des marques de luxe, fondées grâce à des décennies de travail de qualité, de discipline ayant permis d’imposer un label de luxe. Il est donc peu réplicable, au moins à court ou moyen terme.

D’autre part, l’Allemagne subit aussi une fuite de ses emplois industriels comme le montre le graphique ci-dessus.

Manufacturier Europe

Le chômage réel y est aussi très élevé selon l'analyse de cet article. Le taux de chômage réel de la France est autour de 21% en France, contre 16% en Allemagne.

Chomage - Allemagne - france

Les ratios dette sur PIB allemand et français sont étroitement superposés (voir ci-dessus). Enfin, la croissance allemande est, sur le moyen terme, une des plus faibles du monde occidental.

Dette - France _ Allemagne

On ne s’en sortira donc pas qu’en misant sur l’innovation :
c’est juste un préalable à une croissance de qualité.

De la même manière,

Le protectionnisme est un préalable pour reconstruire notre industrie, mais il doit être accompagné d’une volonté de réindustrialisation du pays.

Tout en utilisant des fonds publics, investis de façon rentable, pour recréer pas à pas l’industrie du pays et retisser le secteur industriel. Si, de plus, on reconstruit notre industrie en privilégiant le développement durable par le développement du photovoltaïque, du ferroutage et de logements à basse consommation d’énergie, on peut imaginer que le sentiment de la population française et notamment de ses jeunes deviendra positif, engagé vers un avenir économiquement plus porteur et plus respectueux de la nature.

Voila pourquoi nous avons lancé avec Jacques Sapir, Jean-Luc Gréau, Hervé Juvin et de très nombreux économistes une Initiative Citoyenne Européenne pour demander un retour au tarif extérieur commun à un protectionnisme européen.


Extrait de : 'Culture of comfort' the enemy of innovation, report says, Barrie McKenna, Globe and Mail, Apr. 12, 2012

Canada is losing the global innovation race because:

1.      It’s throwing far too much money at dubious research and

2.      Doing too little to jolt companies out of their sheltered complacency.

Those are the main conclusions of a provocative new report by economist Marcel Côté and HEC Montreal engineer Roger Miller being released Thursday by the Centre for the Study of Living Standards.

Innovation Reinvented Six Games that Drive GrowthFederal and provincial governments are spending as much as $20-billion a year on innovation policies that are demonstrably not working, the authors argue in a 14-page report, which forms the core of an upcoming book, Innovation Reinvented: Six Games That Drive Growth.

“These efforts … have yet to significantly move the productivity needle,” the report says.

The authors theorize that Canada’s business environment has too little competition and is infected with “a culture of comfort” that discourages risk-taking and causes businesses to spurn innovation in favour of easy profits.

Even recent changes to federal research-and-development policy, announced in last month’s budget, don’t do nearly enough to fix a system that is fundamentally broken, Mr. Côté of Montreal-based Secor said in an interview.

“I’m not saying that we should go into radical change overnight, but we’re stuck,” he said. “I don’t think the budget will make much of a difference.”

The main flaw in the Canadian model is that government programs typically target R&D, which the report argues isn’t the main source of innovation.

Rather, companies innovate because they are forced to by intense competition, corporate culture and a drive to continually deliver better products.

“R&D is very rarely the critical factor,” Mr. Côté said. Roughly 95 per cent of innovation occurs after initial breakthrough inventions in the lab – out in the marketplace, where new ideas are “grafted” on to existing products and processes, Mr. Côté and Mr. Miller argue.

“These ideas can come from a wide range of sources: customers, employees, suppliers, competitors, internal R&D and increasingly, from ‘out there.’

Open innovation is the biggest trend in the realm of innovation,

 the report says.

Ultimately, governments have “limited leverage” to spur innovation, the report says. But where it is used, policy should target the “continuous stream of improvements” that are the main source of real-world innovation, the authors say.

They cite the example of the smartphone market, launched in 1997 by Research In Motion’s first e-mail pager. Most of the innovation came later as RIM went after business users with steady improvements to the BlackBerry, and then when Apple’s iPhone and Google’s open Android operating system tapped the consumer market by bringing the Web to devices.

 

RIM biggest failure, Mr. Côté suggested, was to stifle innovation by not opening up its operating system to mobile app developers earlier on.

The authors are particularly critical of the $5-billion a year Ottawa and the provinces spend on R&D tax credits, which they say have spawned a generation of companies “hooked on these injections of cheap capital.” Instead of driving innovation, tax credits may encourage companies to do marginal projects crafted specifically to generate credits.

Tout à fait d’accord, je connais certaines compagnies ne seraient même pas rentable, s’ils ne recevaient pas leurs traditionnels bonus de R&D.

They also fault the way billions of dollars are spent in universities and government research labs. The main contribution of universities to innovation isn’t basic research, but brain power – a pool of smart graduate students who take their cutting-edge knowledge to employers, the report says. More money should go to encourage companies to hire students.

The results of what Canada is doing aren’t pretty as the quest continues for the next RIM or Bombardier Inc.

·         None of roughly 20 PC makers spawned here in Canada in the 1980s survived.

·         Roughly $2-billion a year spent on biotech research has produced just one company with a market capitalization of more than $1-billion. And drug company jobs and R&D continue to decline.

The authors are more supportive of government subsidies targeted at later-stage development and commercialization (including the National Research Council’s Industrial Research Assistance Program), as well as targeted support for industry sectors and regional clusters.

And the authors lament the absence in Canada of an ambitious government-directed strategy to maintain technological dominance, similar to the U.S. Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA).

The report, and the upcoming book, are the product of an extensive research project that looked at the innovation strategies of 800 companies around the world, plus 50 case studies of companies as diverse as General Electric to Michelin, along with interviews with top executives.


Extrait de : Novelis mettra la clé sous la porte de son usine de Jonquière le 1er août, La Presse canadienne, Le Devoir,  12 avril 2012 

La compagnie annonce la mise à pied de 160 travailleurs, 24 heures après avoir révélé la construction d'une usine de 100 millions en Chine

Au lendemain de l'annonce de la construction d'une nouvelle usine de 100 millions en Chine, Novelis a fait part hier de la fermeture définitive de son usine d'aluminium à Saguenay à compter du 1er août prochain.    

La décision mettra au chômage 160 travailleurs, qui ne sont pas représentés par un syndicat.

«Ce que je ne peux pas accepter, c'est que c'est carrément de la délocalisation», a lancé le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault.

Celui-ci a par ailleurs noté qu'il ne s'agit pas seulement d'un exode d'emplois, mais aussi d'une technologie proprement québécoise. «Il y a une machine dans cette usine qui s'appelle le Flexcaster, un savoir-faire qui a été développé ici à Jonquière, au moment où l'usine appartenait à Alcan, a-t-il expliqué. Ce savoir-faire appartient au Québec et au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Il ne faut pas délocaliser ça en Chine. C'est rendu que la connaissance technologique est exportée en Chine. Je pense qu'il faut être capable de s'affirmer et de se tenir debout par rapport à ça.»

La fermeture a aussi fait réagir le Syndicat national des employés de l'aluminium de l'usine Arvida de Rio Tinto, principal fournisseur de Novelis, dont le président Alain Gagnon appréhende les répercussions pour ses membres. «Pour nous, ç'a un impact, c'est sûr. On alimente [l'usine Novelis] sur une base quotidienne, quart de travail après quart de travail, en métal en fusion, a indiqué M. Gagnon. La fermeture touche tout le monde. D'ailleurs, c'est sûr qu'on va faire en sorte de mettre le monde en marche pour essayer de sauver ça parce que ça n'a pas de sens.»

Selon le député fédéral néodémocrate de Jonquière-Alma, Claude Patry, lui-même un ancien président de syndicat dans le domaine de l'aluminium, les conséquences iront encore beaucoup plus loin. «Quand tu perds 160 jobs, il faut multiplier par trois parce que cela a un impact sur l'épicier, sur le laitier, le boulanger, sur tout le monde. Ç'a un effet domino. Un bon emploi à ces salaires, ça fait travailler trois personnes dans la région. Ça aura un effet désastreux pour Jonquière. Ça fait aussi travailler la PME environnante, les ateliers de soudure, les manufactures. Tous ces gens vont le ressentir», a laissé tomber M. Patry.

Le député Gaudreault s'inquiète par ailleurs du fait que la fermeture mettra fin au contrat de fourniture par lequel Rio Tinto devait livrer annuellement 160 000 tonnes de métal en fusion provenant principalement de l'usine Arvida, mais aussi des usines de Grande-Baie et d'Alma — bien que celle-ci soit présentement en lockout. À compter du mois d'août, cela se traduira par un ajout de 160 000 tonnes d'aluminium disponible sur un marché déjà aux prises avec des surplus.

«Ces surplus expliquent en bonne partie le peu d'empressement de Rio Tinto de mettre fin au lockout d'Alma», a-t-il soutenu.

L'usine de Jonquière, érigée en 1971 par Alcan, avait été vendue à Novelis il y a quelques années. Novelis, dont le siège social est situé à Atlanta, en Géorgie, est une filiale du géant indien de l'aluminium Hindalco, établi à Mumbai. Il n'a pas été possible de joindre la direction de Novelis.

Sylvain Gaudreault a fait part de son intention de rencontrer les hauts dirigeants de Novelis, qui sont à Jonquière jusqu'à la fin de la semaine pour rencontrer les employés, afin de tenter de les convaincre d'explorer d'autres avenues que la fermeture. Il a également demandé au ministre du Développement économique, Sam Hamad, de se pencher sur le dossier et de voir, à défaut d'un changement de décision de la part de Novelis, si des investisseurs ne seraient pas intéressés par une reprise.

Il entend d'autre part réunir les employés la semaine prochaine afin qu'ils se mobilisent pour contrer la fermeture