Le 6 mai, les élections grecques vont-elles influer sur l'euro?


Extrait de : Les élections grecques vont-elles influer sur l'euro?, Laurent Pinsolle, Marianne 2, 30 Avril 2012

Le 6 mai, d'autres élections se dérouleront à l'autre bout de l'Europe. La Grèce choisira son nouveau gouvernement et implicitement son destin économique, peut-être funeste pour la monnaie unique.

Naturellement, ce n’est pas le résultat du second tour de l’élection présidentielle française qui risque d’accélérer la fin de la monnaie unique. Mais les Grecs votent pour leurs élections législatives le même jour et le résultat pourrait provoquer le début du démontage de l’euro…

UNE SAIGNÉE POUR RESTER DANS L’EURO

Les nouvelles statistiques du chômage sont purement effrayantes  :

·         21.8% de la population est sans emploi (contre 11.3% en janvier 2010).

·         Pire, plus de 50% des jeunes sont également sans emploi.

·         A la fin de l’année, le PIB aura reculé de près de 20%. Plus d’un quart des capitaux du pays sont partis depuis 2009.

Bref, la Grèce traverse une crise économique encore plus violente que celle de l’Argentine, comparable à la Grande Dépression des Etats-Unis.

Tout le problème vient du fait que le pays aurait besoin de dévaluer pour sortir de la crise et relancer sa production. Les potions amères qu’il accepte de prendre depuis deux ans ne font qu’aggraver le mal. Et le dernier plan européen va à nouveau infliger des souffrances inutiles car les baisses de salaires vont accentuer la récession et alourdir le poids relatif de la dette. Bref, la Grèce est aujourd’hui saignée pour rien, ce qui est une véritable honte pour l’Europe.

Patrick Artus a récemment publié une note qui étudiait les deux options pour sortir d’une crise de la balance des paiements  : la dévaluation de la monnaie ou la dévaluation interne (baisse des salaires). Pour lui, « il semble bien nettement moins coûteux en emplois de réaliser une dépréciation réelle du change (…) que par une baisse des salaires ». Bref, comme je le soutiens depuis plus de deux ans, avec d’autres et NDA, la Grèce (et sa Banque Centrale ) prend la mauvaise voie.

UNE POPULATION À BOUT

Mais ces élections législatives vont donner l’occasion au peuple grec de s’exprimer sur les politiques menées depuis deux ans. Le blog Greek crisis permet de suivre l’actualité du pays en français, un moyen de mieux saisir la crise qu’il traverse. Les premiers sondages indiquent qu’une majorité n’est pas totalement acquise pour les partis favorables au plan européen. Nouvelle Démocratie est donnée à 21%, le Pasok à 15,5% et la Gauche Démocratique à 9,5%. 

Mais les partis opposés progressent : Syriza (gauche) est donné à 11,5%, comme le parti communiste KKE et le nouveau parti de droite Grecs Indépendants à 9,5%. A l’extrême droite, le Laos s’est effondré du fait de sa participation au gouvernement (3%), permettant l’émergence de l’Aube dorée, à 5%. Pour l’instant, les partis favorables au plan du gouvernement restent majoritaires (d’autant plus qu’il y a une prime pour le premier), mais les urnes pourraient réserver une surprise.

Le démontage de l’euro pourrait s’accélérer si jamais les Grecs votaient en majorité pour des partis opposés au plan européen. Le climat est très tendu : dans Ta Nea, Giannis Pretenderis affirme que « selon le rapport sur la Grèce présenté hier par Monsieur Barroso, il faudra réduire de 15% le coût unitaire du travail en Grèce au cours de la période 2012-2014. Je suis désolé mais si cela s’appelle la voie vers la croissance, alors le camp de Dachau était une cité de vacances » !

Fin 2009, j’avais évoqué que la fin de l’euro pourrait commencer en Grèce. Le 6 mai, le destin funeste de la monnaie unique pourrait s’accélérer dans les urnes. Mais si cela ne venait pas à se produire, cela ne ferait que repousser une issue totalement inéluctable…