Section rebus : Alcan en pièce détachée

Voici, un bel exemple de la mondialisation, des multinationales tellement grosses qu’ils font la pluie et le beau temps, ce cher Tinto ayant cumulé des dizaines de milliards de profits, ne sachant pas faire avec ce tas d’argent a décider d’acheter Alcan comme le jouet du moment.

Oups, petit problème, c’est loin d’être aussi payant que d’extraire de simples boulettes de fer alors voyant que les marges de profits sont moindres et beaucoup trop compliquées décident de se débarrasser de ce jouet qui ne satisfait pas la rentabilité des actionnaires.

Donc, des efforts de plusieurs décennies pour créer un fleuron de l’industrie mondiale et détruite par une simple avidité d’actionnariat, alors on les vend à la pièce ou on cesse leurs opérations.

Car le but ultime est de faire des dizaines de milliards de profits par année, pour le reste, le savoir, la synergie et pour les travailleurs, simples petits détails sans conséquence.

Belle réussite de notre supposément modèle économique mondial, la dictature des actionnaires (Hedges Funds, Shadow Banks, Gestionnaires de Fonds de retraite).

Certains essayent de sauver la partie pour d’autres la cause est déjà perdue.


Extrait de : Rio Tinto Alcan vend quatre usines en France et en Allemagne à HIG Capital, AFP et Reuters, Le Monde.fr, 29.03.2012

Le géant minier canadien Rio Tinto Alcan cède son activité d'alumines de spécialité, soit trois usines en France et une en Allemagne, au fonds d'investissement américain HIG Capital.

Lors d'un comité d'entreprise extraordinaire, encore en cours mercredi en fin de matinée, la direction a annoncé que "c'est le groupe financier HIG" qui allait reprendre 100 % de la branche alumines de spécialité, a indiqué Joël Giraud, représentant syndical de Rio Tinto Alcan. Olivier Boyadjian, directeur des bureaux parisiens de HIG European Capital Partners, a confirmé avoir déposé une offre ferme de reprise pour les sites français d'alumines. L'alumine, une poudre blanche extraite de la bauxite, est un des composants de base de l'aluminium, mais elle est aussi utilisée dans différents secteurs industriels comme la chimie ou le traitement des eaux.

Cette cession, dont le montant n'a pas été indiqué, concerne trois usines en France, à Gardanne (Bouche-du-Rhône), Beyrède (Hautes-Pyrénées), La Bâthie (Savoie), et une à Teutschenthal, en Allemagne.

Ces sites produisent des alumines de spécialité et des abrasifs et emploient au total quelque 700 personnes. "On croyait que c'était un groupe industriel qui allait nous reprendre. C'est un groupe financier américain, ce qui ne nous rassure pas du tout", a déclaré Antoine Iannone, délégué CGT du site de Gardanne, à l'issue d'un comité central d'entreprise extraordinaire. L'opération intervient à vingt-cinq jours du premier tour de l'élection présidentielle en France, alors que la désindustrialisation est l'un des thèmes de la campagne.

Concernant les 700 emplois en France, aucun détail précis n'a encore été communiqué aux représentants du personnel, alors que le processus d'information-consultation doit se poursuivre.

HIG indique sur son site Internet avoir un portefeuille de sociétés comprenant "plus de cinquante participations, aux Etats-Unis et en Europe, appartenant à de multiples secteurs d'activité, représentant un chiffre d'affaires consolidé supérieur à 7 milliards d'euros".

La vente par Rio Tinto Alcan des trois usines françaises s'inscrit dans le cadre d'un vaste plan de cessions d'actifs lancé l'an dernier par sa maison mère, Rio Tinto, troisième groupe minier mondial. En octobre, le groupe a dévoilé un projet de cession de 13 sites dans le monde pour un montant total de 8 milliards de dollars (5,5 milliards d'euros), quatre ans après avoir racheté le géant de l'aluminium Alcan pour 38 milliards de dollars.

Après ces cessions, l'essentiel des activités d'aluminium de Rio Tinto serait concentré au Canada, pays d'origine d'Alcan. Rio Tinto Alcan exploite deux usines de production d'aluminium en France, à Dunkerque (Nord) et Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie). Il a récemment annoncé aux représentants du personnel envisager une vente du site de Saint-Jean-de-Maurienne, en arguant notamment de la perspective d'une augmentation des coûts de l'énergie après l'expiration, début 2014, d'un contrat de fourniture d'électricité conclu pour trente ans avec EDF. Il poursuit cependant les discussions avec EDF sur un nouveau contrat.

Comme la sidérurgie, le secteur européen de l'aluminium souffre de la concurrence des productions à bas coûts de pays émergents, notamment la Chine, et de marges relativement faibles par rapport à d'autres métaux comme le minerai de fer.

Et dîtes-vous bien, Rio Tinto va encore nous faire du chantage à réduire notre coût d’électricité, car dans les pays arabes, ils sont en train de construire des mégas usines ou le coût de l’électricité sera zéro.


Extrait de : La fin annoncée de l'aluminium en France, Roger Favier, Les Echos, 27 mars 2012

Il reste dans ce pays deux usines fabriquant de l'aluminium. L'une est située à Saint-Jean-de-Maurienne, en Savoie, l'autre à Dunkerque, dans le Nord - Pas-de-Calais. A elles deux, elles produisent 400.000 tonnes de ce métal stratégique qu'est l'aluminium, le quart en Maurienne, le reste dans le Nord, alors que la consommation française tourne autour des 700.000 tonnes.

Deux histoires différentes, mais peut-être une même fin. Tragique, absurde et lamentable.

Une histoire qui se construit dans le secret et le silence de cabinets ministériels, où énarques et comptables imaginent et concoctent tant de mauvais coups qui, au nom d'on ne sait quelle « rationalité » détruisent plus qu'ils ne bâtissent.

Je vais donc vous évoquer un « scénario catastrophe ». Le 1 er février 2013, le groupe Rio Tinto Alcan, faute d'un accord avec EDF concernant le prix de l'énergie, annonce la fermeture de l'usine d'aluminium de Saint-Jean-de-Maurienne. Celle-ci, après avoir comptabilisé plus de 700 emplois en 2008, licencie les derniers 500 travailleurs qui avaient survécu ou résisté aux précédentes suppressions de postes de 2009 et 2010. C'est un traumatisme pour toute la vallée de la Maurienne, pourtant berceau de l'électricité. Elle voit ainsi, emplois directs et indirects compris, son potentiel d'emplois dédiés à l'industrie ou en dépendant diminuer de près de 3.000 unités. Aussitôt résonne, dans la vallée, le choeur des pleureuses, d'autant plus fort que les élections approchent et qu'il faut faire bonne figure et tenter de détourner l'attention. Bien sûr, on évoquera l'imminence du chantier du Lyon-Turin ; les perspectives du tourisme, on bâtira des plans de reconversion avec des millions à la clef, comme autant de mirages. Dans la foulée, le LRF (Laboratoire de recherches et de fabrication), ne pouvant plus mettre en musique le lien existant entre recherche, recherche appliquée et fabrications, ferme à son tour ses portes, entraînant dans sa chute le laboratoire de Voreppe. Les dossiers, les brevets, les projets de ces deux unités sont dispersés et transférés au Canada, en Australie ou en Afrique du Sud.

Quatre ans plus tard, au début de l'année 2017, l'usine de Dunkerque, toujours pour les mêmes raisons énergétiques, mais aussi parce qu'économiquement il n'y a plus une véritable « masse critique » pour constituer une véritable « filière aluminium » française, voire européenne, à son tour se restructure, ferme ses portes et licencie le millier d'opérateurs présents sur le site, enterrant du même coup les savoir-faire et une longue épopée industrielle commencée il y a plus d'une centaine d'années.

Trois ans plus tard, aux environs de 2020, la France, toujours engagée dans une industrie aéronautique plutôt dynamique, ne réussit plus à trouver d'aluminium sur le marché mondial pour construire ses Airbus. Il est trop cher aux Etats-Unis, chez Alcoa, qui privilégie Boeing. Il est aussi trop cher au Canada, chez Rio Tinto Alcan, qui continue son jeu de spéculation sur les produits et les matières premières. Il est de trop mauvaise qualité chez les russes de Rusal et chez les chinois. Du coup, c'est le drame dans toute l'aéronautique, chez les constructeurs automobiles et dans de nombreux secteurs de l'industrie de pointe. Et pourtant, plus de 80 % des cuves électrolytiques destinées à la fabrication de l'aluminium et installées dans le monde auront été conçues et pensées à Saint-Jean-de-Maurienne.

En fait, ce scénario catastrophe a déjà commencé. Très exactement, en fin d'année 2010, lorsque le groupe Rio Tinto Alcan a annoncé la suppression de 320 emplois en France, dont 179 en Maurienne, et qu'il a vendu toutes ses unités jugées non stratégiques.

Rien ne permet de dire aujourd'hui qu'il ne sera pas suivi. D'autant que la discussion entre EDF et Rio Tinto Alcan concernant le prix de l'électricité n'avance pas, à force d'arguties et de faux arguments. En fait, la solution à ce problème existe. Il suffit que l'Etat réunisse autour de la table EDF, dont il est actionnaire à 85 %, et le groupe Rio Tinto Alcan, qui y est prêt, et que sous son autorité se construise un contrat « donnant-donnant », « gagnant-gagnant » dans lequel EDF s'engagerait à fournir à Rio Tinto Alcan une énergie à un coût économiquement acceptable et que ce groupe, en contrepartie, s'engagerait à investir en France, à y maintenir ses emplois. Un montage que les Canadiens ont imaginé et construit, contrepartie habile de l'OPA habile de Rio Tinto sur Alcan. Loin de la politique spectacle, loin des théories, loin de la présidentielle et pourtant si près, il y a là matière à sauvegarder une industrie vitale pour la France, et fondamentale pour son avenir.

Roger Favier est maire de la commune de Le Châtel et vice-président, chargé du développement économique, de la communauté de communes de Coeur de Maurienne.