La fuite en avant. Ou mènent-elles ?

Une économie dysfonctionnelle, une gouvernance dysfonctionnelle, une dette incommensurable, qu’elle sera l’issue?

Franchement, aucune idée !


Extrait de : UNE MONDIALISATION À LAQUELLE RIEN N’ÉCHAPPE, par François Leclerc, blog de Paul Jorion , 2 MAI 2012

Le nez sur l’actualité, on en viendrait à oublier la mondialisation à laquelle la crise n’a pas échappé, et cela serait dommage pour sa compréhension !

De lents mais irrésistibles processus font leur œuvre, ce qui n’exclut pas de brutales accélérations.

Japon

La crise de la dette parvient à maturité au Japon, le pays le plus endetté du monde en pourcentage de son PIB, le moment s’approchant où le pays va devoir se financer sur le marché international et où les investisseurs vont réclamer une prime de risque. Car en attendant il ne parvient toujours pas à sortir de la déflation.

États-Unis

La parenthèse électorale américaine va se refermer et la nouvelle administration se retrouver confrontée à son non moins gigantesque déficit budgétaire, en dépit des mesures prises par la Fed pour limiter son poids en pesant sur son taux. La croissance qui est enregistrée aux États-Unis est trop ténue et fragile pour réduire sans douleur le déficit et le statut du dollar qui permet de le financer à peu de frais s’effrite lentement mais sûrement.

Chine

Hier porteuse de tous les espoirs et destinée à tirer la croissance mondiale, la Chine est aujourd’hui confrontée à l’essoufflement d’un modèle de développement en fin de parcours, tandis que se joue derrière la lutte pour le pouvoir qui occupe l’avant-scène l’avènement d’un modèle alternatif reposant sur le développement du marché intérieur. Cette nouvelle orientation rencontre une forte opposition au sein du régime, car elle met en cause ses points d’appui économiques traditionnels et représente une profonde mutation.

Europe

L’Europe est comme on le sait prise au piège d’une consanguinité très prononcée entre dette privée et publique, qui rend inextricable son désendettement, sans parler d’autres caractéristiques que l’on retrouve dans le monde entier.

L’illusion d’une croissance magique

Bref, nous ne sommes pas dans une situation où l’on pourrait attendre d’un autre coin du monde le retour d’une croissance magique qui réglerait tout comme par enchantement. Chacun a tendance à se replier sur ses propres problèmes, avec moins de chance d’y trouver une solution. Il est loin le temps où le G20 apparaissait comme l’expression d’une nouvelle gouvernance mondiale qui allait prendre à bras le corps les problèmes pour les résoudre.

Dette accumulée d’irresponsabilité

Le poids d’une dette accumulée et qui s’est brutalement accrue domine partout. Elle emprunte différentes configurations suivant les cas, sans que le désendettement se révèle plus facile dans l’un que dans l’autre. Conduisant à chercher à la rouler, c’est à dire à financer la dette par de la dette, ce qui aboutira immanquablement à la constitution d’une nouvelle bulle financière, celle qui a éclaté n’étant même pas résorbée. C’est tout ce qui peut être attendu.

Régulation ?

L’absence de toute régulation financière digne de ce nom n’a pas d’autre origine : il faut laisser de l’air au système financier afin qu’il finance un sursaut.

Seconde caractéristique de la crise d’un système qui ne parvient pas à trouver la porte de sortie de la crise dans laquelle il s’est lui-même plongé, ce laisser-faire est annonciateur de nouveaux épisodes de crise, en dépit des tentatives de les prévenir, ou au moins de les voir venir. Car c’est ce dernier modeste objectif que les régulateurs les plus consciencieux se donnent, en désespoir de cause. Et c’est en faisant valoir leur vulnérabilité que les milieux financiers obtiennent des accommodements – pour ne pas dire des reniements – avec pour effet de l’accroître tout en renforçant parallèlement un shadow banking laissé libre de ses mouvements.

Remise en cause ?

Troisième caractéristique, les stratégies adoptées sont attentistes dans le meilleur des cas et suicidaires dans le pire.

On reconnaîtra dans cette dernière celle que les Européens ont choisi, et dont les Américains poussent l’évolution sans succès !

La raison n’en est pas mystérieuse :

Toute solution à la crise supposerait d’amples remises en cause impensables, ce qui laisse percevoir que les capacités d’adaptation du capitalisme ont trouvé leurs limites.

La défense des avantages acquis par ceux qui en sont les principaux bénéficiaires fait on ne peut plus clairement obstacle.

Banques centrales

Un dernier trait peut être mentionné : le système est dorénavant sous une assistance dont il ne peut plus se passer.

Prêteurs en dernier ressort, les banques centrales doivent reculer à chaque fois qu’elles annoncent se préparer à arrêter leurs programmes de mesures exceptionnelles.

Les poursuivre serait un moindre mal, ne témoignant que d’une addiction dont le système pourrait après tout s’accommoder, mais une autre difficulté s’annonce.

Les banquiers centraux n’ont pas d’autres armes en réserve dans leur panoplie monétaire et la portée de celles qu’elles utilisent est limitée : elles peuvent répondre à une crise de liquidités, mais pas de solvabilité.

En attendant, si elles favorisent une relance, c’est celle de la spéculation financière à défaut de celle de l’économie.

Toute stabilisation par la grâce des banques centrales est illusoire.

La fuite en avant reste donc la seule option, à laquelle elles apportent leur contribution. Ou mènent-elles ?