Madoff contre les étudiants

Ah nos chers journalistes, toujours cette morale facile sur le dos des étudiants.

Exemple : Tout le monde... sauf les étudiants

L’auteur connaît peut-être le droit, la littérature française, le théâtre, mais ne connaît rien en déficit d’État.

Au départ, vous ne pouvez comparer les étudiants québécois avec le reste du Canada, car ils sont dans une situation nettement plus précaire que les autres.

Considérez-les comme un simple groupe d’intérêts, comme un autre groupe d’intérêts qui essaie de piger dans la distribution de richesse de l’État.

Par contre, il y a toute une différence entre le petit vieux qui prend sa retraite avec celui qui bientôt arrivera sur le marché du travail.

Que leur lègue- t-on ?

·         Une province tellement endettée, si elle était un pays, elle serait la 5e, la plus endettée au monde, 251 milliards de dettes publiques où presque le 2/3 ne sont que des dépenses d’épiceries

·         Une province tellement immorale qu’elle a pigée pendant 25 ans dans le crédit de leurs fils pour se permettre des privilèges et services, en n’assumant  pas les coûts réels.

·         La province la plus cancre économiquement en Amérique du Nord.

·         La province, la plus corrompue de l’Amérique du Nord ou collusion et copinage font partie intégrante de la gouvernance de l’État.

·         La province ayant le deuxième plus important problème démographique au monde.

Dîtes-vous la gratuité scolaire, c’est bien peu, car ils vont subir pendant plus 40 ans des impôts les plus régressifs de l’Amérique du Nord pour compenser notre immoralité depuis 25 ans.

Mais nos journalistes préfèrent faire du déni en faisant abstraction du type d’héritage que l’on leur laisse.

Une chance, il y a des journalistes dans le monde ayant plus de discernement que de tomber dans la simple démagogie.

Par contre, ça demande un minimum de connaissances de base, telles que déficit, déficits budgétaires, déficits structurels et actuariels.

Bonne lecture !

L’article parle de l’Europe, mais s’applique très bien à tout État providence.


Extrait de : Quand s’écroule l’Europe de Madoff, Par Acrithène, Contrpoints,24/06/2012

La crise de la dette européenne a une raison beaucoup plus fondamentale que l’euro ou la crise financière : l’immense escroquerie intergénérationnelle que constitue le déficit public.

Les racines de la crise de la dette publique européenne ne se trouvent ni dans la crise des subprimes ni dans la construction de l’union politique ou monétaire. La première l’a précipitée en creusant brutalement les déficits publics tandis que la seconde l’a peut-être aggravée en facilitant l’endettement de certains États.

La crise se fonde cependant sur une escroquerie intergénérationnelle dont les pleurs ne pouvaient être différés qu’au prix d’une forte et perpétuelle croissance des ressources fiscales. Le déclin démographique et la croissance économique modérée sonnent le glas d’une immense chaîne de Ponzi commencée il y a 50 ans et nous condamnent à enfin payer les dépenses de nos grands-parents. Explications…

La chaîne de Ponzi

Une chaîne de Ponzi est une escroquerie financière consistant à rémunérer d’anciens investisseurs avec les dépôts des nouveaux.

Imaginons que je sois un banquier vous offrant un rendement de 10%. Vous pensez que je vais placer votre argent de sorte qu’il fasse des petits et que je puisse vous le rendre augmenté des intérêts. Une performance qui m’attirera de nouveaux clients.

Une chaîne de Ponzi consiste à inverser cette logique. Ce n’est plus la bonne gestion qui apporte de nouveaux déposants, mais ces derniers qui permettent de simuler la bonne gestion.

Dans un premier temps, vous me confiez 100€, que je me mets joyeusement dans les poches pour mon propre compte.

Dans un second temps, je fais savoir que j’ai effectivement réussi à dégager le rendement annoncé. Un mensonge ! Cela contribue à ma réputation de bon gestionnaire et m’attire de nouveaux clients, et donc de nouveaux dépôts, disons de 200€. De ces 200€, j’en détourne 90€ et je vous rends les 110€ promis initialement, apportant une « preuve » de mes mensonge.

Quand s’écroule l’Europe de Madoff (1)

Quand Madoff gouverne

La morale mise à part, pour qu’un investisseur place sciemment son argent dans une chaîne de Ponzi, il faut qu’il puisse espérer sortir de la chaîne avec ses bénéfices fictifs avant ses condisciples. Ceci n’est plausible que si l’arnaque n’est connue que d’un nombre très restreint de clients, car le ponziste ne peut rembourser qu’une fraction de sa clientèle.

Donc une chaîne de Ponzi s’écroule dès lors qu’elle n’est plus dissimulée. À moins que…

Imaginons que Madoff soit capable de garantir aux investisseurs qu’il restera toujours des pigeons derrière eux, c’est-à-dire qu’il est capable de contraindre des gens de payer en dernier recours leur dû aux investisseurs. Vous me demanderez comment cela se pourrait-il ? Imaginez que Madoff soit chef de gouvernement et que les pigeons soient de futurs contribuables, pas encore nés ou en âge de voter, ou trop insouciants pour se défendre…

Prenons désormais comme période de référence une génération humaine. D’une période à l’autre, la population active meurt et la population juvénile devient active.

1.      Une première génération initie la chaîne de Ponzi en contractant une dette publique qui devra être remboursée par ses enfants. Ces derniers, par l’artifice de la continuité de l’État, acquiescent sans même pouvoir se prononcer. La génération initiatrice profite donc d’une « dépense publique gratuite », c’est-à-dire non financée par l’impôt.

2.      La seconde génération doit rembourser cet emprunt lorsqu’il arrive à échéance. Heureusement, la fécondité et l’immigration l’ont rendue plus nombreuse, tandis qu’elle a gagné en productivité. En plus est-elle mieux éduquée à ses devoirs fiscaux que ses aïeux. Cette amélioration convainc les marchés qu’elle puisse emprunter davantage que ne l’avait fait ses parents. Cette faveur permet à nouveau de réaliser des dépenses publiques « gratuites ».

D’autant plus, avec l’introduction des produits dérivés, telle que les CDS permettant au bailleur de fonds de se protéger grâce à une assurance d’un défaut de paiement d’État, grande escroquerie de la finance, car les fonds pour sécuriser un tel défaut, n’existe pas.

Quand s’écroule l’Europe de Madoff (2)

 Ainsi non seulement notre seconde génération est-elle parvenue à sauver les plumes que ses parents avaient promis au marché pour leur confort égoïste, mais en plus a-t-elle pu reproduire l’astuce de ses parents et bénéficié à son tour de dépenses « gratuites ».

L’immortalité de l’État laisserait alors entrevoir la possibilité d’une chaîne éternelle où chaque pigeon sauverait ses plumes en hypothéquant un plus grand nombre de celles de ses pigeonneaux, mais où personne ne serait finalement jamais plumé.

La situation de l’Europe

Un pigeon ne convaincra jamais un requin de l’épargner en échange de ses petits si ceux-ci sont peu nombreux ou rachitiques.

La chaîne de Ponzi ne peut s’éterniser que si des investisseurs acceptent de prêter toujours davantage. La condition de cette dette grandissante est que la ressource fiscale de l’État croisse elle aussi rapidement. C’est pour cela qu’on rapporte d’ailleurs la dette publique au PIB.

« On ne meurt pas de dettes.
On meurt de ne plus pouvoir en faire. »

Or comme je tente de le montrer dans un autre billet, la chaîne publique de Ponzi a été initiée durant les Trente Glorieuses, période de forte croissance économique et démographique, et durant laquelle la relative faiblesse de l’impôt laissait place à un alourdissement fiscal. Une situation idéale, bien différente de nos perspectives actuelles.

Croissance économique

Les trois décennies suivant la Seconde Guerre mondiale sont souvent perçues comme un âge d’or à reproduire. C’est négliger la différence entre innovation et imitation. Dévastée, l’Europe disposait d’un niveau d’éducation et d’institutions politiques semblables à ceux des États-Unis, mais était économiquement totalement distancée. La croissance des Trente Glorieuses n’est que le rattrapage par imitation des États-Unis, pour l’essentiel achevé. La convergence des productivités du travail l’atteste.

La référence aux Trente Glorieuses comme un idéal économique à atteindre tient donc du charlatanisme, aucun pays en pointe n’ayant dans l’histoire jamais atteint de tels taux de croissance. À titre historique, la grande Révolution Industrielle britannique correspond à un taux de croissance annuel de 1,2%.

Contrairement à ce qui a été fait jusqu’à aujourd’hui, il est nécessaire d’acter qu’une croissance de long terme de 2% est déjà un objectif ambitieux.

Croissance démographique

Loin de s’accroître, la population active européenne décroît, et ce malgré l’importance de l’immigration

Pression fiscale

Bien qu’on n’ait rarement autant dénoncé la domination de l’ « ultralibéralisme », l’Étatisme et la fiscalité n’ont jamais été aussi écrasants en Europe. Cela laisse peu de marge de progression, sauf à étouffer l’économie.

Le boulet de la chaîne

L’ensemble des critères de viabilité d’une chaîne de Ponzi étatique semble clairement dans le rouge. Cela se répercute directement sur la volonté des investisseurs de bien vouloir se joindre gaiement à la chaîne. Ou simplement d’y rester, vu qu’à la différence de l’essentiel des contribuables, les investisseurs peuvent s’en détacher.

Le schéma suivant illustre le passage à la première génération pour laquelle l’accroissement de la dette n’est plus possible. Comme elle ne peut emprunter que le même montant que la génération précédente, elle ne peut profiter d’une dépense gratuite comme ses parents.

Mais en plus doit-elle payer les intérêts de la dette, consacrant donc une partie de son travail à rembourser des dépenses dont ont profité ses grands-parents quand elle n’était pas encore de ce monde.

C’est tellement, grave que ça fait plus de 20 ans, que l’on ne paie même plus le capital, pour les Français 37 ans.

Quand s’écroule l’Europe de Madoff (3)

Notons que dans le schéma je néglige quelques aspects aggravant de la fin de chaîne. En effet, si l’essentiel de l’économie est enchaînée, certaines de ses composantes, comme le capital et les élites économiques, risquent en revanche de prendre leurs jambes à leur cou.

Finalement, la crise de la dette européenne a des raisons beaucoup plus fondamentales que l’euro ou la crise financière. La crise financière l’a probablement rapproché d’une décennie, tandis que l’euro a pu permettre à certains pays de s’endetter plus aisément (je prenais l’exemple grec dans un autre billet).

Les raisons fondamentales sont à trouver dans la démographie et l’immense escroquerie intergénérationnelle que constitue le déficit public.

Le financement à crédit du report du départ à la retraite constitue le paroxysme de cet héritage à l’envers.

Évidemment, pour un gouvernement, mettre fin à la chaîne est aussi douloureux que pour l’escroc.

Comment annoncer aux électeurs cette terrible nouvelle ?

« Cesser de consommer sans payer » suffit à précipiter l’ire de la rue, comment lui faire avaler que nous devrons désormais « payer sans consommer » ?