Le défaut de paiement des dettes souveraines

Sujets drôlement épineux dont aucun politicien et média traditionnels n’osent discuter.

Le défaut de paiement des dettes souveraines, gardons le peuple dans l’ignorance, il ne faut surtout pas le traumatiser, car ils risquent de ne plus consommer.

On doit constamment faire du bruit sur des sujets secondaires, car qu’elle malheur, s’ils prennent conscience que nous allons être incapable de rembourser la dette que nous avons cumulée depuis plus de 30 ans.


Extrait de: Europe’s Debt-Relief Calculus, Andrés Velasco, Project Syndicate, JANUARY 10, 2013

«The problem is not just that slow growth is driving up debt levels. It is also increasingly plausible that the debt overhang is itself becoming the cause of slow growth.

Few people want to go down that route, because it leads directly to the question of debt forgiveness. But the issue can no longer be ignored – and not just in the case of Greece.

The concept of a debt overhang has been around forever, but it became prominent during the Latin American debt crisis of the 1980’s. Like many aspects of that crisis, it is applicable to Europe’s situation today.

A debt overhang exists when a country’s debt is large enough that the benefits of adjustment and growth go entirely to the creditors. As the Nobel laureate economist Paul Krugman pointed out a quarter-century ago, a country in this situation will be unwilling to undertake additional painful adjustment, because it gets nothing in return. And, because the proceeds of any new investment will be taxed away to service existing obligations, the debt overhang discourages private investment and growth.

If the disincentive is large enough, then a larger debt burden may cause the country’s repayment capacity to fall. This gives rise to a debt-relief Laffer curve. For low levels of debt, increasing the debt burden increases the flow of payments that creditors get; but this relationship is reversed once the debt volume crosses a certain threshold. Reducing the face value of the debt is good not just for debtor countries on the “wrong side” of the curve; it is also good for creditors, who stand to get more of their money back.

But, while this neat theoretical construct clarifies the problem, figuring out where a country lies on its debt-relief Laffer curve is no easy matter. Many doctoral dissertations were written on this issue during the Latin American debt crisis of the 1980’s.

In retrospect, two things seem clear. First, Latin American countries did not start growing again until debt had been substantially reduced through a series of initiatives – the most important being the Brady Plan of 1989, under which Latin American countries enacted reforms in exchange for debt relief. Second, creditors who stayed in – by swapping old obligations either for new Brady bonds or for local equity – typically did very well.

Skeptics will reply that Europe is not Latin America, and that the interest rates levied on European governments today are much lower than what Argentina or Mexico had to pay back then. Perhaps. But many European countries are more indebted than their Latin American counterparts were.

France’s public debt is 90% of GDP and rising, and five European countries’ debt/GDP ratios are above 100%. Latin American countries had to seek debt reduction when their debt burdens were smaller. And the recent spike in the interest-rate spread on Italian government bonds should remind optimists that, with sovereign debt so high, many things can go wrong at any time.

More and more Europeans are coming around to the view that Greece needs to have its debt cut yet again, and that this time official claims on Greece should be cut as well. But few Europeans today believe that Italy, Spain or Portugal, much less France, will need debt reduction. Give them time. It was not so long ago that few Europeans could imagine a euro crisis.»


Extrait de: L'inévitable défaut souverain de la Belgique, Patrick Smets, Contrepoints, 7/01/2013

Il est concrètement impossible de rembourser la dette publique. Le défaut souverain de la Belgique est donc inévitable.

Casse-tête. Si la question des déficits publics est aujourd’hui au cœur de l’actualité, le problème de la dette elle-même reste tabou. Chacun veut croire que, moyennant une légère amélioration des finances publiques, la Belgique finira bien par rembourser sa dette sur le long terme. En réalité, quelques calculs simples permettent de se rendre compte qu’il est impossible d’éviter le défaut souverain.

La dette actuelle de la Belgique dépasse les 350 milliards d’euros pour une durée moyenne de 5 ans. Oublions tout de suite de rembourser cette dette à l’échéance. Le remboursement ne peut s’envisager qu’à long terme, par exemple sur 20 ans. Dans ce scénario, outre le montant brut de la dette, il faut tenir compte des intérêts, qui continuent à courir pendant la période de désendettement, et également de l’élimination des déficits annuels, pour ne pas réemprunter d’un côté ce qu’on rembourse de l’autre. En détournant un calculateur hypothécaire, avec un taux à 20 ans de 3%, chacun peut se faire une idée de l’effort budgétaire nécessaire. On parle de plus de 23 milliards par an auxquels il faut rajouter les 10 milliards de déficit annuel à supprimer, soit 33 milliards par an au total.

Le gouvernement est donc condamné à 20 ans d’austérité radicale où un tiers des recettes fiscales seront uniquement consacrées au remboursement de la dette. Quels que soient les partis au pouvoir, un tel effort, 10 fois plus important que celui du dernier budget, apparaît politiquement irréaliste. L’option du remboursement est donc tout simplement illusoire.

D’ailleurs, les experts ne parlent jamais d’un remboursement et visent plutôt un désendettement relatif, c’est-à-dire la diminution du rapport entre le montant brut de la dette et le PIB. Il n’est jamais question de réduire la dette, mais seulement de maintenir l’augmentation de la dette au-dessous de l’augmentation du PIB. Sur ce point, une grande règle se dessine (modèle de Domar). Pour qu’il y ait désendettement sur le long terme, il faut que le taux de croissance de l’économie se stabilise au-dessus du taux d’intérêt auquel emprunte l’État. Aujourd’hui, avec les taux d’intérêt historiquement bas que nous connaissons, certains s’imaginent qu’une relance économique permettrait ce désendettement. Hélas, les taux sont bas parce qu’il n’y a pas de croissance. Les investisseurs s’orientent sur les obligations d’État pour se protéger d’une récession. Dès lors que l’économie repartira, les taux se remettront à augmenter pour trois raisons : relèvement des taux de la BCE, retour des investisseurs vers les actions et anticipations des effets inflationnistes de la reprise.

Il y aura donc une sorte de course de vitesse entre le taux de croissance du PIB et les taux d’intérêt, la hausse du premier faisant augmenter les seconds. À moyen terme, si la BCE parvient à contrôler l’inflation, les taux d’intérêt se stabiliseront sans doute dans les alentours de 4 ou 5%. Pour apurer notre dette par la croissance, il faudrait donc que l’économie belge se mette à croître de plus de 5% par an ! Ce serait certainement une merveilleuse nouvelle, mais est-ce bien sérieux de compter sur une telle croissance alors que depuis 20 ans, notre taux de croissance moyen est de 1,1 % ?

Étant incapables de rembourser leur dette, et ne pouvant pas sérieusement compter sur la croissance pour leur venir en aide, les gouvernants caressent régulièrement une autre idée particulièrement malsaine : relancer l’inflation. En effet, comme toute personne qui a un prêt hypothécaire le sait, l’inflation avantage le débiteur aux dépens du créancier. Les mensualités restent constantes alors que la monnaie se déprécie, et donc relativement, la dette diminue. Dans le cas de la Belgique, cette méthode est vouée à l’échec, car la dette est de courte durée (moyenne de 5 ans). Tous les ans, nous devons faire rouler nos échéances en réempruntant ce que l’on est incapable de rembourser. Le retour de l’inflation aura un effet immédiat sur les taux d’intérêt qui vont exploser. Ce sera le grand plongeon pour nos finances publiques, avec une hausse des déficits et donc des sommes à financer et un retour de l’effet boule de neige. Seule une fuite dans l’hyperinflation permettrait de prendre le marché de vitesse. Qui osera prétendre qu’il s’agit là d’une solution ?

Chacun dans ce pays doit réaliser la situation dans laquelle nous nous trouvons. Il est concrètement impossible de rembourser la dette publique. Le défaut souverain de la Belgique est donc inévitable. Bien sûr, nous en ignorons la date, mais nous savons tous au fond de nous qu’il aura lieu un jour ou l’autre. Le choix qu’il nous reste est donc le suivant. Allons-nous nous enfouir la tête dans le sable en espérant que le système tienne quelques années de plus ? Ou allons-nous prendre les devants en profitant d’une situation encore plus ou moins stable ?

Il n’existe aucune manière de rendre ce défaut indolore. Mais en changeant radicalement notre politique économique, nous pourrions arriver à faire face au choc. Un grand plan de privatisations fournira à l’État les liquidités nécessaires au maintien de ses fonctions essentielles. En parallèle, une diminution drastique des impôts et des dépenses publiques permettra de lancer une nouvelle vague d’entrepreneurs qui, à moyen terme, offriront un relais à la croissance. Si nous ne traînons pas, nous pouvons encore organiser une annulation ordonnée de la dette. Mais bientôt, il sera trop tard. Acceptons donc de solder les politiques du passé et ouvrons au plus vite une nouvelle ère de liberté et de prospérité.