Idiots? Jusqu’à quand?

Évidemment on demande au peuple de payer les pots cassés (Européens et Chypriotes), mais les rapaces ont des moyens détournés pour s’en sortir.


Extrait de : L’Europe se laissera-t-elle dicter sa conduite par des mafieux?, Denis Dupré,  Le Temps, 12 avril 2013

Dans le système libéral «idéal» des banques, en cas de «mauvaise fortune»,

1.      les actionnaires puis

2.      les créanciers et enfin

3.      les déposants doivent payer.

Mais alors, que se passe-t-il à Chypre?

Les contribuables européens sont sollicités. Une première estimation, probablement vouée à être largement dépassée, chiffre leur apport à 10 milliards d’euros, alors que 6 milliards d’euros sont demandés en interne aux banques. Qui va bénéficier des milliards des contribuables européens?

Dès novembre 2012, Der Spiegel divulguait un rapport des services secrets allemands, qui concluait qu’un sauvetage à l’irlandaise des banques chypriotes serait un cadeau aux oligarques et aux mafieux russes. Les Russes détiennent dans les banques chypriotes, selon Moody’s, quelque 30 milliards d’euros de dépôts et sont débiteurs, selon Morgan Stanley, pour environ 50 milliards d’euros. Parmi eux, par exemple, l’oligarque Dmitry Rybolovlev, blanchi d’une accusation de meurtre après onze mois de prison et rétractation d’un témoin, est actionnaire de la Banque de Chypre à hauteur de 10% du capital. Les banques chypriotes sont, à l’évidence, sous influence russe.

Par ailleurs, les dirigeants de ces banques ont eux-mêmes largement «tiré profit» de leurs institutions: le rapport semestriel officiel 2012 de la Banque de Chypre chiffrait à 235 millions d’euros les prêts aux proches des dirigeants de la banque et à leurs entreprises. Selon la presse grecque, la Banque de Chypre et la banque Laïki ont effacé des millions d’euros de dettes ces cinq dernières années, au bénéfice de députés, de proches ou de sociétés liées à des personnalités politiques.

Le ministre des Finances chypriote, ancien directeur, jusqu’en 2012, de la deuxième banque du pays, la banque Laïki qui vient d’être liquidée, vient de démissionner le 2 avril 2013. Il avait déclaré que les «banques, de temps en temps, font le choix de récupérer ou non l’argent qu’elles ont prêté». «Ces pratiques ne sont pas rares», a-t-il ajouté.

Dans le premier plan de sauvetage, The Economist explique que le gouvernement chypriote lui-même a voulu faire main basse sur les économies de la grand-mère chypriote.

La BCE a exigé, elle, de protéger les obligataires pour les rassurer et éviter la hausse des taux pour les prochains pays en crise, comme l’Italie. Pourtant, le plan réalisé dans l’urgence en un week-end par la troïka (FMI, CE et BCE) semble avoir été conçu pour laisser l’argent sale échapper aux mailles du filet.

Pour être efficace, la troïka aurait dû exiger la destitution des directeurs de chacune des banques déficientes, nommer des directeurs provisoires pour prendre un contrôle immédiat et évincer les actionnaires.

La réalité a été bien différente. Des banquiers et des conseillers fiscaux ont passé le week-end du 24 mars à Chypre pour recevoir les clients et organiser la fuite des capitaux pendant que la troïka restait à Bruxelles.

Malgré la fermeture officielle des banques, selon La Tribune, «certains clients VIP des banques locales auraient bénéficié d’un traitement de faveur». La Banque de Chypre à Londres et sa filiale, la banque russe Uniastrum Bank, n’ont pas gelé les transferts de capitaux, d’où une évasion massive vers la Lettonie.

Le président de la Banque de Chypre n’a démissionné qu’après ces transferts massifs.

·         Incompétence?

·         Corruption?

·         Dans les banques, au gouvernement de Chypre, à la BCE, au FMI et à la Commission européenne?

Les décisions sont collégiales, les plans d’action sont le plus souvent élaborés à huis clos. Il n’y a pas de responsable!

Le président chypriote, aujourd’hui soupçonné, a créé une commission d’enquête. Est-ce à la mesure des événements? 

Les déposants vont pâtir de la gestion complaisante de la crise envers les mafieux.

Le taux de prélèvement, initialement de 9,75%, va bondir à 60%, voire plus, et il faudra bien prélever sur les comptes de ceux qui n’ont pu faire évader leurs économies.

Le jeu trouble des Européens dans ce plan de sauvetage peut s’expliquer.

A la suite du programme de sortie de l’Allemagne du nucléaire, l’Europe est devenue dangereusement dépendante du gaz russe. Des contrats de gaz importants lient l’Allemagne à la Russie depuis 2005, signés sous l’ancien chancelier Schröder, un proche de Poutine, engagé en 2009 par la société russe Gazprom pour présider le conseil de surveillance de North-EuropeanGas Pipeline.

Chypre, malgré ses difficultés actuelles, possède un atout majeur: Aphrodite, le plus gros des gisements de gaz découverts au large de Chypre au cours de ces dix dernières années, estimé à plusieurs centaines de milliards d’euros. La banque russe Gazprombanka avait proposé, heureusement sans succès, une aide financière à Chypre en échange de licences de production.

D’un point de vue stratégique, l’Europe a préservé ses intérêts puisque le parlement chypriote vient de créer un fonds souverain pour que les premières recettes gazières soient utilisées prioritairement au désendettement. D’un point de vue éthique, une part des biens communs des Chypriotes se substituera aux taxes non perçues sur les dépôts russes mafieux évaporés.

Selon Les Echos, la filiale de la banque semi-publique russe VTB, qui gère les fonds des nombreuses sociétés proches du Kremlin, a été préservée par le plan européen, ce qui explique la mansuétude de la Russie vis-à-vis de ce plan.

La Russie est le pays où 500 milliards d’euros de flux illégaux de capitaux ont nourri le crime et la corruption au cours des 20 dernières années. Vladimir Poutine a été l’invité d’honneur d’Angela Merkel à la grande Foire industrielle de Hanovre. Nos relations sont étroites. Entre intérêts et menaces, l’Europe se laissera-t-elle dicter sa conduite par des mafieux.

Nous, Européens, sommes des idiots, des idiots qui laissons les mafias gouverner l’Europe. Nous sommes ces idiots au sens étymologique du terme «idiốtês» qui, en grec ancien, qualifie un homme vulgaire qui ne participe pas à la vie politique de sa cité.

 

La nécessaire réduction de l’activité des mafias passe par une meilleure information des citoyens, leur participation à l’élection de dirigeants intègres, qui rendront publiques les décisions et les noms des personnes responsables de leur bonne exécution.

Idiots? Jusqu’à quand?


Extrait de: Cyprus’ banking collapse wipes out dying father’s bank share savings for children’s future, Menelaos Hadjicostis, Associated Press, april 9, 2013

NICOSIA, Cyprus — When Costas Kalapodas was diagnosed with brain cancer two years ago and given months to live, he saw one sure place to put his money: Cyprus’ biggest bank.

The 43-year-old threw his entire savings into Bank of Cyprus stock, and even took out a 47,000 euro loan to pad his holdings. He then gave his wife Maria strict instructions to sell the shares when prices reached one euro per share in order to build a 500,000 euro ($640,000) nest egg that he felt would be sufficient to guarantee her, their 9-year-old son, Yiannis, and 4-year-old daughter, Rita, a secure future.

Bank of Cyprus, after all, was the bedrock of the nation’s banking system. And Costas was himself a proud employee of the financial institution. He fought the tumour valiantly but succumbed last November, Maria Argyrou-Kalapoda said, certain that his investment was safe.

Today, a multibillion-euro bailout that cash-strapped Cyprus agreed with international creditors has rendered Bank of Cyprus shares effectively worthless, their value wiped out under the terms of a complicated recapitalization scheme. His 35-year-old widow, who never knew how much he originally poured into the bank, is wondering how she and her family will survive in the years to come.

“Costas was so sure about this, so meticulous about the way he went about this investment,” said Argyrou-Kalapoda. “He even told me the exact price at which I should sell the shares so we would get enough money not to have to worry about the future.”

Maria, who has held a job at the Cyprus Stock Exchange since 1999, says that in addition to seeing the value of her husband’s savings destroyed, she’s now saddled with a loan for something that has been taken away in the bailout.

“It’s not that I’m shirking my responsibilities, but why should I be paying for shares that are worthless, especially when those shares were supposed to be security for my children’s future?”

“It’s unbelievable what’s happening in this country,” she said. “I feel lost.”

It’s not just fat-cat investors or Russian oligarchs bemoaning losses.

Ordinary people who built up savings
are the ones facing real disaster.

Cypriot authorities agreed that all bondholders, investors and savers with over 100,000 euros tied up in the country’s two biggest banks — Bank of Cyprus and Laiki — will take massive losses as part of bailout terms. The deal with Cyprus’ euro area partners and the International Monetary Fund would secure the country 10 billion euros ($12.83 billion) in rescue money.

Costas and Maria, who diligently socked away money to ensure their kids a good education, had their plans go down the tubes literally overnight in the banking collapse.

Other Cypriots with more conventional savings are also in dire straits. Under the bailout agreement, Laiki, the country’s second-largest lender, will be folded into Bank of Cyprus, with large depositors in Laiki losing most of their money. Depositors with more than 100,000 euros at the Bank of Cyprus face losses of up to 60 per cent as part of the rescue deal.

Many have felt that Cyprus became ground zero for economic experimentation of the most radical kind: allowing international creditors to raid Cypriot savings in order to protect taxpayers elsewhere from having to pay for banking mistakes.

“When such drastic decisions are being made there’s bound to be collateral damage,” said University of Cyprus economist Sofronis Clerides. “My feeling is that when those decisions were taken on such a macroeconomic level, it’s sometimes difficult to see the reality on the ground.”

Uncertainty about the future has hardly dissipated three weeks into Cyprus’ near financial ruin. Thousands of bank workers took to Nicosia’s streets recently to voice their fear that hundreds of millions in their pension funds kept in Laiki and Bank of Cyprus accounts would be lost, as many jobs in the once thriving sector flush with foreign deposits will be lost.

“Everybody here stands to lose a lot of money, the money you worked for your whole life,” said protester Marios Koullouros. “I’ve been working at Laiki for 27 years. And I think it is a pity to lose everything.”

The beleaguered Cypriot government was at pains to assure that pension funds wouldn’t be completely wiped out. Government spokesman Christos Stylianides said authorities had ensured pension funds in Laiki accounts wouldn’t be lost, but transferred to the Bank of Cyprus. Nonetheless, they could take a hit of as much as 60 per cent of their value.

Stylianides said new Finance Minister Harris Georgiades is in talks with trade unions to figure out how to minimize the damage as much as possible.

But all this is little comfort for Maria. She says she’s spoken to lawyers who have advised her that she has a solid case to sue because the bailout terms possibly breached domestic laws.

She says she’s still mulling it over, but hasn’t made up her mind. Instead she falls back to a Cypriot character trait of counting one’s blessings.

“I just want my kids and myself to be healthy,” she says. “God will provide.