Les impôts sont une question de pouvoir, pas de justice

Les dirigeants semblent oublier que s'il existe des paradis fiscaux, c'est parce qu'il y a des enfers fiscaux.

Lorsqu'un État dépense plus de 55 pour cent de ce que ses habitants ont gagné, et qu'il s'avère incapable de réduire réellement ses dépenses, il serait bien avisé de se demander si ce n'est pas sa politique qui suscite l'attrait pour les paradis fiscaux.

La "transparence" est un devoir des gouvernements, une contrepartie à leur pouvoir et une manière de rendre compte des impôts, soit de recettes qu'ils obtiennent par la contrainte. Il est fâcheux que cette notion soit retournée par les États contre leurs citoyens, pour leur demander, à eux, d'être transparents et de justifier du produit de leur travail et de leur épargne.

Il est normal que l’État fasse valoir ses droits à l'égard de ceux qui ne respectent pas la loi. Comme il doit admettre, dans un état de droit, que ce qui n'est pas interdit est permis et que ce que la loi ne déclare pas taxable ne doit pas l'être.

Serait-il alors immoral d'investir ailleurs pour éviter d'être surtaxé ici ? Il est injuste d'enfreindre une loi juste, mais si précisément on ne l'enfreint pas, où serait l'injustice ? Et croit-on vraiment que nos lois fiscales, décidées au prix de multiples marchandages entre partis et groupes de pression, ont quelque chose à voir avec la justice ? Elles sont seulement l'expression erratique de l'évolution de rapports de force.

Les impôts sont une question de pouvoir, pas de justice.

Si, comme le disait Thomas d'Aquin, l'impôt est un "pillage légal", l’État peut l'exiger parce qu'il est légal, mais son sujet, s'il y échappe dans le respect des lois, même grâce à des pays exotiques, ne fait qu'éviter un pillage...

Les individus ont des droits et il n'existe pas de règle morale suivant laquelle un Pouvoir, même élu, pourrait décider à sa guise et sans limite, d'attribuer, sous prétexte de redistribution, les propriétés et les revenus des uns aux autres, au nom d'un "intérêt général " qu'il définit lui-même. S'il agit de la sorte, il fait la loi, et pourra en assurer le respect, mais il n'édicte aucune règle éthique.

Quant aux paradis fiscaux eux-mêmes, on serait malvenu de les montrer du doigt parce qu'ils ont choisi de ne pas écraser leur population de charges comparables à celles qui nous accablent. Ils fournissent au contraire la preuve qu'il existe d'autres choix que celui de l’État fort ou de l’État Providence. Les paradis fiscaux sont des États souverains, qui choisissent librement leur système économique.

Il n'est pas fatal que l’État soit toujours, comme le disait Bastiat, "la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde". Des États avec peu d'impôts ne sont pas pour cela archaïques, inefficaces ou injustes.

Ces États sont au contraire l'expression concrète de ce principe:

"Un peuple libre n'acquitte que des contributions",

soit le prix des services que lui rend le Pouvoir,

"un peuple esclave paie des impôts.


Texte modifié - Source d’origine : Les paradis fiscaux, dernier monde libre, Thierry Afschrift, Contrepoints, 10/04/2013.